Une Charte, un avenant et/ou une nouvelle licence... ? Moi, je veux bien, mais mettons-nous d'accord déjà sur le "pour quoi faire", c'est-à-dire, sur la fin. Et ensuite, examinons les moyens : le "que faire ?" (comme disait Lénine) ou le "comment faire ?".
Du coup, je reviens au sujet du thread : ce qui entraîne ce genre d'interrogation, c'est bien les pratiques cyniques de Jamendo notamment, mais aussi bien sûr les errements de CC Monde/France/Poitou-Charente, et les problématiques liées aux évolutions de la SACEM ou à la répression de type Hadopi.
Je pense que nous serons tous d'accord pour dire que Jamendo est une imposture néfaste. Jusqu'ici, nous avons été une toute petite poignée à dire qu'il ne suffisait pas de ne pas souscrire au modèle Jamendo, qu'il fallait aussi le dénoncer publiquement et le plus possible le critiquer, le contrer, voire l'empêcher de nuire (cela a été le sens de l'opération
jamendouille, et je suppose que c'est aussi celui des initiatives plus récentes de chefgeorges). On nous rétorquait souvent : "on s'en fout, chacun fait ce qu'il veut"... Mais peut-être aujourd'hui sommes-nous plus nombreux à nous rendre compte qu'on ne peut pas simplement s'en foutre ?
Le problème, c'est que des polémiques isolées lancées individuellement, ça n'est pas ce qui se fait de plus efficace ou constructif, même si c'est parfois mieux que rien du tout. A un moment, il faut passer à l'étape du rapport de force instauré par une puissance collective organisée. Or, ça tombe bien, on a avec MLO/Dogmazic une organisation renouvelée, historiquement légitime, militante, réfléchie et active, comportant un peu plus qu'une poignée d'adhérents et encore davantage de sympathisants et d'utilisateurs. Il est donc enfin temps, peut-être, que l'association Musique Libre, au nom de la plateforme Dogmazic, défende officiellement et publiquement son propre modèle face à celui de Jamendo. Plusieurs formes d'action sont envisageables, mais on peut commencer par la rédaction d'un texte qui pourra être affiché, mais aussi exhibé ou lu par le président et les divers représentants mandatés par l'asso dès que l'occasion se présente. On s'y colle ?
Même chose pour les dérives de CC, les tractations occultes avec la SACEM : il est temps que le public ait libre accès à l'info et que l'asso affiche fermement sa position... si bien sûr nous parvenons à une position commune. Et là, je voudrais mettre un bémol à ce que j'ai pu lire plus haut : je suis opposé à toute présentation des clauses NC ou ND comme des restrictions au mieux tolérées et destinées à une plus grande ouverture. Pour moi, elles relèvent de choix artistiques et politiques à part entière, qui doivent bien sûr être réfléchis et débattus, mais qui ne doivent pas être considérés comme un premier pas timide vers le copyleft. Qu'on établisse par une charte, un additif, une nouvelle licence, que sais-je, qu'un auteur ne doit pas mettre en délicatesse un utilisateur en ajoutant après coup des restrictions, soit. Mais je m'opposerai toujours à ce qu'un tel texte exprime même de façon allusive une sorte de condescendance de full libristes à l'égard de ceux qui ont choisi de diffuser leurs oeuvres sous clause NC ou ND.
De même, je m'opposerai à tout texte qui viserait à empêcher les utilisateurs de licences ouvertes de recourir un jour à une forme de gestion collective. J'ai beau être opposé aux pratiques actuelles de la SACEM et à toute vision promotionnelle de la musique libre, j'affirme qu'une autre forme de gestion collective est non seulement possible mais désirable, et même nécessaire, même si elle reste à construire. Je crois néanmoins que l'association Musique Libre peut (et doit) faire la synthèse entre les puristes de la gestion individuelle et les collectivistes tels que moi. Pour cela, il faut que le discours officiel de l'asso reflète bien un compromis entre nos différentes tendances. Dès lors, je suis prêt à participer activement à l'élaboration de ce discours et aux actions qui en découlent, à savoir (à mon avis) :
— protestation officielle auprès de CC contre la version 3.0,
— bannissement des CC 3.0 de Dogmazic, après annonce des raisons, et invitation faite aux utilisateurs de passer aux versions antérieures.
— protestation officielle auprès de la SACEM contre l'aberrante utilisation promotionnelle des licences ouvertes.
Quant à la rédaction d'un nouveau jeu de licences, je n'ai rien contre, mais nous ne sommes pas juristes, et j'ai peur que nous ne perdions du temps à vouloir réinventer l'eau chaude. Les licences CC 2.0 (en plus des LAL, Free Music, etc) sont déjà valides, populaires et largement utilisées. Si la "marque" CC devient infâmante, réfléchissons peut-être à un détournement des textes existants ? A nous d'y ajouter par une charte, si on veut, la dimension politique (au sens noble du terme). Il en a maintes fois déjà été question, mais il faudrait que dès l'inscription, l'utilisation de la plateforme Dogmazic apparaisse comme une adhésion à un projet militant.