Je m'énerve un peu, c'est un fait, mais c'est parce que je sens le fil orienté qui ne dit pas son nom. J'aime les choses claires.
Je suis d'accord avec Marco, le show scénique n'existe pas sous une forme absolue. Or, on a tendance à croire que la scène c'est justement une interaction visible avec le public.
Je vais me répéter. On prend comme modèle de show scénique poprock ( c'est le style dominant qui inclue le rap, la variété et le dj star façon Bob sinclar ). C'est le modèle largement répandu par les médias, qui est d'abord frontal et surélevé avec du gros son, des grosses lumières, des mégas écrans, bref, on sature le public sur le plan sensitif histoire de tuer chez lui toute tentative de ressentir vraiment. A croire que ce genre de spectacle n'a rien à proposer de vraiment profond, hein ?
La scène est une affaire de personnalité pas d'attitude visant à provoquer un effet prévisible sur un public donné. Là on est dans l'étude de marché pas dans l'expression artistique. La StarAc fonctionne sur ce modèle. Je regarde régulièrement les quotidienne de cette émission juste pour me rendre compte de la façon dont les majors formatent leurs marionartistes. Outre le discours marketing à peine plus évolué que celui d'un commercial vendant des assurances à des petits vieux, on est dans la recette. Regarder la caméra, sourire, se positionner sur scène, si tu chantes du rock, fais le rockeux, déhanche, regarde les gens, provoque des réactions chez eux, interpelle-les, etc...
Si tu chantes l'émotion, prend l'attitude adéquat. si tu as de la personnalité, oublie-la.
Pfff...
Le live c'est d'abord une personnalité, c'est un artiste ou un groupe d'artistes qui choisit un canal d'expression, celui qui lui convient. Le public suivra ou pas, la question n'est pas là.
Lorsque je vais au cinéma, je partage une expérience avec d'autres gens que je ne connais pas et avec lesquels je ne communique pas physiquement ( c'est plutôt mal vu au cinéma

). Mais l'intérêt de la salle de cinéma et sa supériorité par rapport à la projection privé c'est le partage d'une expérience silencieuse, une communion d'esprit. Le cinéma n'est pas une expérience solitaire. Et je ne vibre pas plus fort parce que ça pète toutes les trente secondes à l'écran avec 500 watts distribués dans mes oreilles.
De même sur scène, ce qui importe ce n'est pas qu'un artiste fasse sa gymnastique ou qu'il se mette torse-nu, qu'il se jette dans la foule, qu'il arrive défoncé, ou qu'il sorte sa teub devant tout le monde. Là on est dans la performance physique. Ce n'est qu'un aspect du spectacle scénique, une discipline en soi, On pourrait alors trés bien reprocher aux artistes qui utilisent leur corps pour occuper l'espace de détourner l'attention de leur public pour masquer leur incompétence technique ou simplement artistique.
De même, un artiste qui joue seul derrière sa machine et qui restitue, à sa manière, avec sa sensibilité, ce qu'il a mis des heures à composer, à peaufiner, peut distiller la seule chose vraiment importante dans le live, le partage émotionnel. Et lui est transparent, il ne masque rien, il n'y a pas de pare-feu gestuel.
Ma position est claire par rapport au show Poprock, c'est de l'esbrouffe, de l'attitude bon marché. Je ne s ais plus qui disait : "si tu n'a plus rien à dire, tu peux toujours leur demander comment ça va, ça te permet de gagner du temps sur ton set".
Des tricheurs il y en a partout, et beaucoup de gens sont bien content de payer leur entrée pour faire de certains d'entre eux des milliardaires. Ce n'est pas parce qu'on joue avec un laptop qu'on en est un. Ce n'est pas parce qu'on est cinq sur scène et qu'on brasse de l'air qu'on en est pas un. Les choses sont un peu plus complexes.
La scène c'est un rapport entre un artiste et un public. Un émetteur et un récepteur. quand l'alchimie fonctionne, le récepteur devient à son tour émetteur et l'artiste récepteur et ainsi, dans une sorte de mouvement perpétuel, l'assemblée comprenant artiste et public se nourrit de sa propre énergie. Dans un bon concert, il n'y pas de perte d'énergie, tout le monde se retrouve, à la fin, dans un état proche de celui dans lequel on est aprés avoir fait l'amour. Crevé mais satisfait.
Et ça, ça n'a rien à voir avec les moyens mais juste avec l'ouverture d'esprit et la communion.