Je lisais l'autre jour un texte d'un démographe, qui disait qu'au rythme où nous allons, les européens de souche seraient de toutes façons obligés, à cause de la baisse de la natalité, d'accueillir les populations du sud. Le phantasme d'un France peuplée en majorité de gens dont les racines seraient dans les pays du sud, et majoritairement musulmane constitue une des perspectives envisageables pour l'avenir.
européen de souche, ça me fait bien rire, et le problème réside bien dans l'idée de nation, et d'identité culturelle à laquelle on la rattache. l'identité de la structure passe par les mythes, en france, on se plait encore bien trop souvent à croire à la descendance et à l'imagerie gauloise (nos ancètres les gaulois, la blague), quand il s'agit d'une immense fornication romano-galo-germaine (pour simplifier). Mais "la pureté" semble-t-il est importante, alors on gomme ce qui déplait ou est facheux, on "épure" et au final il ne reste plus que la sacro-sainte souche blanche, le mythe qui fait que tout ce qui est constitutif de la structure se reconnait en elle.
perspective envisageable mouais (la façon dont tout ceci est posé laisse à désirer je trouve, et c'est peu dire), encore que, s'il s'agissait de brassage et de métissage ça ne me gênerait pas, l'idée erronnée de la racine "unique" et "pure" se désagrégerait d'elle-même, tout comme l'idée d'invasion implicite dont il est question, mais on en est pas vraiment là. Il y a une complaisance théorique à vanter un modèle de droit, laïque dont le religieux n'occupperait que la sphère privée et une complaisance pratique à dénigrer tout ceci dans les faits. par exemple dans le cas de ce qu'on appelle communément le "mariage mixte", être etiqueté mâle français non musulman et épouser en france une femelle (le registre sexué utilisé n'est ni discriminatoire ni désobligeant mais l'ordre est important, car apparement fondamental ou à priori insultant) marocaine(-marocaine, par ex), donc musulmane, donc hors-la-loi marocaine, relève d'un vrai parcours du combattant, y compris après avoir fait sauter le suspicieux verrou du mariage blanc (d'ailleurs ces couleurs aussi sont curieuse, du travail au noir, mais du mariage blanc).
je partage tes craintes dana, la peur de l'autre est un épineux problème dont les racines, les sources des maux sont multiples et bien trop nombreuses. ce que je déplore le plus c'est qu'elles s'ancrent dans l'expression et qu'on les transporte dans les outils du langage même sans d'ailleurs en avoir bien conscience.
Mais quand justement on sent que l'Autre pourrait bien être nous-mêmes, hé bien! ça peut aussi susciter des sentiments de solidarité et non pas de haine.
j'irai même plus loin, l'Autre, c'est nous-même, ses problèmes sont notre. mais à cette pensée il y à l'idée que notre moi, se dissout, se désintègre. Alors on érige des barrières pour se rassurer. c'est vrai à l'échelle de l'individu comme à celui de la société. ce qui gâche tout me semble-til c'est cette notion de centre, de coeur si je puis dire, qui s'assèche à force de vouloir affirmer son territoire ou sa grandeur.
la grandeur ça ne s'affirme pas, pas plus que ça ne s'affiche, ça se témoigne sans avoir besoin de s'en gratifier. c'est l'essence même de la solidarité, tendre la main tout simplement parce que l'autre en as besoin.
Pourquoi chez certains, ce sentiment de la précarité suscite de l'amour, et chez d'autre de la haine ?
C'est une question cruciale (et la psychanalyse a son mot à dire là dessus, tout autant que l'anthropologie, l'étude de la culture etc.)
pourquoi ? peut-être parce que ma relation au monde est entretenue par l'idée que l'environnement m'est hostile (je dis "me" mais c'est impersonnel), qu'être sensible et fragile, c'est d'autant plus dangereux, et qu'il ne faut pas l'être, ou seulement un peu si l'on décide d'être ce fou poëte. Implicitement et en dehors des formules de ce qui est ou non convenable, c'est ceci qu'"on" à tenter de m'apprendre.
pourtant, je crois toujours en un ancien adage de ce cher lao tseu, que Faiblesse prime Force et souplesse, dureté.
edit : connerie