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Contradictions
Re: Contradictions
dans le petit essai que j'écris là, la question du droit est cruciale - et d'une certaine manière, on peut considérer que je ne fais que commenter le droit d'auteur, enfin, quelques articles. Simplement je ne le fais pas à la manière d'un juriste - parce que je ne suis pas juriste. Mais je me suis rendu compte au fur et à mesure que le travail avançait que l'horizon des problèmes qui me préoccupent dépassent de très loin le cadre du droit. Disons que le copyleft ça n'a de sens "stricto sensu" que dans la relation au droit des auteurs tel qu'il est, mais qu'en même temps s'expriment à travers ce mouvement des aspirations sur le sujet desquelles le droit n'a rien à dire. Mais encore faudrait-il s'interroger d'abord sur ce que le droit des auteurs dit justement; et il dit beaucoup de choses, et beaucoup trop à mon avis. Et ajoutons, ce que Diderot et les autres voulaient dire en leur temps, je ne suis pas certains qu'ils le diraient encore aujourd'hui. Parce que les choses ont terriblement changé tout de même. Alors nos préoccupations ne sont plus les mêmes que celles qui motivaient les concepteurs du droit d'auteur.
mais, et c'est là le problème, le droit des auteur (mais aussi celui du producteur, des artistes interprètes etc.) dit déjà beaucoup de choses sur l'oeuvre au moment même où elle est réputée créée. Sur l'oeuvre et sur l'auteur (dont on a tendance à oublier qu'il n'est PAS l'artiste - et de la confusion auteur/artiste, j'en tire un chapitre entier).
Alors après cela on est comme des cons. parce que ce n'est pas de cela dont voulions parler au départ. On ne voulait pas parler du droit d'auteur, mais de ce que c'est qu'être un artiste aujourd'hui, d'un certain désir touchant les oeuvres et leur circulation, et aussi peut-être pour dire vite d'un monde meilleur (d'une éthique comme tu dis).
Etrangement, à l'issue de ce travail, je rencontre comme "naturellement" la question de l'art brut, de l'art oustider, de l'art des fous (et ça tombe bien puisque c'est ce que nous préparons chez another record dans les mois qui viennent - proposer des musiques "outsiders").
mais bon, c'est une autre histoire.
mais, et c'est là le problème, le droit des auteur (mais aussi celui du producteur, des artistes interprètes etc.) dit déjà beaucoup de choses sur l'oeuvre au moment même où elle est réputée créée. Sur l'oeuvre et sur l'auteur (dont on a tendance à oublier qu'il n'est PAS l'artiste - et de la confusion auteur/artiste, j'en tire un chapitre entier).
Alors après cela on est comme des cons. parce que ce n'est pas de cela dont voulions parler au départ. On ne voulait pas parler du droit d'auteur, mais de ce que c'est qu'être un artiste aujourd'hui, d'un certain désir touchant les oeuvres et leur circulation, et aussi peut-être pour dire vite d'un monde meilleur (d'une éthique comme tu dis).
Etrangement, à l'issue de ce travail, je rencontre comme "naturellement" la question de l'art brut, de l'art oustider, de l'art des fous (et ça tombe bien puisque c'est ce que nous préparons chez another record dans les mois qui viennent - proposer des musiques "outsiders").
mais bon, c'est une autre histoire.
Re: Contradictions
Ca va être intéressant ton essai.
Un autre cadre me pose problème : celui de l'art, justement, qui ne me parle pas vraiment plus que celui du droit. Car la question de la signification contemporaine de l'art présuppose que la question de l'art, même fou, même "borderline", même populaire, est légitime parce que désigné comme "art", là où d'autres pratiques de production devraient lui être inféodées. A l'art on appliquerait les disciplines nobles (esthétique, philosophie, histoire), aux autres pratiques (comme celles des musées de science, des musées de société, des musées de communautés, les médias, les artisanats, les pratiques rurales, etc.) on réserverait les disciplines ignobles (sociologie, sciences de la communication, économie). Quand on navigue dans les institutions culturelles (c'est mon cas), on constate à quel point l'art est légitime, hyper-légitime, et légitimant. Je ne crois plus du tout dans le romantisme des visions de l'artiste comme endossant tous nos péchés afin d'exprimer le sublime ou le tragique de la condition humaine dans un dénuement charismatique, dans un don désintéressé de soi au public. A de très rares exceptions près, l'art, quand il se dit "art", s'appuie sur des matelas de légitimité qui sont aussi puants que la légitimité des autres "pouvoirs" temporels, mais il a en plus la prétention d'exiger qu'on le respecte au motif qu'il serait en lutte contre les institutions... avec le fric et la légitimité des institutions, bien entendu : on crache sur les institutions avec le fric des DRAC, on vomit sur le public des tombereaux de rhétorique vaniteuse sur l'argent de ce même public, on insulte les musées dans le cadre du musée, bonne poire, qui aime bien qu'on lui crache à la figure. D'autant que ce relativisme est souvent vendeur... La pose, toujours la pose... C'est surtout vrai dans le domaine de cet hyper-académisme qu'on appelle "art contemporain". Je préfère l'artisanat vulgaire à l'art auto-proclammé. J'ai toujours refusé de me qualifier d'artiste. Pas par modestie, entendons-nous bien : au contraire, par arrogance assumée.
+A+
Un autre cadre me pose problème : celui de l'art, justement, qui ne me parle pas vraiment plus que celui du droit. Car la question de la signification contemporaine de l'art présuppose que la question de l'art, même fou, même "borderline", même populaire, est légitime parce que désigné comme "art", là où d'autres pratiques de production devraient lui être inféodées. A l'art on appliquerait les disciplines nobles (esthétique, philosophie, histoire), aux autres pratiques (comme celles des musées de science, des musées de société, des musées de communautés, les médias, les artisanats, les pratiques rurales, etc.) on réserverait les disciplines ignobles (sociologie, sciences de la communication, économie). Quand on navigue dans les institutions culturelles (c'est mon cas), on constate à quel point l'art est légitime, hyper-légitime, et légitimant. Je ne crois plus du tout dans le romantisme des visions de l'artiste comme endossant tous nos péchés afin d'exprimer le sublime ou le tragique de la condition humaine dans un dénuement charismatique, dans un don désintéressé de soi au public. A de très rares exceptions près, l'art, quand il se dit "art", s'appuie sur des matelas de légitimité qui sont aussi puants que la légitimité des autres "pouvoirs" temporels, mais il a en plus la prétention d'exiger qu'on le respecte au motif qu'il serait en lutte contre les institutions... avec le fric et la légitimité des institutions, bien entendu : on crache sur les institutions avec le fric des DRAC, on vomit sur le public des tombereaux de rhétorique vaniteuse sur l'argent de ce même public, on insulte les musées dans le cadre du musée, bonne poire, qui aime bien qu'on lui crache à la figure. D'autant que ce relativisme est souvent vendeur... La pose, toujours la pose... C'est surtout vrai dans le domaine de cet hyper-académisme qu'on appelle "art contemporain". Je préfère l'artisanat vulgaire à l'art auto-proclammé. J'ai toujours refusé de me qualifier d'artiste. Pas par modestie, entendons-nous bien : au contraire, par arrogance assumée.
+A+
Re: Contradictions
RhooooÔoooo, je sais pas ça me rappelle quelque chose.... attends voir, mmmmh, ah oui, ça y est! Il y a eu un débat dans la partie privée du forum. Dans l'ordre, j'avais posté les remarques de Marianne, notre bookeuse, à propos de la soirée de lancement du 22 janvier dernier, et Dröne ne m'en voudra pas de rappeller ici que:En ce qui me concerne, et ça sera une conclusion un peu... acide (qui ne vise personne en particulier, on est tous concernés), je suis persuadé que parmi les gens qui prônent aujourd'hui le copyleft, on trouvera les requins de demain, les futurs accros à leurs droits d'auteurs, les professionnels de la profession qui évoqueront avec une fausse nostalgie les folles années de leur jeunesse rebelle, du temps où ils étaient sous licence libre
Nous avons alors entamé un débat, dans lequel j'exposais mon ressenti du professionnalisme dans le domaine qui nous occupe, à savoir la pratique de la musique amplifiée en public, et l'organisation d'évènements correspondants. Et puis Dröne, tu as jugé que le débat était clos, et moi pas. Je vois que tu le ré-ouvres ici, et j'en suis heureux. ça me rappelle des dicussions qui ont eu lieu ailleurs, à propos du fait que les licences Creative Commons n'étaient pas libre dans le sens de ce mot défini par la Free Software Foundation, etc... heureusement, il semble que cela se soit calmé de ce côté là.Attention tout de même : si tout le monde se met à singer les tics des professionnels de la profession, et en particulier dans le lissage aseptisé du discours et des "relations médias", il ne restera plus de place pour cet "autre monde" qu'on espère tous, et qui ne naîitra pas des réflexes des "professionnels" au sérieux si irréprochable... mais si ennyeux, grand dieux, si ennuyeux... J'attire votre attention sur une considération à mes yeux triviale, mais fondamentale : si autour du libre se mettait en place le même type de condition d'exercice "professionnel" et "communiquant" de la culture comme "métier", alors ce serait la fin du libre, et de tout espoir de réelle liberté (intellectuelle et artistique).
Donc maintenant, si je comprends bien ce que tu nous dit là, tu vois "une doctrine de la musique comme profession", qui mettrait en danger la véritable essence du libre, qui est de prôner la pratique amateur exclusivement. Selon les dires des fondateurs dis-tu. mais il y a les dires des fondateurs et les projets qui vivent et évoluent, me semble-t-il. Gilberto Gil ne me semble pas être l'archétype de l'amateur, et bref, je ne veux pas dicuter de cela ici, car j'ai remarqué que tu éludais facilement les arguments que peuvent produire tes interlocuteurs.
Mais où est le problème avec la pratique professionnelle de la musique?
J'ai plein de questions pour toi, Dröne:
Peut-tu citer précisément une licence de libre diffusion spécifiant que son usage est réservé aux amateurs?
Quelle est ta profession?
Les personnes qui ont conçu et fabriqué les machines avec lesquelles tu mixes, quelles étaient donc leurs professions?
Est-tu celui qui dit ce que doit être la pratique de la musique, en général?
Et si un être venait au monde, avec pour unique objectif de devenir professionnel de la musique, le lapiderais-tu?
Je ne te connais pas, Dröne, mais tu me sembles un brin vindicatif, parfois!!
Et je n'aime pas non plus la pose que tu prends, en dénonçant à l'avance des comportements qui ne sont pas encore. Et je crois que je n'aime pas non plus ce que tu donnes à lire de ce mouvement de la libre diffusion. Et je tiens à dire qu'heureusement il n'est pas ça.
Il est des êtres, pratiquant leur art, avec courage ou desespoir, avec ténécité toujours. Il est des êtres s'appropriant la République et son droit, comme ont pu le faire avant nous les aînés résistants, amoureux du droit et de la liberté, et de sa sauvegarde. tes propos acides ou non n'y changeront rien: Créer c'est résister, résister c'est créer. C'est cela qui devrait transparaître dans tes discours, et au lieu de cela, je n'y entends que du regret, car tu vis ce que tu ne voudrais pas vivre, et dis ce que tu ne voudrais pas dire...
oui, et alors? N'est-il pas libre d'avoir été sur les barricades?Jospin a bien été photographié sur une barricade en 68
et là je viens de lire
et un peu avant:Le monde des alternatifs est, comme tout le reste : plongé dans l'idéologie du marché, dans les ambitions personnelles, dans le pragmatisme
Serais-je en train de perdre mon temps...?OK, mais peut-être faudra-t-il chosir, un jour, entre les utopies et le pragmatisme...
@++
Re: Contradictions
lol
j'aime bien l'arrogance assumée
chez moi le mot artiste, je l'ai gagné, contre tout ce que tu dis, mais aussi et surtout contre ce qu'on y avait mis dans ma caboche quand j'étais gosse (mais là c'est l'affaire de mon analyste et moi, donc j'arrête là) : disons que c'est pour ça que je me répète artiste -une sorte d'incantation personnelle.
disons que pour commencer à travailler sur l'art, et aussi pour commencer à composer deux trois choses, il m'a fallu commencer par jeter Art Press à la poubelle (je n'ai rien spécialement contre Art Press, Beaux arts aurait fait l'affaire aussi, aussi bien que Voici
Du coup ayant oublié pas mal de choses que j'avais lues, ayant perdu le contact avec les mondes où ça pense où ça institue où ça détermine, ben je m'en trouve un peu comme un sauvage et j'essaie d'entendre ce que l'artiste veut dire chez tout un chacun - chez mon voisin de pailier aussi bien que dans Art Press - et vois-tu, ce qui est incroyable, c'est que tout le monde a son petit avis là dessus, même l'apparemment plus inculte a quelque chose à dire à ce sujet, et le plus remarquable c'est qu'il y a toujours quelque chose de juste : parce que le mot artiste est devenu le conteneur de nombreux désirs et phantames, souvent contradictoires (et on ne doit pas être bien loin du sujet de ton post au fond : les contradictions)
Donc pour ma part je ne me résoud pas à abandonner le mot artiste (pour ceci au moins que ça m'a couté beaucoup de le dire pour moi-même).
Mais par exemple, chez another record, on assume de plus en plus explicitement une forme d'artisanat (mais là encore que veut-on dire exactement ?)), à tel point que nos prochaines "sorties" ne seront pas simplement des disques mais de véritables "objets d'art", réalisés à l'unité (puisqu'on se refuse à vendre la musique - on peut vendre des choses réalisées avec amour).
tu parles de l'hyper acadmisme de l'art contemporain. c'est étrange. J'ai lu et oublié tout ça. alors que je suis véritablement fan du travail de beaucoup d'artistes dits "contemporains", mais je n'ai rien lu sur eux.. En fait, je savais beaucoup plus de choses sur l'art contemporain quand je détestais ça par principe. Ensuite, des événements ont fait que j'ai laissé tomber Art Press et que j'ai rencontré des oeuvres qui m'ont bouleversé et me bouleversent encore. et du coup je ne sais plus grand chose sur l'art contemporain mais je suis touché par des oeuvres.
pareil pour la philosophie remarque bien
J'aime beaucoup :
difficile de subvertir quoi que ce soit quand cela même qu'on était censé subvertir vous intègre et vous institue. Cercle sans fin. Voyons nos pauvres licences libres ce qu'elles deviendront quand elles auront conquis le monde
"
...........
j'aime bien l'arrogance assumée
chez moi le mot artiste, je l'ai gagné, contre tout ce que tu dis, mais aussi et surtout contre ce qu'on y avait mis dans ma caboche quand j'étais gosse (mais là c'est l'affaire de mon analyste et moi, donc j'arrête là) : disons que c'est pour ça que je me répète artiste -une sorte d'incantation personnelle.
disons que pour commencer à travailler sur l'art, et aussi pour commencer à composer deux trois choses, il m'a fallu commencer par jeter Art Press à la poubelle (je n'ai rien spécialement contre Art Press, Beaux arts aurait fait l'affaire aussi, aussi bien que Voici
Du coup ayant oublié pas mal de choses que j'avais lues, ayant perdu le contact avec les mondes où ça pense où ça institue où ça détermine, ben je m'en trouve un peu comme un sauvage et j'essaie d'entendre ce que l'artiste veut dire chez tout un chacun - chez mon voisin de pailier aussi bien que dans Art Press - et vois-tu, ce qui est incroyable, c'est que tout le monde a son petit avis là dessus, même l'apparemment plus inculte a quelque chose à dire à ce sujet, et le plus remarquable c'est qu'il y a toujours quelque chose de juste : parce que le mot artiste est devenu le conteneur de nombreux désirs et phantames, souvent contradictoires (et on ne doit pas être bien loin du sujet de ton post au fond : les contradictions)
Donc pour ma part je ne me résoud pas à abandonner le mot artiste (pour ceci au moins que ça m'a couté beaucoup de le dire pour moi-même).
Mais par exemple, chez another record, on assume de plus en plus explicitement une forme d'artisanat (mais là encore que veut-on dire exactement ?)), à tel point que nos prochaines "sorties" ne seront pas simplement des disques mais de véritables "objets d'art", réalisés à l'unité (puisqu'on se refuse à vendre la musique - on peut vendre des choses réalisées avec amour).
tu parles de l'hyper acadmisme de l'art contemporain. c'est étrange. J'ai lu et oublié tout ça. alors que je suis véritablement fan du travail de beaucoup d'artistes dits "contemporains", mais je n'ai rien lu sur eux.. En fait, je savais beaucoup plus de choses sur l'art contemporain quand je détestais ça par principe. Ensuite, des événements ont fait que j'ai laissé tomber Art Press et que j'ai rencontré des oeuvres qui m'ont bouleversé et me bouleversent encore. et du coup je ne sais plus grand chose sur l'art contemporain mais je suis touché par des oeuvres.
pareil pour la philosophie remarque bien
J'aime beaucoup :
on insulte le musée dans le cadre du musée
difficile de subvertir quoi que ce soit quand cela même qu'on était censé subvertir vous intègre et vous institue. Cercle sans fin. Voyons nos pauvres licences libres ce qu'elles deviendront quand elles auront conquis le monde
"
" (Dubuffet, Asphyxiante culture)Je suis bien d'accord que nous sommes tous - et j'entends aussi bien ceux qui ont reçu peu d'instruction, les illettrés - tout imprégné de culture ; que notre pensée est toute conditionnée et déformée par la culture, est à la culture comme la lame de couteau est à l'acier. Mais la lame de couteau peut se mettre en posture de subversion ; elle peut aspirer à substituer à sa nature d'acier celle de pur vouloir couper.
...........
Re: Contradictions
En ce qui me concerne, le débat est clos... avec toi.
Re: Contradictions
moi aussi mon cher !
et merci
arggll j'avais pas lu le post de dogood
bon laissons là alors
et merci
arggll j'avais pas lu le post de dogood
bon laissons là alors
Re: Contradictions
belle ouverture DrÔne!!
si tu pouvais être plus explicite...il me semble qu'on est dans le personnel là non?
@+
si tu pouvais être plus explicite...il me semble qu'on est dans le personnel là non?
@+
Re: Contradictions
Je ne m'adressais pas à toi, bien entendu. Mais bon, laissons là, on reprendra plus tard, ou dans un autre contexte j'espère, car c'est des questions intéressantes.dana a écrit :moi aussi mon cher !
et merci
arggll j'avais pas lu le post de dogood
bon laissons là alors
+A+