Salut à toutes et à tous,
Bon, je vous le dis tout de suite, j'ai un peu éludé ma lecture des derniers posts, car le sujet me brûle les doigts, et j'en ai déjà fait part à Libre Accès sans passer par ici.
Alors, il y a plusieurs points que je voudrais relever. Tout d'abord des points d'ordre général qui ne sont pas spécifiques du tout au libre.
1. Si Libre Accès n'a pas de parole propre, mais seulement les paroles individuelles de chacun de ses membres qui s'expriment sans jamais engager la structure, comment cette structure peut-elle, d'une manière ou d'une autre, promouvoir la culture libre ? Autrement dit, si la structure en tant que telle ne parle jamais, comment va-t-on l'entendre. Je ne vois pas ça possible, à moins que l'on considère -à tort ou à raison- les paroles de ses membres comme des paroles de la structure. De fait, cela définit effectivement les membres du CA (à tout le moins, compte tenu du mode décisionnel actuel, dont il m'a été dit qu'il n'était pas figé) comme les porte-paroles de la culture libre.
2. En corollaire, à mon sens, une fédération de la culture libre est en effet quelque chose de tout à fait utile et intéressant : pour faire prendre conscience à des politiques au niveau national (donc parisiens, ce qui semble être l'un des points forts de Libre Accès), bien sûr, mais encore plus à des échelles plus réduites (région, etc.) qui ont infiniment plus de latitudes pour exprimer leur soutien. Et puis, et ça n'est pas le moins, envers le public, mais cette considération est très généralement oubliée.
Par contre, une fédération se doit :
- de fédérer un maximum de personnes sur la base d'une philosophie claire (la culture libre seule n'est probablement pas suffisante compte tenu des divergences, mais j'y reviens après)
- d'avoir un propos clair, ce qui implique que ce propos ne concerne que des sujets qui font consensus parmi les gens que représente la fédération (d'où l'importance d'une "ligne éditoriale" à la base, afin que les gens sachent à quoi ils adhèrent). Par là même, si l'on veut une fédération de la culture libre en général, cette fédération ne va pouvoir se positionner que sur des sujets très très généraux, en faisant au passage attention de ne pas piétiner les plates-bandes des indépendants, car l'indépendance n'oblige pas à l'utilisation de licences libres. Bref, mon avis sur la question est qu'il devrait y avoir suffisamment de choses qui nous réunissent pour pouvoir en parler avant le schisme. Mais ce point de vue, je m'en rends de plus en plus compte, est très généralement celui des partisans des licences les plus ouvertes (cf. ce que dit deFred), puisque de fait il y a dès l'origine une part de renoncement très grande dans leur démarche. Je ne suis donc pas sûr que l'on puisse arriver à cela... C'est polémique, donc je ne vais pas plus loin là-dessus (même si la polémique est intéressante).
3. Cette remarque, elle n'est pas de moi, je la pensais sans avoir réussi à l'exprimer, et c'est l'un des fondateurs de Linux Nantes qui me l'a finalement formulée à la sortie de l'exposé de Stallman. A noter qu'elle rejoint la position d'un autre développeur non musicien qui est venu aux assises de la culture libre :
Pourquoi un artiste devrait-il être considéré différemment (du point de vue de la création) d'un créateur de logiciel (par exemple) ? Qu'est-ce qui justifie que l'artiste puisse créer une fois et en profiter pendant une durée déterminée (postulat du mécénat global, même si de manière un peu indirecte) ?
Nous utilisons tous des logiciels libres, sans nécessairement faire de dons à la MoFo ou qui sais-je, et on ne nous en tient pas rigueur. Notamment parce que les éventuels besoin de rémunérations sont opérés majoritairement à travers d'autres produits (maintenance, formation, installation, voire salariat d'un poste à plein-temps avec une mission à temps partiel...).
Et plus pragmatiquement, quel est l'objectif recherché à travers ces demandes de rémunération convenable (dont il est notable au passage qu'on y inclue uniquement deux solutions : le revenu universel de vie[1] et la rétribution au titre des droits d'auteur... quid des salariats possible par des structures de production ?) ? Si nous prenons le chiffre d'affaire de la SACEM (parlons musique), soit environ 750 M€ en 2006 (source aimsa) et qu'on le divise très naïvement par le nombre de sociétaires de la SACEM, soit 107000), nous arrivons à 7000 € par sociétaire, ce qui n'est clairement pas suffisant pour vivre pour la pluapart des gens. Si on propose d'élargir cette rémunération aux gens du libre (et aux gens du rien, parce qu'il n'y a pas de raison), combien de personnes devraient toucher des rétributions ? Le triple ? 10 fois plus ? Aucune idée, mais, très clairement, la part qui reviendrait à chacun sera très faible. A noter, d'ailleurs, que ce chiffre d'affaire inclue également les cotisations en tant que sociétaire, qui finiront par être plus importantes que la rétribution.
Bon, si nous allons plus loin dans le calcul, une structure gérant la redistribution de ces subsides est nécessairement constituée de personnels permanents. La SACEM en compte 1500, gageons qu'une nouvelle structure optimisera son personnel, mais enfin, clairement, il ne restera rien.
Donc, j'aimerais lever une ambiguité qui n'en est pas une :
LA RÉTRIBUTION AU TITRE DES DROITS D'AUTEURS N'EST PAS UNE SOLUTION DE VIE VIABLE, à tout le moins sans augmenter la taxation au titre des droits d'auteurs sur les produits, mais dans ce cas, c'est l'accès à la culture que l'on coupe, et je ne peux pas croire que cela colle avec l'esprit du libre.
Alors, pourquoi demande-t-on ce type de rétribution, si ça n'est pas pour en vivre ? Par jalousie ? Je ne vois rien d'autre qui me vienne à l'esprit et qui soit recevable. Pas par esprit d'égalité, car dans ce cas, le zéro pour tout le monde est envisageable.
Pour terminer sur ce point : en musique (vivante ou cd), et en théâtre, aussi (c'est les domaines que je connais, n'en déplaise à RMS), la part que représente les droits d'auteurs dans les budgets de projet de réalisation de pièce, de production d'album, d'organisation de tournée, de résidence, etc. est absolument minime au regard d'autres coûts, en particulier
LES SALAIRES DES ARTISTES ET TECHNICIENS. Donc, avant de se poser des questions de ce type, et de se monter bien haut la tête pour voir comment on devrait justement rétribuer notre travail, il serait peut-être temps d'observer avec un certain réalisme ces faits. Quand je discute de ce débat avec des gens proches du libre, mais pas nécessairement auteur (par exemple des techniciens, des régisseurs de festivals, etc.), ils hallucinent que de telles questions soient posées tant leur pertinence est faible au regard de ce qu'est la culture. Et le salariat, c'est très confortable, au passage, je ne l'échangerais pas contre une rétribution pour mes droits d'auteurs.
[1] avec lequel j'ai beaucoup d'affinités, mais qui ne me semble en effet pas être essentiellement lié au libre.
4. Ôtez-moi d'un doute (mais j'ai déjà la réponse, je pense), tout le monde est bien entendu d'accord sur le fait que l'appartenance de Musique Libre ! à Libre Accès, ainsi que son statut de fondateur, n'implique en rien l'idée que les groupes présents dans l'archive Dogmazic sont représentés par Dogmazic (nous ne sommes pas tenus d'être membres de l'asso, donc ça serait un comble).
Je suis très critique, mais, après en avoir discuté avec des membres de Libre Accès directement, je suis personnellement resté sur ma faim, avec des réponses plus que floues et pas nécessairement cohérentes entre les différents membres de LA, alors même que l'intérêt d'une fédération me semble presqu'aussi évident que le positionnement de LA en tant que telle.
Et, encore une fois, je connais plusieurs des membres de LA, j'ai discuté avec eux, et j'ai une grande confiance et un grand respect pour leurs actions en dehors de cette structure. Mais je ne perçois vraiment pas l'action de cette structure comme salvateur, et ce sentiment est d'autant plus exacerbé que j'habite en province !

J'ajoute que lorsque j'avais demandé si LA était ouvert à tous, et donc quelles étaient les modalités d'adhésion, on m'avait répondu que oui tout le monde pouvait adhérer, c'était libre, etc. Le principe de co-optation évoqué en début de topic ne va pas dans ce sens et s'additionne à la gêne générale que j'ai ressenti vis-à-vis de cette structure, que j'ai du mal à ne pas observer, dans son action actuelle, comme une sphère d'activisme politique très restreint et pariso-centré (au mieux) ou de propulsion politique d'ambitions personnelles (au pire).
Je serai(s) ravi de changer d'avis.