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45 000 artistes ratés

Comme son nom l'indique...ce qui n'entre dans aucune rubrique.
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aisyk
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par aisyk »

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incaudavenenum
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par incaudavenenum »

Oula. J'avais l'intention de répondre un peu aux arguments de Thierry mais je vois que l'eau a coulé sous les ponts. Finalement, je dis juste ce qui me passe par la tête.

En fait, Murat, je m'en fous un peu, j'ai même rien contre lui (je connais pas l'intégralité de son oeuvre, mais je crois avoir déjà entendu quelques trucs qui me déplaisaient pas). Mais c'est surtout la pose qu'il prend qui m'énerve. Et ce penchant pour les certitudes.

Opposer des branleurs musiciens du dimanche qui n'auraient fait que la moitié du chemin et les vrais artistes qui ont une "discipline de fer" me semble complètement oiseux.
Primo, j'imagine que, en tant qu'artiste professionnel connaissant un relatif succès, le père Murat, il ne doit pas travailler son art 24h sur 24 : la promo, les interviews, les négociations avec les maisons de disque, les tournées obligées par contrat... c'est du travail pas forcément artistique, tout ça, et ça doit avoir des côtés bien chiants et routiniers. C'est-à-dire que, quelque part, en plus de faire de la musique, Murat doit consacrer une part importante de son temps à des activités aliénantes, comme n'importe quel artiste "raté", finalement.

Sur l'idée qu'un "vrai" artiste serait celui qui accepte des "sacrifices" et laisse tomber toute autre activité pour vivre de son "art", je pense qu'il existe plein de contre-exemples, que je piocherai plutôt dans la littérature parce que c'est ce qui me vient : Kafka, je crois, était un petit fonctionnaire qui n'a peut-être jamais vendu un livre (à vérifier, j'ai pas le temps) et qui avait même refusé qu'on publie ses oeuvres après sa mort (volonté non respectée par un de ses potes, je crois). Il me semble avoir lu quelque part qu'il aimait bien lire ses textes devant ses amis pour les faire marrer. Peut-être ne cherchait-il pas plus loin. Peut-être n'était-il pas un artiste. Et alors ?
Et quel âge avait Rimbaud ? 17 ans ? Parce que le Rimbaud aventurier vendeur d'armes, il n'a pas écrit grand chose, il me semble... Il n'aura pas travaillé son art bien longtemps, celui-là.
Un "artiste" est-il tenu d'être artiste durant toute son existence ? 24h sur 24 ?

Artiste maudit, artisan besogneux, génie désinvolte, escroc magnifique, virtuose, touche à tout dilettante... mus par une rage juvénile ou sages d'une expérience acquise... Voilà autant de figures fantasmées de l'Artiste, et autant de lieux communs contradictoires.
On pourrait peut-être se passer de ce carcan étouffant ? Ou au moins renoncer à énoncer des certitudes à ce sujet.

Reste la question du travail. Je suis d'accord sur bien des points avec Dana (par exemple sur le fait de ne pas faire de la question des moyens de subsistance d'un artiste une question autonome, séparée de la question sociale prise dans sa globalité), mais je ne vois pas pour autant de césure se dessiner entre nous, dogmaziciens.
Juste un gros malentendu : on met tout et son contraire dans le mot "travail". Je préférerais qu'on distingue travail et activité.
Comme si ne pas travailler signifiait "ne rien faire", et comme si exercer une activité artistique avec ses plaisirs mais aussi ses souffrances était forcément synonyme de "travail". Il est certain que beaucoup de gens croient (à mon avis à tort) que le travail est la seule activité possible, d'où une certaine terreur face à l'idée de désoeuvrement : tout est fait, d'ailleurs dans la société pour que le temps libre ne soit qu'un temps mort, rempli au mieux par l'acte de consommation. Ce qui fait qu'après des années de lutte pour réduire le temps de travail, il y a si peu de résistance au mot d'ordre sarkozien de "travailler plus". Mais en même temps, (et là, je rejoins ce que disait Christophe), beaucoup de gens ont inconsciemment l'intuition que ce travail n'est pas une activité satisfaisante, et même s'ils n'ont pas trouvé mieux pour remplir le vide de leurs vies, ils rêvent obscurément de ne plus avoir à travailler (d'où le succès des jeux, la fascination pour les têtes couronnées, les stars d'un jour...).
Une personne qui défend l'idée de "travailler plus pour gagner plus" peut très bien désirer (plus ou moins secrètement) "gagner plus pour ne plus avoir à travailler" tout en ayant en même temps très peur à l'idée que cela pourrait bel et bien arriver (et en plus, ça fait du bien, aussi, de se faire peur). "Heureusement, ma bonne dame, cela n'arrive qu'en rêve, et nos vies de merde valent quand-même bien mieux que ce cauchemar", n'est-ce pas finalement ce qui se dit, aussi ? On se rassure comme on peut.

Oeuvrer, pour nous mêmes et pour les autres, à développer des activités épanouissantes me semble nécessaire, et j'ai l'impression de m'y employer un peu en faisant de la musique et en la faisant écouter à qui veut, sans être contraint par une obligation de "succès". Cela me prend beaucoup de temps (et d'argent), me procure beaucoup de plaisir et parfois quelques souffrances (pas trop, dans l'ensemble, sinon, comme disait Dana, je ferais de la poterie).
Cette activité coïncide (pour ceux qui en "vivent") ou coexiste (pour les autres) avec le travail. L'important est de la favoriser.

"Ne travaillez jamais", disait Debord, un mec qui n'a jamais bossé mais qui a fait plein de trucs.
Mankind_concept
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Inscription : 01 janv. 2006, 19:58

Re: 45 000 artistes ratés

Message par Mankind_concept »

dana a écrit : ça confirme ce que je pressentais plus haut
dans ce fil débile s'exprime une sacrée césure au sein des membres de dogmazic
je ne sais pas encore bien où la situer mais je sens des choses là :)
Pas de césure... Juste différentes idées ou peut être même des définitions différentes des mots employés.
Pour le film débile c'est un peu de la provoc, non ? Il y a eu des interventions dans ce thread dignes de figurer dans le grand livre.
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incaudavenenum
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par incaudavenenum »

Répondre par la provoc à la provoc, cela peut être tentant.
Les propos de Murat, quoiqu'on en pense, semblent s'inscrire dans une certaine stratégie promotionnelle : http://www.rue89.com/2007/10/11/baudela ... at-balance
DaKat
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par DaKat »

incaudavenenum a écrit :Les propos de Murat, quoiqu'on en pense, semblent s'inscrire dans une certaine stratégie promotionnelle
Ah ! ça, effectivement, si ça fait parler autant ailleurs qu'ici !
Et qu'il a quelque chose à nous vendre... il a réussi son coup ! 8)
FreeMusicFactory
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par FreeMusicFactory »

Beaucoup de choses ont été dites.
Je suis entièrement d'accord avec Dana sur la valeur du mot "travail" : il est actuellement mis à toute les sauces et on y met actuellement dans le même sac le mec qui trime en 3/8 pour 1 000 € par mois, "l'artiste" qui va passer ses journées à composer ou à faire de la route pour un concert de 30 personnes, "l"artiste" qui va rien faire, pas même composer une seule mélodie de sa vie, pour aller ensuite faire sa pleureuse et demander l'asile économique en Belgique, puis en Suisse, le mec qui a placé l'argent de Papa pour pouvoir rester tranquille sur son yacht à donner des conseils à tout le monde ...
Le mot n'est pas adapté, c'est tout.

Deux choses que je souhaitais modestement ajouter au débat :

1 : c'est quoi pour vous un artiste ? Parceque c'est vrai que ça fait dans le vent, avec son petit côté hype qui distingue du reste de la population, mais c'est peut-être aussi parceque tout le monde peut se définir comme artiste qu'on se retrouve avec ce flou autour de notion tel que le "travail" ou le "professionalisme". De même, cette autoproclamation d'être un artiste fait qu'au final, comme cela a déjà été évoqué, il y a une surabondance de l'offre. Ce n'est pas quelque chose que je regrette, juste un constat que je fais. Personnellement, je rejette le terme "artiste". Je lui préfére le terme de créateur. A mon sens, le terme d'artiste sous-entend une coupure ave le monde dans lequel il évolue, comme une sorte de supériorité. Le terme créateur est beaucoup plus ancrée dans un quotidien : lun boulanger est un créateur, un jardinier est un créateur, et je me sens plus proche d'eux que de Johnny & consort.

2 : Comment distingue-t-on une pratique professionelle d'une pratique amateur ? Comment est-on juge du professionalisme d'un artiste/créateur ? Cette question est vitale. Je la pose à chaque fois que j'ai une réunion et que des élus disent qu'il faut préférer subventionner des artistes professionels à des artistes amateurs.
Accrochez-vous : pour la DRAC, on devient professionel du moment que l'on est salarié ou que l'on a un salarié (par exemeple : une assos ave un salarié est une assos professionelle) ; pour les élus, on est professionnels du moment que l'on arrive à vivre de son art ... Et les artistes, qu'en pensent-ils ? Ben, les artistes que je rencontre me disent que l'on devient professionel du moment que l'on est reconnu par ses pairs, ce qui sous-entend que si l'on est pas reconnu par la caste des artistes, on n'en est pas vraiment un. Et dans un contexte de décentralisation, de refonte des financement publics à destination de la culture, ce n'est vraiment pas anodin, vu que les artistes professionels sont privilégiés face aux amateurs.
En gros : ceux qui reçoivent des subventions aujourd'hui sont ceux qui désignent leurs successeurs de demain.

Voilà, je sais pas si vous avez suivi, je sais pas si ça vous intéresse vraiment, mais ces deux questions (qu'est qu'un artiste ? A partir de quel moment bascule-t-on de l'amateurisme au professionalisme ?) sont à mon sens les plus importantes à l'heure actuelle, vu que de leur réponse découle tout un tas de chose (la question du travail, les financements publics, le soutien étatique ...).
DaKat
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par DaKat »

FreeMusicFactory a écrit :Personnellement, je rejette le terme "artiste". Je lui préfére le terme de créateur.
Je te rejoins assez là-dessus... Et pour parler de mon expérience personnelle je suis vraiment confronté à ça et à la différence amateur/professionnel, dans mon métier de graphiste, en tant que professionnel inscrit à la "maison des artistes" (ce qui ne me sert à rien mais je l'avais fait que je cherchais du travail au cas où j'aurais à travailler en freelance) j'ai donc un statut d'artiste, néanmoins je ne considère pas du tout ce que je fais comme un métier artistique (des couv de magazine, des pages de pub, des dépliants des flyers ou autres...) c'est, certe un métier créatif mais de là à parler d'art... il y a tout de même un monde !

A l'inverse, dans mon activité musicale totalement amateure je considère totalement que je fais quelque chose d'artistique même si encore une fois le terme est assez galvaudé mais en tous cas plus proche de la réalité...

Enfin tout ça pour dire, qu'entre le statut juridique, ce qu'on met dans le terme en fonction de sa propre culture et des ses opinions et ce qu'il représente réelement tout ceci est très relatif (et compliqué à exprimer je ne sais pas si je suis très clair).

Pour moi finalement l'artiste est aaussi quelqu'un qui à fait ses preuves, qui à montrer que dans son art, il excelle, il est au dessus du lot (là je te rejoins également dans le côté "Hype" du mot ça se mérite et n'est pas artiste qui veut même si on aimerait parceque ça pête de dire "ouais moi je suis un artiste !"), et en revenant sur le boulanger, j'ai un amis qui à fait les compagnons du tour de France en tant que patisssier, je considère que c'est bien plus un artiste que moi (car il excelle dans son métier et est créatif), qui pourtant en ai le statut et lui non...
LaSp
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par LaSp »

oui mais pour l'histoire du boulanger, il me semble que ca renvoi a la question : qu'est ce que la culture ? C'est la qu'est fait la distinction entre les artistes et les créateurs à priori.

Tous ces point c'est des trucs qui ne m'interressent pas à priori, j'imaginais pas que ca soit tellement important (malgré les warning des dana)
DaKat
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par DaKat »

The_Archdude a écrit :qu'est ce que la culture ? C'est la qu'est fait la distinction entre les artistes et les créateurs à priori
C'est vrai, effectivement l'artiste agit dans un domaine culturel.
(mais c'est toujours un peu le truc de chercher une réponse un peu tarabiscotée à une question simple...)
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incaudavenenum
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Re: 45 000 artistes ratés

Message par incaudavenenum »

Tiens, je suis quand-même allé écouter un album de Murat (celui recommandé par sam). Je dois reconnaître qu'il y a quelques trucs pas mal, du moins selon mes goûts, même si j'aimerais qu'il crache le shamallow qu'il a dans la bouche quand il chante, parce que je ne comprends pas un traître mot de ce qu'il raconte.
Ce qui ne change rien au fait que je trouve que c'est un sale type. Comme quoi un artiste est bien moins intéressant que son oeuvre, ce qui ne veut pas dire non plus qu'il faille être un connard pour être un artiste.

Quant à savoir ce qu'est un artiste, ce qui distingue l'amateur du professionnel... j'aurais tendance à penser qu'on n'est pas prêt d'avoir la réponse et même qu'on s'en fout. Je comprends bien que des institutions aient besoin d'établir des définitions, de classer les activités humaines, de décréter qui fait quoi ou qui a le droit de prétendre à tel ou tel titre.
Mais doit-on prendre au sérieux ces artifices administratifs ?
Je ne me souviens pas moi-même m'être jamais prétendu artiste et je n'ai jamais pensé que j'appartenais à une catégorie "à part". On me dit pourtant parfois que je suis un artiste, surtout quand je me montre particulièrement inapte dans un aspect bien trivial de la vie quotidienne (comme faire cuire des pâtes sans les laisser carboniser), ce qui est révélateur aussi sur l'image qu'on peut se faire de l'artiste.


La véritable question, au fond, c'est : comment faire pour mener une vie qui vaille vraiment la peine d'être vécue ? Pour ça, faut déjà survivre, bien sûr, et puis voir pas à pas ce qu'on peut faire de plus (de la musique, par exemple). Qu'on en vive ou pas, qu'on soit amateur ou pro. Et c'est à la portée de tout le monde : à chacun d'explorer les activités qui lui rendront la vie vivable. Ensuite, qu'on reçoive un brevet d'artiste par cooptation, par nombre de ventes, par autorisation de l'Etat ou par adoubement de la postérité, c'est assez secondaire, non ?
Le partage de la musique, même s'il n'échappe pas aux défauts de la société de consommation de merde qui est la nôtre est un moyen supplémentaire de découverte et de création. Il vaut la peine d'être défendu. Tant pis si ça fait peur à Murat. Et tant pis si j'énonce des banalités.
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