Al_z a écrit :
Dana, si tu peux me donner la définition de ce qu’est un bon militant, ça me dépannerait, de même pour un casseur ou même un terroriste.

Tu veux une définition légale ou bien une approximation comme beaucoup de choses développées dans ce thread depuis que toi et incauda avez décidé que les BONS défilaient et les MAUVAIS restaient chez eux ?
Comme le fait de croire que manifester dans une manif approuvée par la préfecture c'est plus ou moins équivalent à faire la révolution.
Manifester est inscrit dans le droit et ça fait partie de la Démocratie. La guerre civile c'est quand le peuple ne croit plus en ses institution et donc passe outre le droit. C'est ce qui s'est passé en Grèce. C'est ce qui aurait pu se passer en 68 si le pouvoir avait été tenu par un Sarkozy. Manifester pendant trois semaines, n'a rien à voir avec une insurrection. Et battre le pavet à plusieurs milliers en revendiquant la retraite à 60 au lieu de 62 n'a rien de courageux même si en face, le rapport de force est anormalement disproportionné en temps de paix.
En 90, l'année où les casseurs sont devenus la marotte des medias, quand des personnes ont saccagé le C&A à Montparnasse, je me suis retrouvé avec mon frère cadet que j'accompagnais pour sa première et dernière manif de lycéen, au pont de l'Alma à Paris, quand les flics nous ont amené là où ils voulaient qu'on soit et qu'ils se sont mis à charger sans que l'on puisse s'enfuir.
Et là, j'ai compris que manifester n'était pas un jeu.
Je me suis senti vivant, oui, mais je n'en ai rien éprouvé de particulièrement agréable. Vivant parce que la douleur sous les coups de matraques ne te laisse aucun doute quant à la réalité de ton système nerveux, douleur à voir d'autres êtres humains se faire dérouiller, le plus dur pour moi, frappés à terre, même quand ils demandent grâce. Et là, tuer un flic devient une évidence, mais chercher comment t'enfuir prend le pas sur toutes formes de confrontation.
Douleur à comprendre que le pouvoir n'est pas détenu par l'Etat, NOUS, mais par le gouvernement, des gens que nous n'élisons pas. Et depuis ce jour, je n'ai plus jamais été dans une manif et je me suis toujours méfié des mouvements de foule qui ne te laissent plus la liberté de tes mouvements.
Moi l’une des choses que je retiens de ce que j’ai vu à Lyon, ce sont ces gamins qui se sont retrouvés dans le quartier le plus bourge de la ville pour caillasser des flics qui quotidiennement leur infligent brimades et contrôles au faciès. On peut certes objecter que « Sarko, on t’encule » n’est pas d’un très haut niveau de rhétorique mais ils étaient là en plein cœur d’une manif sur les retraites quoi merde, un truc qui semble à des milliers de lieues de leurs préoccupations. Ils étaient là, ils n’avaient pas peur, faisaient, pour la plupart, n’importe quoi mais ils étaient aux côtés de tout le monde. Ils n’étaient pas comme en 2005 à saccager leurs propres quartiers. Mais bien dans un mouvement de protestation qui ne concernait même pas le jeunesse directement a priori. Certainement qu’ils n’en avaient rien à carrer de la réforme des retraites mais la pression du pouvoir devient telle qu’elle a réussi à réveiller les antagonismes de classes d’une manière remarquable et ce dans un sens tout à fait politique.
Que sais-tu de leurs motivations ?
Comment peux-tu savoir que la lutte des classes est réveillée ?
Quelle signification à, aujourd'hui la lutte des classes ?
La lutte des classe est une action politique, quelque chose de théorisé qui fait appel à un savoir, une conscience. Sarkozy est un symbole de classe, mais il est bien plus un serviteur qu'un maître. En fait, il sert à cacher la forêt.
Tu tires des conclusions hâtives et on sent une forme d'exaltation à te lire. On a l'impression que c'est ta première manif et que tu n'arrives pas à y croire, tout ça...
Je regrette au fond, d’après ce qui s’exprime sur ce petit bout de la toile, que des gens qui prennent une posture radicale, qui prétendent ne plus aller aux manifs par peur d’avoir envie de frapper quelqu’un ne soient pas venus, par ce que là il y avait vraiment matière à se battre. Et peu importe que ce fut à la manière d’un bon militant, d’un casseur ou d’un terroriste. L’ennemi était en face de nous et il avait peur. Mais c'est probablement cela que Boltanski et Chiapello appellent la "critique artiste", celle qui au fond s'oppose à la "critique de classe".
Tu te trompes si tu crois que l'ennemi est le centurion en bleu. C'est que tu n'as pas bien compris le jeu du pouvoir ni même ce qu'est un CRS, un garde mobile ou simplement un flic. Juste avant tu parles de lutte des classes et ensuite tu parles de l'ennemi-flic qui est un pion du pouvoir donc appartenant à la même classe que ceux qui manifestent. Le pouvoir n'est pas atteint par les manifs.
D'ailleurs Sarkozy est ressorti grandi de ces trois semaines. Il vous a ri au nez, et tu sais pourquoi ? Parce qu'il n'en a rien à foutre du peuple, ce n'est pas à lui qu'il rend des comptes. Au mieux les types comme Sarkozy se servent des élections pour légitimer leurs actions.
Alors qu’on se ramassait des lacrymos non loin de la place Bellecour à Lyon, un pote m’a dit : « putain ! au moins là, on sent qu’on est vivants ! ». Comme si à force que le pouvoir se cache on ne savait plus très bien où était l’adversaire, peut-être à force de doutes pensions-nous que l’ennemi était nous-mêmes. Et là tout d’un coup, on le voyait sortir ses serviles robocops, et il n’y avait plus besoin de réfléchir ; ce que nous combattions était devant nous.
Et vous êtiez une bande d' inconscients incapables de comprendre que vous êtes manipulés et que les manifs sont un moyen comme un autre de détourner le ressentiment de la population contre le pouvoir en place. Le flic étant un fusible qui concentre toute la haine que le peuple peut ressentir contre le pouvoir.
Pendant que tu joues au ballon prisonnier avec les flics, tu ne flingues pas un patron, tu ne remets pas en cause la société et son fonctionnement, tu ne te rends pas à l'Elysée pour exiger de son locataire qu'il parte.
Si manifester à un sens, c'est pour le pouvoir, non pour le peuple.
C'est la possibilité pour lui dans un cadre qu'il contrôle, de canaliser le ressentiment et la frustrations du peuple.
Une manif est d'abord autorisée par la préfecture. Les responsables et la composition d'une manif sont déclarés. Le parcours est négocié à l'avantage des forces de l'ordre. La police anti-émeute étudie les scénarios de guerrillas urbaines et apprend à chaque mouvement social. Les flics font un debriefing à la fin de chaque manif. Plus nous manifestons, plus ils apprennent comment nous contrôler.
Si les flics sont préparés à la guerre, les manifestants non. Et jouer à chat avec des types couverts de kevlar et armés det tonfas, de 9mm, de boucliers pare-balles, de lance-grenades et de flashball, c'est irresponsable et débile, à part si on est candidat au handicap ou à la morgue.
Je ne manifeste plus, je me contente d'observer comment les flics gèrent tout ça, comment des flics en civil donnent des informations en temps-réel sur la composition de la foule et ses mouvements. Comment la préfecture coordonne à la fois ses troupes en armure et ses extracteurs qui vont chercher les agitateurs en raids éclairs au milieu des gens, comment à l'aide de téléphones portables et de télé-objectifs on mitraille les civils pour mieux les répérer la fois suivante.
Tu as l'impression d'avoir participé à quelque chose qui te dépasses ? Reprend-toi, il n'en est rien.
Avez-vous obtenu quelque chose quelles que furent vos motivations ? Prend du recul, il n'en est rien.
Pour la première fois depuis 30 ans, un président de la république, pas un servile premier ministre, vous a dit merde et est resté sur ses positions, et tout ce beau mouvement se demande maintenant ce qu'il va pouvoir faire, parce que ce n'était pas prévu.
Il faudrait monter d'un cran, envisager l'insurrection, mais là c'est une autre paire de manches, c'est une autre manière de penser et la majorité des Français qui se croit dépositaire d'un passé révolutionnaire n'y est pas prête.
Donc comme d'hab, les syndicats reconnus par Sarko vont chercher auprès de ceux qu'ils sont sensés combattre quelques miettes à donner à leurs adhérents pour ne pas trop en perdre.
Quant aux autres, les gens du privé, les jeunes, ceux qui se sentent vivants parce qu'ils jouent au gendarmes et aux voleurs avec des types armés et bénéficiant de l'impunité totale, ils auront des histoires à raconter et ils pourront fustiger ceux qui ont préféré rester chez eux, parce que eux, ils y étaient, même si ils n'ont pas bien compris pourquoi.