Re: "licences en libre diffusion"
Publié : 10 sept. 2006, 01:36
Bon, « libre diffusion » est une expression dont le but premier était de ne pas se perdre dans des débats stériles avec certains défenseurs zélés des logiciels libres et des « licences libres » (remarque en passant : c'est la licence qui est libre, ou bien le logiciel ?
), et qui refusaient l'utilisation de « licence libre » pour parler des licences Creative Commons qui ont des clauses restrictives (soit la plupart, et surtout les plus populaires !).
Donc, le principe était de se recentrer sur une définition « a minima », à partir du plus petit dénominateur commun : l'autorisation globale (sans avoir besoin de demander des autorisations au cas pas cas) de diffusion non commerciale de l'œuvre.
Effectivement, « licence de libre diffusion » est une formule abrégée, on devrait dire « licence autorisant la diffusion non commerciale de l'œuvre », pour être très concret (l'adjectif « libre » étant trop flou pour ne pas, lui aussi, entraîner des confusions). Mais c'est un peu lourd, n'est-ce pas.
L'avantage de « libre diffusion », c'est que quelque part c'est assez parlant. Ça demande des précisions, mais à l'instar d'un « open source » cela évoque la caractéristique essentielle (ou du moins la caractéristique technico-juridique essentielle) de l'objet dont on parle.
Fédérer, c'est aussi simplifier -- parfois abusivement -- pour permettre de dégager une certaine cohérence. Il peut ensuite y avoir un nombre impressionant de différences et de nuances, mais cela se passe à un deuxième niveau. Par deuxième niveau, je pense au petit texte d'explication (deux phrases ? trois ?) qui accompagnera la présentation d'une démarche. Le premier niveau, c'est le « titre », l'information qui accroche. La notion de « dans un cadre non commercial » viendra directement ensuite, mais pas en même temps, effectivement.
Alors on peut se casser la tête sur un autre terme, mais je pense que « libre diffusion » fait bien l'affaire, et que son défaut (permettre des confusions sur la diffusion à caractère commercial) est largement compensé par ses qualités (terme plus concret qu'idéologique, tout en étant relativement « accrocheur »).
Maintenant, si on veut parler du risque de confusion sur la diffusion commerciale :
« libre diffusion » (tel que je l'utilise pour ma part) s'adresse avant tout au « grand public ». Il s'agit de faire passer l'idée, chez le lecteur, qu'il peut rediffuser la musique sans crainte, que c'est permis, qu'il peut mettre ça sur son blog ou envoyer les morceaux à un ami. Je trouve ça assez important... et de ce point de vue -- remarque en passant -- la libre diffusion n'a rien de particulier ou de révolutionnaire, vu qu'il s'agit d'une pratique qui existe déjà largement, libre diffusion ou pas ! La seule nuance, qui peut être importante pour le public, c'est que l'auteur a donné non seulement son autorisation, mais aussi sa bénédiction et ses encouragements.
Bref, effectivement si on pousse à redifuser sans en dire plus, on risque de se retrouver avec pas mal de diffusions commerciales ou dans des cadres commerciaux (sur un site avec pub, par exemple, ou sur une radio commerciale).
MAIS :
1. la notion de « libre diffusion » peut très bien être accompagnée de précisions sur la diffusion commerciale et la diffusion dans un cadre commercial, lorsqu'elles ne sont pas autorisées ;
2. une personne amenée à réaliser une diffusion commerciale ou une diffusion dans un cadre commercial n'est pas censée piocher une musique sur internet sans savoir précisément ce qu'elle fait. Ce genre d'utilisations commerciales est généralement réalisé par une entreprise, en tout cas probablement dans un contexte assez balisé. Dans ce genre de contexte, on a des responsabilités, et on doit les assumer.
Donc ce terme est imparfait, et peut amener des gens qui ne font pas correctement leur boulot (par ignorance, ou par incompétence) à réaliser une utilisation prohibée... mais est-ce vraiment dû à un manque d'information, à une information trompeuse ? Je ne crois pas.
Le jugement cette année sur l'utilisation dans une publication commerciale de photographies en Creative Commons avec clause NC au Pays-Bas (cf. http://www.podcastfr.info/actualites/un ... s-432.html ) a institué une « jurisprudence » de bon sens qui consiste à dire qu'un acteur professionnel devrait être responsable et ne peut pas affirmer « mais la présentation laissait penser qu'on pouvait en faire ce que l'on veut ». Cet argument passera pour un simple utilisateur, mais pas pour une utilisation commerciale.
En conclusion, je dirais que le risque existe, mais que fournir une information secondaire un peu plus complète me semble suffisant. On pourrait blinder plus, mais ça serait déservir le grand public (qui n'y comprendrait plus rien) pour se protéger du professionnel incompétent.
Pour ce qui est de trouver une « meilleure » expression, c'est peut-être possible, mais il faut faire attention à :
- ne pas faire pire en voulant mieux faire (« sous licence », c'est joli mais ça permet également de décrire les logiciels propriétaires aux End User Licence Agreement abusifs, ou les fichiers DRMisés... au final, ça ne sera qu'une indication pour les professionnels, qui pourront alors aller voir de quelle type de licence il s'agit... mais, selon moi, c'est un désastre du point de vue de la vulgarisation) ;
- ne pas se disperser ou partir dans un sens puis dans l'autre : si on utilise un terme une fois, puis un autre l'année suivante, et encore un autre ensuite... enfin c'est le même principe que pour les slogans, les identités graphiques ou les logos : ça ne se change pas à chaque rentrée, ou alors on a besoin de cours de communication -- ou d'un peu de bon sens.
Alors voilà, je défend un peu ma « trouvaille[1] » (que j'avais probablement lue ailleurs un peu avant de la proposer, j'imagine), et c'est vrai que j'en suis assez content de ce « libre diffusion[2] ». Mais je pense vraiment -- et aussi objectivement que possible -- que ça tient la route.
--
1 - Pour rappel : http://www.framasoft.net/article320.html
2 - Au passage : « licence de libre diffusion » ou « œuvre en libre diffusion », ou encore « œuvre sous licence de libre diffusion ». Ce qui n'exclut pas non plus l'utilisation de « musique libre » ou de « culture libre », si on veut donner un tour un peu plus idéologique au discours (ce que je ne condamne pas, loin de là... c'est juste que je trouvais qu'il manquait une expression un peu plus neutre).
Donc, le principe était de se recentrer sur une définition « a minima », à partir du plus petit dénominateur commun : l'autorisation globale (sans avoir besoin de demander des autorisations au cas pas cas) de diffusion non commerciale de l'œuvre.
Effectivement, « licence de libre diffusion » est une formule abrégée, on devrait dire « licence autorisant la diffusion non commerciale de l'œuvre », pour être très concret (l'adjectif « libre » étant trop flou pour ne pas, lui aussi, entraîner des confusions). Mais c'est un peu lourd, n'est-ce pas.
L'avantage de « libre diffusion », c'est que quelque part c'est assez parlant. Ça demande des précisions, mais à l'instar d'un « open source » cela évoque la caractéristique essentielle (ou du moins la caractéristique technico-juridique essentielle) de l'objet dont on parle.
Fédérer, c'est aussi simplifier -- parfois abusivement -- pour permettre de dégager une certaine cohérence. Il peut ensuite y avoir un nombre impressionant de différences et de nuances, mais cela se passe à un deuxième niveau. Par deuxième niveau, je pense au petit texte d'explication (deux phrases ? trois ?) qui accompagnera la présentation d'une démarche. Le premier niveau, c'est le « titre », l'information qui accroche. La notion de « dans un cadre non commercial » viendra directement ensuite, mais pas en même temps, effectivement.
Alors on peut se casser la tête sur un autre terme, mais je pense que « libre diffusion » fait bien l'affaire, et que son défaut (permettre des confusions sur la diffusion à caractère commercial) est largement compensé par ses qualités (terme plus concret qu'idéologique, tout en étant relativement « accrocheur »).
Maintenant, si on veut parler du risque de confusion sur la diffusion commerciale :
« libre diffusion » (tel que je l'utilise pour ma part) s'adresse avant tout au « grand public ». Il s'agit de faire passer l'idée, chez le lecteur, qu'il peut rediffuser la musique sans crainte, que c'est permis, qu'il peut mettre ça sur son blog ou envoyer les morceaux à un ami. Je trouve ça assez important... et de ce point de vue -- remarque en passant -- la libre diffusion n'a rien de particulier ou de révolutionnaire, vu qu'il s'agit d'une pratique qui existe déjà largement, libre diffusion ou pas ! La seule nuance, qui peut être importante pour le public, c'est que l'auteur a donné non seulement son autorisation, mais aussi sa bénédiction et ses encouragements.
Bref, effectivement si on pousse à redifuser sans en dire plus, on risque de se retrouver avec pas mal de diffusions commerciales ou dans des cadres commerciaux (sur un site avec pub, par exemple, ou sur une radio commerciale).
MAIS :
1. la notion de « libre diffusion » peut très bien être accompagnée de précisions sur la diffusion commerciale et la diffusion dans un cadre commercial, lorsqu'elles ne sont pas autorisées ;
2. une personne amenée à réaliser une diffusion commerciale ou une diffusion dans un cadre commercial n'est pas censée piocher une musique sur internet sans savoir précisément ce qu'elle fait. Ce genre d'utilisations commerciales est généralement réalisé par une entreprise, en tout cas probablement dans un contexte assez balisé. Dans ce genre de contexte, on a des responsabilités, et on doit les assumer.
Donc ce terme est imparfait, et peut amener des gens qui ne font pas correctement leur boulot (par ignorance, ou par incompétence) à réaliser une utilisation prohibée... mais est-ce vraiment dû à un manque d'information, à une information trompeuse ? Je ne crois pas.
Le jugement cette année sur l'utilisation dans une publication commerciale de photographies en Creative Commons avec clause NC au Pays-Bas (cf. http://www.podcastfr.info/actualites/un ... s-432.html ) a institué une « jurisprudence » de bon sens qui consiste à dire qu'un acteur professionnel devrait être responsable et ne peut pas affirmer « mais la présentation laissait penser qu'on pouvait en faire ce que l'on veut ». Cet argument passera pour un simple utilisateur, mais pas pour une utilisation commerciale.
En conclusion, je dirais que le risque existe, mais que fournir une information secondaire un peu plus complète me semble suffisant. On pourrait blinder plus, mais ça serait déservir le grand public (qui n'y comprendrait plus rien) pour se protéger du professionnel incompétent.
Pour ce qui est de trouver une « meilleure » expression, c'est peut-être possible, mais il faut faire attention à :
- ne pas faire pire en voulant mieux faire (« sous licence », c'est joli mais ça permet également de décrire les logiciels propriétaires aux End User Licence Agreement abusifs, ou les fichiers DRMisés... au final, ça ne sera qu'une indication pour les professionnels, qui pourront alors aller voir de quelle type de licence il s'agit... mais, selon moi, c'est un désastre du point de vue de la vulgarisation) ;
- ne pas se disperser ou partir dans un sens puis dans l'autre : si on utilise un terme une fois, puis un autre l'année suivante, et encore un autre ensuite... enfin c'est le même principe que pour les slogans, les identités graphiques ou les logos : ça ne se change pas à chaque rentrée, ou alors on a besoin de cours de communication -- ou d'un peu de bon sens.
Alors voilà, je défend un peu ma « trouvaille[1] » (que j'avais probablement lue ailleurs un peu avant de la proposer, j'imagine), et c'est vrai que j'en suis assez content de ce « libre diffusion[2] ». Mais je pense vraiment -- et aussi objectivement que possible -- que ça tient la route.
--
1 - Pour rappel : http://www.framasoft.net/article320.html
2 - Au passage : « licence de libre diffusion » ou « œuvre en libre diffusion », ou encore « œuvre sous licence de libre diffusion ». Ce qui n'exclut pas non plus l'utilisation de « musique libre » ou de « culture libre », si on veut donner un tour un peu plus idéologique au discours (ce que je ne condamne pas, loin de là... c'est juste que je trouvais qu'il manquait une expression un peu plus neutre).