Tumulte a écrit :Analyser le libre en faisant une analogie avec le dumping social et les délocalisations est certes très intéressante, mais assez casse gueule et pas très juste.
Si on imposait une rémunération élevée au libre et qu'on avait une armée d'avocats a notre service la rémunération des artistes libres ne serait guère plus élevée de maintenant. Le fait est qu'on aborde pas le problème par le bon bout.
Mais personne n'a dit que le but est d'élever la rémunération des artistes libres !
La question n'est pas là. Si un artiste libre veut être rémunéré pour sa musique, il n'a qu'à se démerder pour pondre la musique qui plaît aux diffuseurs commerciaux et, avec beaucoup de chance, il arrivera peut-être à se tailler sa part du gâteau. Ce n'est pas notre problème.
Notre problème, c'est de ne pas être, même à notre corps défendant, des outils de dumping social. Je veux justement que la musique libre devienne vraiment un espace de liberté hors marché, à l'abri des rapports de force qui s'affrontent dans la jungle du marché. Dans cette jungle, les tâcherons de la musique ont leur force de frappe, la SACEM, grâce à laquelle ils peuvent maintenir des revenus décents (je ne parle pas de revenus décents pour vivre, ce qui échoit à une infime minorité, mais d'une part décente tirée des profits réalisés sur leur travail). Si nous laissons la musique libre être un outil de dumping contre ces travailleurs (qui ne sont pas nos ennemis, et qui peuvent même, si la SACEM s'ouvre réellement au libre, être aussi nos camarades de jeu), alors, nous serons rien d'autre que les complices de leur ruine, et notre propre espace de liberté sera irrémédiablement contaminé par les forces capitalistes.
Tumulte a écrit :Si on regarde ce qu'il se passe dans le monde SACEM, ça n'est pas plus glorieux! Tout les modèles économiques qui naissent (il en apparaît un tout les deux jours ces temps-ci) finissent invariablement par se planter lamentablement... Pourquoi ? Quand on sait qu'une part grandissante de gens ne vont plus chez le médecin faute de moyen, c'est un peu incongru de se demander pourquoi la vente de musqiue baisse...
Et il est encore plus incongru de se faire les complices de la ruine de quelques travailleurs. Il n'y a pas de nouveau modèle économique. C'est faux. Les ventes sur certains supports s'écroulent, parce que ces supports sont obsolètes. Mais l'économie capitaliste continue d'utiliser de la musique.
Tumulte a écrit :Le laïus sur les fabricants de blockbuster et autre publicitaire est aussi un peu courte-vue si je puis me permettre, parce que que c'est ignorer la réalité de ces métiers : ce sont souvent des freelance ou des prestataires payés au lance pierre qui luttent pour se faire une place dans un secteur ultra concurentiel.
Ben tiens ! Justement, ces FREElances, ces prestataires payés au lance-pierre, ces auto-entrepreneurs écartés du salariat... sont tous des exploités en gestion individuelle ! Et pris à la gorge par des exigences délirantes de leurs commanditaires, par des délais intenables... ils répercutent l'oppression dont ils sont victimes sur les auteurs qui eux, lorsqu'ils sont à la SACEM, bénéficient encore de la force du collectif. L'objectif de la musique libre est-il donc d'abattre le contraignant collectif SACEM pour arriver à la liberté du freelance ?
Sans moi.
Tumulte a écrit :Si ca n'est plus le libre qui fait soupape, ça sera autre chose.
Hmm... Donc si on ne le fait pas, c'est d'autres qui le feront. Du coup... Non mais, tu te rends compte ?
Et pourquoi ne serions-nous pas justement, forts de notre éthique du libre, ceux qui, même en bout de chaîne, disent crânement : "non, nous ne mangeons pas de ce pain-là" ?
Sinon, encore une fois, je ne vois pas l'intérêt.
dj3c1t a écrit :je ne vois vraiment pourquoi cette chaine de solidarité devrait être le point de mire de la culture libre.
encore une fois, défendre une économie qui repose selon moi sur des principes foireux, c'est pas une question de solidarité
Bien sûr que si, c'est une question de solidarité !
Et il ne s'agit pas de "défendre une économie", mais au contraire de combattre la toute puissance de cette économie.
Bon. Je sens décidément qu'on ne parle plus du tout le même langage. Ce n'est pas un drame. Je ne doute pas que vos intentions soient bonnes, mais les divergences me semblent décidément trop profondes pour être surmontées sans compromis bancal intenable. J'ai fait de mon mieux pour expliquer et convaincre. Il est temps que je laisse la place à d'autres (glue s'en sort très bien, je trouve). Bon courage pour votre charte.