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Contradictions

Salut,

Ce qui est intéressant, avec les discussions autour du Copyleft appliqué à la musique, c'est que ça met bien en évidence les tensions, voire les contradictions dans lesquelles on est tous plongés. Ainsi, on dénonce la Sacem entre autre parce qu'elle prélève sur les bénéfices des artistes un gros budget pour son propre fonctionnement, mais on aimerait bien pourtant que les licences libres permettent un contrôle des usages et de la diffusion de nos musiques : pourtant, si la Sacem a un gros budget de fonctionnement, c'est bien pour ça, parce qu'elle est une qu'institution de répartition et de contrôle, dôtée d'une logistique. Du coup, on rêve de techniques (tags, etc.) qui permettraient à l'informatique d'automatiser tout ça, et à la "désintermédiation" de mettre les artistes directement au contact du public. Mais on oublie que l'informatique ne fonctionne jamais sans que des gens la fasse fonctionner : retour à la case "budget de fonctionnement", "organisation" et "médiation".

Autre point : on fait dans la musique "indé" ou "alternative", dans le "non commercial" avec toutes les ambiguités d'une dénomination qui confond le marché (et sa dénonciation) avec une esthétique, mais on s'inquiète des bénéfices que pourraient faire les majors ou des radios avec nos musiques : mais si nos productions étaient réellement "indé", "non commerciales" (au sens où elles auraient une exigence formelle et éthique forte), alors on voit mal comment elles pourraient toucher un public de masse. Pourtant, on rêve d'avoir la diffusion de Prince... D'autant que des blockbusters comme Prince, David Byrne et autres poids lourds de l'industrie du disque se mettent à prôner la diffusion via le web, et même à mettre en circulation des mp3 sous copyleft : mais n'oublions pas que c'est l'apanage des nantis que de donner quelques miettes au petit peuple pour lui faire croire à une générosité et à un engagement militant soigneusement mis en scène...

Enfin, on voudrait utiliser le cadre des licences libres dont tout indique, y compris les déclarations de leurs pères fondateurs, qu'elles sont prinicpalement destinées aux pratiques amateurs (basées sur le don, car elles supposent que les musiciens ont d'autres sources de revenus que la musique), mais on voudrait aussi avoir la possibilité d'en vivre et de se professionaliser.

Si on met tous ces désirs bout à bout on en revient au marché, à ses structures de production et de diffusion de masse et à la doctrine de la musique comme profession : OK, mais peut-être faudra-t-il chosir, un jour, entre les utopies et le pragmatisme...

En ce qui me concerne, et ça sera une conclusion un peu... acide (qui ne vise personne en particulier, on est tous concernés), je suis persuadé que parmi les gens qui prônent aujourd'hui le copyleft, on trouvera les requins de demain, les futurs accros à leurs droits d'auteurs, les professionnels de la profession qui évoqueront avec une fausse nostalgie les folles années de leur jeunesse rebelle, du temps où ils étaient sous licence libre. L'histoire de la musique nous démontre à l'envie que parmi les alternatifs, beaucoup ne le sont que parce que ça leur permet d'adopter une pose et de se distinguer momentanément de la masse afin de se positionner sur le marché. C'est comme ces hommes politiques qui, avant d'entrer à l'Assemblée, ont un discours radical, et qui adoptent par la suite la rhétorique parlementaire lisse des gens responsables. Jospin a bien été photographié sur une barricade en 68... On sait bien que la plupart des labels indés ne se comportent pas mieux (ni si différement), que les majors. Entre les DJ de la free party, il y a les mêmes logiques de concurrence qu'entre Madonna et Britney Spears, et qui peut croire que les Pistols ont signé chez EMI uniquement pour les arnaquer ? Bullshit ! Le monde des alternatifs est, comme tout le reste : plongé dans l'idéologie du marché, dans les ambitions personnelles, dans le pragmatisme, le relativisme libéral. Le copyleft et les licences libres suivront nécessairement le même schéma : elles ne fournissent pas une morale, ni une éthique, mais un simple ajustement légèrement décalé par rapport au marché et à ses habitudes. En attendant d'être rattrapées pas le marché ? Sans doute. Si éthique et utopie il peut y avoir, c'est surtout aux individus de les faire vivre, et ce n'est sans doute pas un cadre juridico-économique qui pourra nous y aider.

+A+

Réponses

  • très bien tout ça, très juste. Je suis d'accord sur l'ensemble sauf peut-être :
    drone écrit:
    D'autant que des blockbusters comme Prince, David Byrne et autres poids lourds de l'industrie du disque se mettent à prôner la diffusion via le web, et même à mettre en circulation des mp3 sous copyleft : mais n'oublions pas que c'est l'apanage des nantis que de donner quelques miettes au petit peuple pour lui faire croire à une générosité et à un engagement militant soigneusement mis en scène...
    Je ne pense pas qu'une telle décision n'ait été inspiré que par une vile mise en scène marketing (oups, pardon). Connaissant l'ouverture des maisons de disque, je doute que cette décision leur ait été agréable (aux maisons de disques). D'ailleurs, c'est vrai que j'aimerais savoir comment ils ont pu sortir des titres copyleft, mais je ne connais pas trop les législations UK et US.
    Alors que ça fasse de la pub aux groupes, certainement, qu'ils profitent du confortable matelas de billets que leur offre les majors pour militer, tant mieux. La lutte ne s'est pas toujours faite par de pauvres bougres.
    Enfin, on voudrait utiliser le cadre des licences libres dont tout indique, y compris les déclarations de leurs pères fondateurs, qu'elles sont prinicpalement destinées aux pratiques amateurs (basées sur le don, car elles supposent que les musiciens ont d'autres sources de revenus que la musique), mais on voudrait aussi avoir la possibilité d'en vivre et de se professionaliser.
    Et la route est longue.
    En ce qui me concerne, et ça sera une conclusion un peu... acide (qui ne vise personne en particulier, on est tous concernés), je suis persuadé que parmi les gens qui prônent aujourd'hui le copyleft, on trouvera les requins de demain, les futurs accros à leurs droits d'auteurs, les professionnels de la profession qui évoqueront avec une fausse nostalgie les folles années de leur jeunesse rebelle, du temps où ils étaient sous licence libre.
    C'est très bien dit et très juste. Et j'y ai déjà pensé. Espérons que nous ne serons pas de ceux-là :wink:
  • Mon cher Dröne, je ne te connais pas, je ne t'ai jamais vu de visu, mais je t'embrasse :)
    bon..
    je vous livre en écho à ce qui vient d'être dit (ce n'est qu'un écho, ça parle de la même chose tout en parlant d'autre chose hein :), une page de mon petit essai sur la dissémination de la musique qui est (toujours) en voie d'achèvement, enfin disons que j'en vois la fin (ou plus exactement, je commence à fatiguer, et à avoir envie de parler d'autre chose)
    Donc ce n'est pas encore relu, ni corrigé, ni amendé, mais c'est une première mouture. c'est dans un chapitre qu'i s'appele : "phantasmes de l'art" (pour les plus courageux d'entre vous jetez un oeil sur lacan, le séminaire III, p. 150-151 :)


    Tout ces vocables situent ceux qui s'en réclament : marges, underground, avant-garde, alternatives, contre-culture. Une sorte de géographie toujours mouvante se dessinent, et il s'agit à chaque fois de revendiquer le lieu d'où on parle, quand bien même parfois on n'aurait pas grand chose à dire. Du coup, on pourrait s'attendre à ce que s'établissent des frontières entre les alternatives et.. Et quoi au fait ? Je vous parle depuis tout à l'heure d'un marché, d'une institution, mais où se les situer exactement ? Et là j'évoque, comme on invoque des fantômes, les alternatives : mais de qui sont-ils l'autre ? Et dans quelle mesure ?

    Il est parfois intéressant de me pas trop répondre à ce genre de question, de demeurer dans le flou, de s'en tenir au jeu des positions symboliques, de les laisser jouer, d'observer où ça mène. Nous proposons à la suite des articles une série de témoignages dont les auteurs se réclament et/ou sont identifiés comme des acteurs de cette alternative. Ces textes m'autorisent à ne pas entrer dans les détails, comme le ferait un sociologue, ou un historien.

    Mon propos n'est pas de jauger les alternatives à l'aune de leur crédibilité. Entre Universal et l'artiste qui présente ses dernières chansons sur internet, sans autre forme de procès, il y a un monde, et même une diversité incroyable de monde. On ne peut adosser la discrétion de l'un à la prédominance économique de l'autre. N'empêche qu'ils sont bien aussi du même monde quoi qu'on en dise parfois. Et peuvent tout aussi bien l'un que l'autre parler au nom de l'artiste, nonobstant que la parole de l'un risque de faire moins de bruit que celle de l'autre.

    Je m'interroge souvent sur ce que deviennent les mouvements d'inspiration alternatives, une fois qu'ils rencontrent le succès. Certains incarnaient la lutte et l'opposition, la liberté au risque du sacrifice, qui sont plus tard devenus des piliers de l'industrie du divertissement. Quelques vertus s'abîment avec le succès, les intègrités se fissurent avec les ventes de disques, les esprits les plus exigeants s'assouplissent à mesure que leurs intérêts se précisent : et certes il faudra bien maintenant payer le loyer de sa villa ! Et l'âge venant, les révoltes se taisent parfois, ou se contiennent aux débats de la salle à manger familiale. D'autres, que la fortune a délaissés, ou qui n'ont pas pu ou pas voulu le succès (car il faut le vouloir dans un sens, l'entretenir, mais il faut aussi être capable de ce succès), sont aujourd'hui à la rue, inconnus et anonymes. Je me suis souvent demandé moi-même ce qui me faisait horreur dans l'idée d'avoir un jour du succès, et pourquoi d'une certaine manière j'inventais des stratégies diaboliques pour rendre publique ma musique sans risquer aucun succès. Ce qui n'est pas simple parfois, et parfois même insupportablement paradoxal.

    Vous aurez peut-être noté que tout ce texte est traversé en quelque sorte, voire hanté, par des considérations qui sont en réalité d'ordre éthique, et qu'au fond, on n'y parle pas tant d'artistes - au sens de l'artiste réel, tel qu'il est dans la diversité souvent mal perçue de ses représentants-, que de l' "artiste" en tant que valeur. Parce que c'est au fond de cela dont il s'agit quand nous mettons en mouvement ces mondes, ces ordres symboliques : le marché, l'institution, les alternatives. Nous secouons ce faisant des valeurs : la liberté, l'intégrité, l'indépendance, l'opiniatreté, le courage, le professionalisme, l'amateurisme, le réalisme, l'idéalisme.. J'en passe..

    Ces vertus, qui n'appartiennent pas en propre à l'artiste, mais qui s'incarnent assez naturellement en lui dès lors qu'on l'invoque, soutiennent tous ces discours au fond, les motivent. Elles sont ce dont l'art se pare au moment de sa divulgation publique - et il est notable que les oeuvres et les artistes ne vont jamais nus dans le monde, John et Yoko pas plus que les autres.
  • Bel écho Dana ! Je t'embrasse également ! Il n'y a en effet jamais la moindre absence d'intermédiaire, ou de médiation, entre une production dite "artistique" et ses publics : le discours, ses lieux (réels ou symboliques), ses valeurs, ses axiologies, tout ça forme la trame d'une chaine considérable, dense et peuplée, qui se déroule entre le pôle de la "production" et celui de la "consommation". Et cette trame est composée à la fois de discours, tu fais bien de le rappeler, mais également de groupes sociaux constitués et accompagnés de multiples dispositifs de socialisation et de mise en scène publique de la parole sur l'art. On aura beau fantasmer sur le net et la "déterritorialisation", la "dématérialisation", ou encore la "désintermédiation", il reste que nous sommes des humains reliés à des groupes sociaux et produisant des "discours sur" par l'intermédiaire de dispositifs techniques, et que sur le net comme au temps de la gravure sur bois, c'est cette réalité-là qui constitue ce qu'on appelle "art", ou du moins son environnement, ses conditions de possibilité.

    C'est peut-être parce que cette trame se déroule et se sédimente dans l'histoire qu'on est pris par tant de contradictions : les valeurs qui, hier, pouvaient s'intégrer à un contexte socio-économique et culturel donné, peuvent parfaitement s'inverser (c'est souvent le cas en ce moment...) lorsque les contextes évoluent. Ou alors ces mêmes valeurs ne sont plus brandies que comme des symboles réifiés, mais dont la pratique et l'intime conviction s'absente. On agite alors de vains colifichets ("alternatif", "underground", "engagement", "militance", etc.), et on les agite d'autant plus fort qu'il est de plus en plus difficile de les mettre en oeuvre, voire même d'y croire. Et quand le libéralisme finit par triompher, du haut de la brutalité des capitaines d'industrie, il détermine un sens commun global, et naturalise (c'est le propre de toute idéologie) de fausses évidences : l'économie serait ce qui dirige le monde, nous serions guidés par des principes de rationalité, nous devrions optimiser nos gains, entrer en concurrence, être professionnels, cohérents, pragmatiques, nous adapter, aimer l'innovation, les technologies, etc. Toutes ces "valeurs" du libéralisme (dans la mesure où je les méprise, j'ai du mal à ne pas mettre des guillemets) coexistent parfaitement avec les milieux alternatifs ou militants. Ne serait-ce que parce qu'à force de ne plus les interroger, de ne plus les voir, à force de tant de "naturalité" inscrite dans nos habitus scolaires, politiques, médiatiques, etc., on finit par ne plus percevoir qu'elles nous ont gangrennées comme des métastases cancéreuses : on peut alors parfaitement organiser nos corps de doctrines résiduelles (être militant altermondialiste, punk, raver, free-parteux, prôner les licences libres, etc.) autour ou au creux de cette naturalité de la doxa libérale, sans plus y voir la moindre contradiction...

    +A+
  • oui..
    la question des valeurs - on en avait déjà dit un mot sur ce forum même.
    valeur morale, éthique, économique : les ordres se confondent, au sens de la confusion.
    Tu te souviens sans doute le discours sur la fin des idéologies, la fin des valeurs (la fin de tout :)
    il faut préciser là : ce qui est perdu (peut-être, faut pas généraliser dans ce domaine) c'est la localisation claire et précise des valeurs dans un ordre de discours (ou social), son appartenance à ce discours : le marxisme par exemple, le libéralisme, le catholicisme etc..
    ça ne veut pas dire que la valeur ne fonctionne plus, qu'il n'y aurait plus de valeurs du tout. il reste des valeurs le style j'ai envie de dire : prétendre la liberté comme valeur, ça n'est plus l'apanage de telle ou telle idéologie de tel ou tel discours : mais tout un chacun peut y prétendre (et je m'en réjouis d'une certaine manière).
    je dis souvent en ce moment, les mots n'appartiennent à personne : le mot libre ou le mot artiste n'appartiennent pas plus aux artistes qu'aux industriels de l'art qu'à mon voisin de palier (lequel n'a jamais mis les pieds de sa vie dans un musée). Du coup, chacun est en droit de revendiquer pour lui-même mais aussi pour les autres des significations pour ces mots là, et la, meilleure manière par exemple d'imposer sa vision de la liberté ou de l'art, c'est de n'en rien dire mais au contraire de la proférer comme une valeur - et la proférant ainsi on s'attend à ce que l'autre s'agenouille et se soumette, on sacralise, mais on ne dit rien : on fait de l'effet. ça suffit la plupart du temps.
    Alors il serait temps de se mettre au boulot et de penser un peu à ce que ça pourrait bien vouloir dire art ou liberté.
  • Je ne sais pas si tu as lu "L'homme sans qualité" de Robert Musil. J'ai terminé récemment ce roman-essai qui se situe juste avant la guerre de 14 et qui est une description sociologique et idéologique fine de l'aristocratie et des intellectuels autrichiens à Vienne. Ils se réunissent pour chercher une "gande idée" pour fêter dignement l'anniversaire de l'Empereur et offrir du "sens", et une "âme" à l'Autriche-Hongrie : créer de la symbolique en somme. Mais chaque idée induit immédiatement son contraire, toute valeur se perd dans les méandres de la subtilité de la pensée, des états d'âme et des argumentations, et Musil décrit entre autre la manière dont le capitalisme industriel se pare de "valeurs", de "sens", d'une main, tout en mettant en place de l'autre les ferments de la boucherie à venir. Le roman s'ouvre et se ferme sur l'idée que "rien ne s'ensuit" : l'idée ne germe pas, car les gens sont paumés. Pas tous cependant : l'énergie et le sens de l'avenir (au sens de la direction) sont dans les mains des fous, de la haine des bouchers et des marchands... Il me semble que l'europe des années 2005 a beaucoup à voir avec l'Autriche-Hongrie de 1913 décrite par Musil. Le capitaliste, dans le roman, n'est pas plus une ordure que le militaire, l'universitaire, la bonne ou l'aristocrate noble : en fait, tous participent d'un principe relativiste général, d'une errance de la pensée, d'un crépuscule des utopies qui n'a rien à voir avec le Pouvoir et son grand "P", mais avec la montée d'une idéologie, ou plutôt d'un brouillage des frontières et des lieux de la pensée qui concerne tout le monde au quotidien. C'est un roman vraiment actuel. Ne sommes nous pas, pathétiquement, à la recherche de la "grande idée" dont rien ne s'ensuivra ? J'en ai peur...

    +A+
  • j'ai tourné autour de ce bouquin (un pavé) pendant des années
    va peut-être falloir que je lise enfin
    thx
  • Sinon, pour revenir à mon sujet, encore qu'on ne s'en est pas vraiment éloigné, je pense au Dogme de Lars Von Trier... on avait commencé à réfléchir là dessus sur mon forum. Je suis persuadé qu'on trouverait un consensus moins fort entre musiciens se réclammant des milieux alter-indé-machin si on devait élaborer un "dogme" de ce type, qu'autour des licences libres. Simple intuition, mais intuition quand même... Une éthique à construire et à mettre en texte, et ensuite à pratiquer au risque de se déjuger, ça révèle (et réveille) mieux les valeurs que des cadrages juridiques, il me semble.

    +A+
  • oui
    une des difficultés que je ressens actuellement (une sorte de malaise) vient du fait que notre réflexion s'articule forcément autour de textes juridiques, lesquels ne sont pas faits pour dire ce que nous cherchons à dire. ça pose des tas de problèmes, dont celui-ci : qui fait autorité en dernière instance sinon le droit (et ceux qui en ont fait leur profession -dans tous les sens du temes) ?
    pour ce qui est d'un dogme.. humm. pour des raisons personnelles, j'en suis pas là..
  • A mon avis, il y a pas mal de second degré dans l'idée du Dogme... Mais je te rejoins totalement dans cette gène et le ressenti d'un paradoxe : ce que j'ai à dire, dans le cadre de ma pratique musicale et plus généralement dans le cadre de mes activités "culturelles" (web & actiivisme) se sent férocement à l'étroit dans le cadre du droit, y compris dans le cadre de s déplacements effectués ou induits par le Copyleft. D'où l'idée de raisonner plutôt en termes d'une éthique globale, pas seulement artistique mais également politique, et concernant l'ensemble du dispositif de production, comme le faisait le Dogme de Von Trier. Car en fin de compte, qu'est-ce qui change avec le copyleft, dans l'amont et dans l'aval du document mis en ligne ? Les choses pourraient ne pas changer tant que ça, je le crains, si on en reste au droit.

    +A+
  • dans le petit essai que j'écris là, la question du droit est cruciale - et d'une certaine manière, on peut considérer que je ne fais que commenter le droit d'auteur, enfin, quelques articles. Simplement je ne le fais pas à la manière d'un juriste - parce que je ne suis pas juriste. Mais je me suis rendu compte au fur et à mesure que le travail avançait que l'horizon des problèmes qui me préoccupent dépassent de très loin le cadre du droit. Disons que le copyleft ça n'a de sens "stricto sensu" que dans la relation au droit des auteurs tel qu'il est, mais qu'en même temps s'expriment à travers ce mouvement des aspirations sur le sujet desquelles le droit n'a rien à dire. Mais encore faudrait-il s'interroger d'abord sur ce que le droit des auteurs dit justement; et il dit beaucoup de choses, et beaucoup trop à mon avis. Et ajoutons, ce que Diderot et les autres voulaient dire en leur temps, je ne suis pas certains qu'ils le diraient encore aujourd'hui. Parce que les choses ont terriblement changé tout de même. Alors nos préoccupations ne sont plus les mêmes que celles qui motivaient les concepteurs du droit d'auteur.
    mais, et c'est là le problème, le droit des auteur (mais aussi celui du producteur, des artistes interprètes etc.) dit déjà beaucoup de choses sur l'oeuvre au moment même où elle est réputée créée. Sur l'oeuvre et sur l'auteur (dont on a tendance à oublier qu'il n'est PAS l'artiste - et de la confusion auteur/artiste, j'en tire un chapitre entier).
    Alors après cela on est comme des cons. parce que ce n'est pas de cela dont voulions parler au départ. On ne voulait pas parler du droit d'auteur, mais de ce que c'est qu'être un artiste aujourd'hui, d'un certain désir touchant les oeuvres et leur circulation, et aussi peut-être pour dire vite d'un monde meilleur (d'une éthique comme tu dis).
    Etrangement, à l'issue de ce travail, je rencontre comme "naturellement" la question de l'art brut, de l'art oustider, de l'art des fous (et ça tombe bien puisque c'est ce que nous préparons chez another record dans les mois qui viennent - proposer des musiques "outsiders").
    mais bon, c'est une autre histoire.
  • Ca va être intéressant ton essai.

    Un autre cadre me pose problème : celui de l'art, justement, qui ne me parle pas vraiment plus que celui du droit. Car la question de la signification contemporaine de l'art présuppose que la question de l'art, même fou, même "borderline", même populaire, est légitime parce que désigné comme "art", là où d'autres pratiques de production devraient lui être inféodées. A l'art on appliquerait les disciplines nobles (esthétique, philosophie, histoire), aux autres pratiques (comme celles des musées de science, des musées de société, des musées de communautés, les médias, les artisanats, les pratiques rurales, etc.) on réserverait les disciplines ignobles (sociologie, sciences de la communication, économie). Quand on navigue dans les institutions culturelles (c'est mon cas), on constate à quel point l'art est légitime, hyper-légitime, et légitimant. Je ne crois plus du tout dans le romantisme des visions de l'artiste comme endossant tous nos péchés afin d'exprimer le sublime ou le tragique de la condition humaine dans un dénuement charismatique, dans un don désintéressé de soi au public. A de très rares exceptions près, l'art, quand il se dit "art", s'appuie sur des matelas de légitimité qui sont aussi puants que la légitimité des autres "pouvoirs" temporels, mais il a en plus la prétention d'exiger qu'on le respecte au motif qu'il serait en lutte contre les institutions... avec le fric et la légitimité des institutions, bien entendu : on crache sur les institutions avec le fric des DRAC, on vomit sur le public des tombereaux de rhétorique vaniteuse sur l'argent de ce même public, on insulte les musées dans le cadre du musée, bonne poire, qui aime bien qu'on lui crache à la figure. D'autant que ce relativisme est souvent vendeur... La pose, toujours la pose... C'est surtout vrai dans le domaine de cet hyper-académisme qu'on appelle "art contemporain". Je préfère l'artisanat vulgaire à l'art auto-proclammé. J'ai toujours refusé de me qualifier d'artiste. Pas par modestie, entendons-nous bien : au contraire, par arrogance assumée.

    +A+
  • En ce qui me concerne, et ça sera une conclusion un peu... acide (qui ne vise personne en particulier, on est tous concernés), je suis persuadé que parmi les gens qui prônent aujourd'hui le copyleft, on trouvera les requins de demain, les futurs accros à leurs droits d'auteurs, les professionnels de la profession qui évoqueront avec une fausse nostalgie les folles années de leur jeunesse rebelle, du temps où ils étaient sous licence libre

    RhooooÔoooo, je sais pas ça me rappelle quelque chose.... attends voir, mmmmh, ah oui, ça y est! Il y a eu un débat dans la partie privée du forum. Dans l'ordre, j'avais posté les remarques de Marianne, notre bookeuse, à propos de la soirée de lancement du 22 janvier dernier, et Dröne ne m'en voudra pas de rappeller ici que:
    Attention tout de même : si tout le monde se met à singer les tics des professionnels de la profession, et en particulier dans le lissage aseptisé du discours et des "relations médias", il ne restera plus de place pour cet "autre monde" qu'on espère tous, et qui ne naîitra pas des réflexes des "professionnels" au sérieux si irréprochable... mais si ennyeux, grand dieux, si ennuyeux... J'attire votre attention sur une considération à mes yeux triviale, mais fondamentale : si autour du libre se mettait en place le même type de condition d'exercice "professionnel" et "communiquant" de la culture comme "métier", alors ce serait la fin du libre, et de tout espoir de réelle liberté (intellectuelle et artistique).

    Nous avons alors entamé un débat, dans lequel j'exposais mon ressenti du professionnalisme dans le domaine qui nous occupe, à savoir la pratique de la musique amplifiée en public, et l'organisation d'évènements correspondants. Et puis Dröne, tu as jugé que le débat était clos, et moi pas. Je vois que tu le ré-ouvres ici, et j'en suis heureux. ça me rappelle des dicussions qui ont eu lieu ailleurs, à propos du fait que les licences Creative Commons n'étaient pas libre dans le sens de ce mot défini par la Free Software Foundation, etc... heureusement, il semble que cela se soit calmé de ce côté là.

    Donc maintenant, si je comprends bien ce que tu nous dit là, tu vois "une doctrine de la musique comme profession", qui mettrait en danger la véritable essence du libre, qui est de prôner la pratique amateur exclusivement. Selon les dires des fondateurs dis-tu. mais il y a les dires des fondateurs et les projets qui vivent et évoluent, me semble-t-il. Gilberto Gil ne me semble pas être l'archétype de l'amateur, et bref, je ne veux pas dicuter de cela ici, car j'ai remarqué que tu éludais facilement les arguments que peuvent produire tes interlocuteurs.

    Mais où est le problème avec la pratique professionnelle de la musique?

    J'ai plein de questions pour toi, Dröne:

    Peut-tu citer précisément une licence de libre diffusion spécifiant que son usage est réservé aux amateurs?

    Quelle est ta profession?

    Les personnes qui ont conçu et fabriqué les machines avec lesquelles tu mixes, quelles étaient donc leurs professions?

    Est-tu celui qui dit ce que doit être la pratique de la musique, en général?

    Et si un être venait au monde, avec pour unique objectif de devenir professionnel de la musique, le lapiderais-tu?

    Je ne te connais pas, Dröne, mais tu me sembles un brin vindicatif, parfois!!

    Et je n'aime pas non plus la pose que tu prends, en dénonçant à l'avance des comportements qui ne sont pas encore. Et je crois que je n'aime pas non plus ce que tu donnes à lire de ce mouvement de la libre diffusion. Et je tiens à dire qu'heureusement il n'est pas ça.

    Il est des êtres, pratiquant leur art, avec courage ou desespoir, avec ténécité toujours. Il est des êtres s'appropriant la République et son droit, comme ont pu le faire avant nous les aînés résistants, amoureux du droit et de la liberté, et de sa sauvegarde. tes propos acides ou non n'y changeront rien: Créer c'est résister, résister c'est créer. C'est cela qui devrait transparaître dans tes discours, et au lieu de cela, je n'y entends que du regret, car tu vis ce que tu ne voudrais pas vivre, et dis ce que tu ne voudrais pas dire...

    Jospin a bien été photographié sur une barricade en 68

    oui, et alors? N'est-il pas libre d'avoir été sur les barricades?

    et là je viens de lire
    Le monde des alternatifs est, comme tout le reste : plongé dans l'idéologie du marché, dans les ambitions personnelles, dans le pragmatisme

    et un peu avant:

    OK, mais peut-être faudra-t-il chosir, un jour, entre les utopies et le pragmatisme...

    Serais-je en train de perdre mon temps...?

    @++
  • lol
    j'aime bien l'arrogance assumée :)
    chez moi le mot artiste, je l'ai gagné, contre tout ce que tu dis, mais aussi et surtout contre ce qu'on y avait mis dans ma caboche quand j'étais gosse (mais là c'est l'affaire de mon analyste et moi, donc j'arrête là) : disons que c'est pour ça que je me répète artiste -une sorte d'incantation personnelle.
    disons que pour commencer à travailler sur l'art, et aussi pour commencer à composer deux trois choses, il m'a fallu commencer par jeter Art Press à la poubelle (je n'ai rien spécialement contre Art Press, Beaux arts aurait fait l'affaire aussi, aussi bien que Voici :)
    Du coup ayant oublié pas mal de choses que j'avais lues, ayant perdu le contact avec les mondes où ça pense où ça institue où ça détermine, ben je m'en trouve un peu comme un sauvage et j'essaie d'entendre ce que l'artiste veut dire chez tout un chacun - chez mon voisin de pailier aussi bien que dans Art Press - et vois-tu, ce qui est incroyable, c'est que tout le monde a son petit avis là dessus, même l'apparemment plus inculte a quelque chose à dire à ce sujet, et le plus remarquable c'est qu'il y a toujours quelque chose de juste : parce que le mot artiste est devenu le conteneur de nombreux désirs et phantames, souvent contradictoires (et on ne doit pas être bien loin du sujet de ton post au fond : les contradictions)
    Donc pour ma part je ne me résoud pas à abandonner le mot artiste (pour ceci au moins que ça m'a couté beaucoup de le dire pour moi-même).
    Mais par exemple, chez another record, on assume de plus en plus explicitement une forme d'artisanat (mais là encore que veut-on dire exactement ?)), à tel point que nos prochaines "sorties" ne seront pas simplement des disques mais de véritables "objets d'art", réalisés à l'unité (puisqu'on se refuse à vendre la musique - on peut vendre des choses réalisées avec amour).
    tu parles de l'hyper acadmisme de l'art contemporain. c'est étrange. J'ai lu et oublié tout ça. alors que je suis véritablement fan du travail de beaucoup d'artistes dits "contemporains", mais je n'ai rien lu sur eux.. En fait, je savais beaucoup plus de choses sur l'art contemporain quand je détestais ça par principe. Ensuite, des événements ont fait que j'ai laissé tomber Art Press et que j'ai rencontré des oeuvres qui m'ont bouleversé et me bouleversent encore. et du coup je ne sais plus grand chose sur l'art contemporain mais je suis touché par des oeuvres.
    pareil pour la philosophie remarque bien :)

    J'aime beaucoup :
    on insulte le musée dans le cadre du musée
    :)
    difficile de subvertir quoi que ce soit quand cela même qu'on était censé subvertir vous intègre et vous institue. Cercle sans fin. Voyons nos pauvres licences libres ce qu'elles deviendront quand elles auront conquis le monde :)

    "
    Je suis bien d'accord que nous sommes tous - et j'entends aussi bien ceux qui ont reçu peu d'instruction, les illettrés - tout imprégné de culture ; que notre pensée est toute conditionnée et déformée par la culture, est à la culture comme la lame de couteau est à l'acier. Mais la lame de couteau peut se mettre en posture de subversion ; elle peut aspirer à substituer à sa nature d'acier celle de pur vouloir couper.
    " (Dubuffet, Asphyxiante culture)

    ...........
  • En ce qui me concerne, le débat est clos... avec toi.
  • moi aussi mon cher !
    et merci

    arggll j'avais pas lu le post de dogood
    bon laissons là alors :)
  • belle ouverture DrÔne!!

    :D

    si tu pouvais être plus explicite...il me semble qu'on est dans le personnel là non?

    @+
  • dana écrit:
    moi aussi mon cher !
    et merci

    arggll j'avais pas lu le post de dogood
    bon laissons là alors :)

    Je ne m'adressais pas à toi, bien entendu. Mais bon, laissons là, on reprendra plus tard, ou dans un autre contexte j'espère, car c'est des questions intéressantes.

    +A+

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