en psychanalyse c'est quelque chose avec lequel on doit se coltiner à un moment ou à un autre : admettre les parents réels et à faire le deuil des parents idéaux. Il s'agit toujours un peu de cela. Comme tu dis : "désacraliser". Et on peut dire qu'il y a toujours des forces qui s'allient pour maintenir les distances et la sacralisation : aussi bien du côté des spectacteurs de la figure "sacrée" que de la personne incarnant cette figure - admettre le réel et s'en trouver mieux, c'est pas donné à tout le monde, ça demande de grandir un peu (et plus dur encore, ne pas être déçu par le réel après la chûte de l'idéal, et préférer la personne réelle au mythe ! )Un jour, sur un forum, quelqu'un m'a dit : « Un écrivain doit garder ses distances. »
Et moi je lui ai répondu : « Je suis pour la désacralisation de l'écrivain, de l'artiste en général. Parce que c'est un individu comme un autre. »
Tiens ça va tout à fait dans le sens de ce que je réclame dans mon texte sur le soutien aux "artistes" : je dis, ne soutenons pas les artistes, mais améliorons la situation des gens en général (et du coup, certains de ces gens en général étant aussi des artistes, entre autres, il y a des chances pour qu'on soutienne aussi l'art
on est très loin de ça dans la mentalité contemporaine - l'artiste un mec comme un autre au fond, qui explore des choses certes particulières (enfin bon, y'a aussi de vulgaires tâcherons sans intérêt quand même), mais ça ne fait pas de lui a priori un type plus admirable que mon boulanger par exemple. On est encore dans des représentations très "bourgeoises", très romantiques au fond, avec tout le cortège des phantasmes quon associe au signifiant "artiste", ses propres frustrations et ambitions qu'on projette sur l'artiste etc.. Le marketing sert à ça et c'est souvent risible : susciter les projections et identifications sur des figures pseudo-mythiques.