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Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Tout ce qui concerne les différences et points communs entre les licences libres existantes...
dana
Messages : 5472
Inscription : 24 juil. 2004, 14:55

Re: Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Message par dana »

ça fait longtemps que j'avias envie de développer quelques idées sur la "paternité" en droit d'auteur.. J' avais tracé quelques lignes de cete réfklexion il y a 4-5 ans en écrivant la disséminatioin. Je reprends à de nouveaux frais, puisqu'hash m'en donne l'occasion :

"Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne!" (Rousseau)

Je ne sais pas si "le complexe de Dieu" (entendons le comme "se prendre pour un petit dieu") est particulièrement flagrant chez les auteurs qui adoptent telle telle licence ouverte..
En vous lisant je trouve ça étonnant que vous ne signaliez pas qu'au fond on veuille pointer à travers ces mots "complexe de Dieu" une manière d'interpréter et de mettre en pratique psychiquement et physiquement un certain rapport entre l'auteur et son oeuvre.

Ce rapport spécial que supose hash serait une sorte de déclinaison outrageuse de la propriété et/ou de la paternité

Outrageuse.. Si on considère que les auteurs sous licence ouverte seraient caractérisés par un abord plus souple de cette question de propriété et paternité

Du point de vue du droit d'auteur classique (disons tel qu'il s'écrit dans le droit et tel qu'il est interpété et mis en pratique par les organismes de gestion des droits), on considèrerait comme normal des idées comme droit inaliénable et éternel d'un auteur sur son oeuvre (le droit moral), et toute la partie patrimoniale viserait à consolider la propriété.

Je me dis aussi qu'à bien des égards nous et nos semblables nous comportons bien souvent comme des petits dieux : une certaine prétention à l'omnipuissance et l'omniscience, pour reprendre deux des attributs du divin dans la tradition judéo-chrétienne (et islamique) (et peut-être au fond dans toute idée de la divinité) : c'est le cas de tout nourrisson, qui, avant de faire l'expérience de l'absence de l'objet (le sein, la mère), n'est pas en mesure de concevoir qu'une réalité résiste à son pouvoir.
Nous sommes tous des nourrissons inconsolables de notre toute puissance perdue.
Regardez certains au volant de leur automobile, ou d'autres gravissant les échelons du pouvoir sans scrupules éthique (c'est-à-dire sans considérer que rien ni personne ne devrait par principe empêcher leur pouvoir).

Je songe aux efforts délirants du legislateur pour augmenter la durée du copyright ou de la propriété intellectuelle : nostalgie de cette toute puissance :
Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : "Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne!"
(c'est du Rousseau, le second discours sur les inégalités)

Ceci est à moi dit l'enfant gardant contre lui cet objet qui fait office de substitut à cet objet primordial dont la perte le rend inconsolable (sauf qu'il se console justement d'un autre objet, un doudou, une oeuvre d'art, une automobile)
Je songe à ces parents qui parfois peinent à laisser leur progéniture s'embarquer à sa manière dans le monde, et n'ont de cesse de le conformer à leur propre désir (et nous sommes là dans un drame éternellement humain, auquel j'ai affaire chaque jour que le diable fait dans mon cabinet)

J'ai envie de dire : n'importe quel objet (pourvu qu'on puisse dire "ceci est à moi') fait l'affaire

j'ignore si dieu ou quelque chose de ce genre existe, mais je sais que l'idée et l'expérience de l'omnipuissance, de la paternité, existent.

Alors :
que signifie psychologiquement ces gens qui tendent à abandonner une partie de ce pouvoir sur l'objet ? De quelle tendance s'émancipent-ils ? Quelle révolte ?
Peut-être témoignent -ils d'une certaine sagesse : je ne saurais demeurer dupe de ma paternité sur cet objet, quoiqu'il vienne en partie de "moi", ou de ce qu'on suppose être le "moi" (si tant est que ce "moi" lui-même ne soit pas illusoire ?
Ou bien leur déception est tellement immense, qu'il renonce par dépit à toute prétention à posséder quoi que ce soit, enfin.. qu'ils y tendent en détournant le droit des auteurs ?
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aisyk
Messages : 2150
Inscription : 17 oct. 2005, 14:08

Re: Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Message par aisyk »

Parfois je me dis qu'un peu de pub ne fait pas de mal...
http://aisyk.blogspot.com/2007/10/de-la ... rture.html

:D
MrPiggiePopp
Messages : 368
Inscription : 20 janv. 2008, 13:35

Re: Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Message par MrPiggiePopp »

(et nous sommes là dans un drame éternellement humain, auquel j'ai affaire chaque jour que le diable fait dans mon cabinet)

Ouais, le diable...
Parce que le sein n'est pas qu'un objet d'amour, mais aussi de haine.

l'amour et la haine pour le premier objet d'amour séparé
...
Lucifer666
dana
Messages : 5472
Inscription : 24 juil. 2004, 14:55

Re: Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Message par dana »

absolument mr piggie
xcyril
Messages : 182
Inscription : 26 nov. 2006, 22:13

Re: Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Message par xcyril »

Aisyk a écrit :Parfois je me dis qu'un peu de pub ne fait pas de mal...
http://aisyk.blogspot.com/2007/10/de-la ... rture.html

:D
erreur bX-323570
hash
Messages : 166
Inscription : 10 août 2007, 16:22

Re: Clauses ND et NC, le risque du complexe de Dieu ?

Message par hash »

Je vois qu'il s'en passe de belles pendant que je fabrique ma mélatonine :D

Avez-vous remarqué que j'ai mis un point d'interrogation au titre de mon sujet ?
Je n' affirme pas cette idée du "complexe de Dieu". J'ai un avis mais il n'est pas arrêté, le débat est ouvert et cet avis peut évoluer.

J'ai employé le terme Dieu parce que je sais que ce terme fait polémique de par sa signification générale mais aussi de par sa signification plus intime. Le Dieu en question n'est pas le Dieu Chrétien, le fils de l'Autre qui est tout plein de bonnes intentions envers ces Hommes qui l'ont crucifiés. Non je parle de Dieu le père, cette entité de mauvais poil qui trucide à tour de bras, qui harcèle, qui fait tomber sa vengeance divine sur quiconque ne suit pas ses lois, ses caprices ( ? ), qui a des sautes d'humeurs, qui tue facilement femmes, enfants et dévots sous prétexte de soumettre à rude épreuve leur foi en Lui.

L'artiste est un créateur, donc un équivalent de Dieu. L'artiste est un humain avec ses failles, son immaturité trés proche d'un Dieu vengeur ou d'un enfant possessif. Aprés tout les textes sacrés parlent d'un Homme fait à l'image de son Créateur.

Avez-vous remarqué que dans le droit d'auteur, le droit est pour l'auteur ?
Autrement dit aucun pour l'utilisateur final.
Le droit d'auteur récompense l'auteur et peut punir l'utilisateur final livré au bon vouloir de l'auteur et de sa personnalité.

Comme l'a si bien rappelé Mankind concept :
De toute façon, licence ou pas, le droit d'auteur existe... On peut attaquer qui on veut... Les avocats adorent ça et en plus ça les fait vivre...
Le droit d'auteur pourait être un moyen de rémunération pour un artiste dont l'idée serait d'attaquer ceux qui utilisent ses oeuvres sans définition du contexte dans lequel ils peuvent les utiliser.

Quand j'ai compris, pendant mes recherches qu' étant auteur par le simple fait de créer et disposant de droits inaliénables et infinis sur mon oeuvres, je me suis dit : "banco, je nai besoin de rien d'autre. "

Et puis j'ai rencontré d'autres artistes qui avaient réfléchit plus loin et qui étaient déja dans une posture de circulation aisée et rapide de leur musique. J'ai alors compris que l'utilisateur final qui téléchargerait mes morceaux sans savoir comment je leur permettais de les utiliser couraient le risque de tomber sur un auteur psychopathe qui verrait là le moyen d'assouvir ses besoins de toute puissance.

Alors, j'ai utilisé les licences CC en comprenant que ce n'était pas un moyen de protéger ma musique ou de me protéger moi, mais de définir un cadre serein dans lequel toutes les parties connaissaient les règle du jeu de façon claire et permettant au final de diffuser à travers le globe et même l'espace les trucs bruyants que je fabrique au jour le jour.

Mais comme j'étais trés parano, je me suis dit : "okay, je mets ma musique à disposition, je saute dans le vide, mais je me protège un max des vilains industriels qui veulent piller les auteurs géniaux comme moi"

D'où la licence cc-by-nc-nd.

Cette licence qui ne peut être classé dans les licences de libre diffusion que par le BY de fait, devient un objet de pouvoir de l'auteur envers l'utilisateur final trés puissant.

Plus d'ailleurs envers l'utilisateur peu connaisseur des lois et peu fortuné qu' envers les vrais méchants qui ont les moyens de se payer une procédure longue et des avocats.

Mon objet n'est pas de condamner les auteurs et les licences. Mon objet est de réfléchir sur la portée de nos choix en tant qu' auteur sur l'utilisateur final. Qu'est-ce que nous voulons pour lui et non pour nous. Quand je lis les forums que ce soit ici ou sur Jamendo, j'ai vraiment l'impression, souvent d'avoir affaire à des gamins possessifs qui veulent bien partager leurs jouets à l'unique condition que ça leur rapporte. Ce n'est pas la philosophie du libre. La philosophie du libre est de libérer des choses pour les mettre à disposition du plus grand nombre et c'est dans ce cas uniquement que la "culture" survivra à la privatisation des idées. En fait et c'est pourquoi il semble difficile de créer une communauté des musiciens libres à l'instar de celle du logiciel libre, c'est que les musiciens n'ont pas compris que leur individualité, leur fantasme de puissance doit s'effacer au profit d'une conception collective de la circulation libre et rapide des oeuvres
et que c'est l'utilisateur final qui nous garantit, non pas notre gloire individuelle mais la simple possibilité de pouvoir continuer à publier notre musique. Car c'est de ça dont il s'agit : pouvoir continuer à mettre notre musique en ligne, la faire connaître au monde entier dans un contexte de loi du marché où c'est le plus fort qui l'emporte. Ce n'est qu'au prix de notre effacemet individuel que nous serons les plus forts et pas en faisant tomber à tour de bras sur le premier contrevenant venu le bras vengeur du petit Dieu que nous sommes en tant qu'auteur.

Merci à Dana pour son développement philosophique et à Aisyk pour son article.
De mon côté, je suis tombé sur un article qui parle de la propriété intellectuelle que j'ai trouvé trés intéressant : http://www.ecrans.fr/Propriete-intellec ... ,3502.html
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