dj3c1t a écrit :
Plutôt que de parler de "culture" je vais raconter ça avec mon expérience de zicos, ce sera sans doute beaucoup plus parlant. Je suis musicien et j'ai pris plaisir à faire de la zic parce que j'ai eu l'occasion de faire des reprises des groupes qui me plaisaient, parce que j'ai allègrement "pompé" les styles et les effets musicaux qui m'ont fait trippé, parce que je me les suis approprié, que j'ai joué avec, etc. c'est comme ça que j'ai appris. Et c'est comme ça que la "culture" se propage. La culture "vie" et se propage parce que des gens se l'approprient, jouent avec, la transforme, la font évoluer, et la rendent accessible à leur tour. ça c'est pour le coté "vivant" de la "culture".
Mais c'est pas la seule raison qui m'a botté. si j'aime la zic, c'est aussi parce que y'a du rock, parce que y'a des musiques traditionnelles arabes, parce que y'a des sons de synthé à tomber par terre, mais aussi parce que les piafs me font tripper des fois, etc. ça c'est pour la diversité.
En fait
La musique ne m'aurait pas autant botté, je ne l'aurais pas trouvé aussi intéressante, aussi enrichissante, s'il elle n'avait pas eu ces deux aspects : son coté vivant et sa diversité.
Je me reconnais tout à fait dans ce que tu dis au sujet de ton rapport à la musique et sur ce que nos pratiques peuvent soulever comme questions quant à la notion de propriété intellectuelle et de paternité. Mais je note aussi qu'étrangement, les débats du libre ne portent quasiment jamais sur la clause de paternité qui, de toutes façons, est une obligation légale (je n'ai au demeurant jamais observé de mouvements libristes réclamant la suppression de cette obligation).
Gardons-nous toutefois de la tentation de tirer de nos expériences personnelles un principe général et absolu.
Il y a un exemple que j'aime bien, c'est celui de Debord et des situationnistes que j'avais déjà évoqué il y a quelques années. En 1953, Guy Debord écrivit sur un mur de la rue de Seine ce graffiti : "Ne travaillez jamais". Celui-ci fut pris en photo. En janvier 1963, Debord publia cette photo dans la revue
Internationale Situationniste qui stipulait : « Tous les textes publiés dans Internationale Situationniste peuvent être librement reproduits, traduits ou adaptés même sans indication d’origine ». Quelques mois plus tard, la librairie qui vendait cette photographie sous forme de carte postale réclamait 300 francs d’indemnité à Debord, lequel rétorqua perfidement : « je ne saurais trop approuver votre défense de la propriété artistique, trop souvent bafouée », pour rappeler aussitôt qu’il était lui-même l’auteur de l’inscription photographiée et donc parfaitement en droit de réclamer à son tour des droits d’auteur.
Je trouve cette anecdote intéressante, car elle replace la question de la propriété intellectuelle dans la seule perspective intéressante à mes yeux, qui est, non pas de savoir si "la propriété c'est le vol" ou si la propriété est sacrée, non pas de savoir si la création est une imitation ou une illumination, si l'auteur est un tyran ou une victime, si la liberté ceci ou la liberté cela, mais plutôt de déterminer dans quelle perspective dialectique, par delà le "bien" et le "mal" absolus, on peut utiliser ou pas cet outil artificiel légal. Ainsi Debord se foutait de la paternité de ses oeuvres tant qu'il estimait que ses oeuvres avaient une utilité stratégique, mais n'allait pas se gêner pour utiliser son même droit à la paternité afin de se défendre contre un blaireau. Dans sa revue, certaines oeuvres étaient signées, d'autres non, selon des impératifs stratégiques.
Tout cela pour dire que l'important n'est pas de définir la culture ou l'art en fonction de nos propres pratiques, mais de fixer notre objectif pour ensuite proposer les moyens ou les règles de conduite les plus aptes à nous faire tendre vers ce but.
Pour moi, le but, c'est construire un champ d'activités culturelles libéré de la dictature du marché. Est-ce bien le cas de tous ceux qui réclament ici-même une charte ? Faudrait déjà se mettre au clair là-dessus. Moi, la Liberté, le Partage, la Diversité, en soi, de manière absolue, ça ne me parle pas plus que ça.
Mais si le but est bien celui que je propose, les licences libres ne sont qu'un outil transitoire, et non un truc à promouvoir en soi. A un moment donné, nous pouvons préconiser l'utilisation de licences libres, ce qui n'est pas exclusif d'autres moyens, et qui n'est pas gravé dans le marbre : si telle licence (comme la CC 3.0) n'est plus en phase avec nos objectifs, ou si un changement de la situation (nouvelles lois, nouveaux organismes...) rend caduques les licences libres, nous ne sommes pas liés à Stallman ni à Samudrala ni à Lessig ni à Moreau.
Quant aux usages "multiples" des licences, on s'en cogne. Ce qui compte, c'est notre objectif, et parmi les usages multiples, quels sont ceux que nous devons promouvoir, combattre ou ignorer.
dj3c1t a écrit :
Et cette intro n'est bien sûre pas anodine. Parce qu'elle présente la "culture" comme étant intéresante :
- parce qu'elle se partage
- parce qu'elle est riche, complexe, diverse (...)
Je sais ce qui est intéressant pour moi. Mais que sais-je des autres, dans leur — justement — diversité ?
Plutôt que d'affirmer que la culture se partage et est diverse, affirmons que nous voulons, nous, créer un espace où elle se partage et est diverse. Je trouve que la nuance est primordiale.
dj3c1t a écrit :
- Oui, c'est en licence libre et j'ai le droit de diffuser ça en licence libre, et comme mon action est légale, ce que je t'autorise à faire, c'est pas du vent.
- Les droits que je t'accorde maintenant, je vais pas revenir dans un an pour te pourrir la vie et te dire : non man, tout ce que t'as fait avec, t'as plus le droits et maintenant c'est hors la loi
- etc
bon voilà
en gros c'est l'idée.
Là-dessus, oui, je suis d'accord. Cela doit être un des points du texte. Le champ culturel que nous devons créer ne peut être viable que s'il y a cette garantie.
dj3c1t a écrit :Y'a aussi un aspect très orienté, heu... ludique dans tout ça. c'est pas tant la culture en elle-même qui est intéressante que ce que les gens font avec.
Et puis enfin, je pense aussi pas mal à cette remarque de ChristopheE qui rencontre bien des échos dans ma boite crânienne au sujet d'un ensemble de gens un peu fondus sur les bords tellement ils s'en battent les nouilles des histoires de rémunération parce que c'est pas du tout le principal. parce que ce principal, ils le placent avant tout dans le fait de faire de la zic et de la partager. un peu comme des gamins un peu attardés, quoi
... ce qui me fait me dire que cette charte finalement, n'a peut-être pas sa place sur dogmazic, qui se veut en fin de compte une plateforme ouverte à un champ bien plus large des usages de ces licences.
Un ancien de MCP ne peut qu'être d'accord avec l'aspect ludique qui fait sacrément défaut à Dogmazic (qui selon moi aurait dû s'approprier, pour reprendre tes termes, le projet sourceml, par exemple).
Je ne nous considère pas comme des "gamins attardés" mais comme des punks avancés. Pour pouvoir se permettre de vraiment s'en battre les nouilles des histoires de rémunération, ce qui est mon cas, pour être vraiment punks, donc, il faut justement que la musique libre ait la maturité de se situer hors marché, ce qui n'est possible que par un rapport de force qui contraigne le marché à garder ses distances. A l'inverse, faire comme si le marché n'existait pas, c'est terriblement puéril.
J'ai des trucs à ajouter aussi par rapport à ton autre post, mais pas le temps tout de suite...