taro a écrit :trouver une solution pratique (et donc aussi politique) face au problème des requins du commerce qui "arrivent et se servent"... (une réponse 'syndicale' pourrait-on dire !)
J'aime bien l'idée de réflexion et d'action collective, dès lors qu'il s'agit de défendre des intérêts et une certaine conception du partage culturel. Sans parler forcément de constituer un syndicat officiel, il me semble que c'est ce vers quoi on tend en mettant nos musiques sur Dogmazic et en participant aux débats de ce forum, car il s'en détache tout de même une certaine vision du monde qui, sans être uniforme, présente une certaine cohérence.
C'est pourquoi le coup de sang de Releaze, face aux questions soulevées par sa pratique, m'a choqué, en me rappelant des échanges que j'ai déjà pu avoir et où on m'opposait le même type d'argument que je résume ainsi : "Je fais ce que je veux et le reste je m'en fous ; ne me dites surtout pas ce qui est bien ou mal et ne faites même pas le moindre commentaire".
J'ai rencontré à plusieurs reprises ce type de discours, décliné avec plus ou moins de hargne, et je trouve que, sous prétexte de gestion individuelle du droit d'auteur s'exprime ici un individualisme que je qualifierai d'adolescent. Quand sam, par exemple, soulève la question du dumping que représente l'utilisation commerciale de musique gratuite au détriment de petits musiciens qui vivotent en vendant du jingle ou de la musique de pub, je trouve que le "je fais ce que je veux de ma musique" est un peu court.
A croire que certains refusent d'envisager qu'un problème puisse avoir des enjeux collectifs, ou qu'évoquer ne serait-ce que du bout des lèvres la notion d'intérêt collectif transforme aussitôt celui qui parle en bureaucrate stalinien.
Il est peut-être illusoire d'espérer dégager chez l'ensemble des utilisateurs de LLD une "position commune", pour reprendre les mots d'Aisyk, d'autant plus que ces licences sont adaptées par leurs différentes clauses à des pratiques individuelles variées (ce qui est très bien). Néanmoins, ne peut-on concevoir que, sur ce site, par exemple, quelques individus puissent se reconnaître une philosophie commune et tentent de s'inscrire dans une "démarche collective" en quête d'une relative "cohérence" ?
Il ne s'agit pas de fixer des lois ou de constituer un tribunal populaire qui décréterait ce qui est bien et ce qui est mal, mais si on pouvait constituer une petite force de frappe, même informelle, capable d'argumenter et le cas échéant de faire pression pour défendre quelques intérêts communs, ce ne serait déjà pas si mal.
Ne pensez-vous pas qu'on crève, en cette époque, d'être toujours mis en situation d'isolement social, de guerre des intérêts particuliers, et que ceux qui y ont intérêt font tout pour que l'idée même de projet collectif apparaisse comme saugrenue ?
Après ce long préambule, voici en gros ma position individuelle en matière de diffusion.
Je veux que ma musique puisse exister en tant qu'objet culturel indépendamment du règne de la marchandise. C'est pourquoi j'ai fait le choix, avant même d'entendre parler des LLD, de diffuser mes morceaux sur mon site internet.
Je ne crois pas pour autant à cette fumeuse "visibilité" très tendance qui sert de monnaie de singe pour pigeonner les artistes. Autant on peut concevoir (je suppose que ça nous est tous arrivé) de se faire avoir en faisant pendant un temps des concerts gratos (en se disant qu'on n'est pas en situation d'exiger mieux et qu'on est déjà content de jouer dans une salle avec un public), autant je ne crois pas que refiler sa musique gratos à une pub de merde avec le nom de l'auteur écrit en petit dans un générique de fin que personne ne lit puisse apporter quoi que ce soit, sauf au publicitaire, bien content d'avoir obtenu gratuitement ce que d'autres tâcherons s'efforçaient de lui vendre.
Bien sûr, tout peut se négocier au cas par cas, en fonction de contextes particuliers, mais bon, c'est alors une négociation entre :
— d'une part un musicien isolé gérant ses petits intérêts individuellement et s'appuyant sur des clauses juridiques auxquelles il ne reconnaît lui-même guère de valeur,
— d'autre part les représentants d'intérêts économiques qui, eux, ont plutôt tendance à être organisés, et qui n'ont nulle vocation à la philanthropie.
Pensez-vous une seule seconde que l'artiste soit ici en position de force ?
Moi, je ne veux pas que mon goût du partage et mon désintéressement (puisque je ne dépends pas de mes activités musicales pour ma subsistance) mettent sur la paille des travailleurs et profitent à des entreprises. C'est pourquoi j'ai choisi la clause By-NC-SA.
Je termine par un exemple : on m'a sollicité pour utiliser quelques uns de mes morceaux pour un court-métrage de fiction. J'ai demandé à en savoir plus sur le projet avant de répondre, en expliquant en quoi consistait ma licence et en demandant s'il était prévu que le film soit diffusé selon les mêmes clauses. Ce n'est apparemment pas le cas, et il y a bien l'idée de peut-être commercialiser le film, même s'il est financé par une association avec un petit budget. J'ai alors expliqué que dans ce cas, il fallait que je fasse sauter ma clause NC, et que je ne le ferai que contre rétribution, à partir d'une part (à négocier) sur les bénéfices. Du coup, s'il n'y a pas de bénéfice, je n'abuse pas, et s'il y en a, j'ai tout de même droit à une rétribution de principe. Je ne sais pas encore comment ça va se goupiller, mais ma demande n'a pas semblé incongrue.