Merci pour ces réflexions !
Mes années punks ont beau remonter vingt ans en arrière (disons 85-88, avant que je plonge dans ma phase mystico-philosophique païenne), ça m'a toujours géné aux entournures, et plus ça va plus ça empire, la juridiciarisation de la créativité en générale, et de la musique en particulier, et le fait que nous, sectateurs des licences libres, nous ayons tendance à nous transformer sous la pression de l'histoire (aussi brève fut-elle) en juristes plutôt qu'en philosophes.
J'aime beaucoup cette remarque :
Bon, juste pour dire que parfois c'est l'usage qui me semble primer sur le droit
Il fut un temps où effectivement du point de vue juridique il n'existait aucune alternative au droit d'auteur tel qu'il est rédigé dans les codes institutionnels. Et dans cette perspective, de fait l'usage débordait et parfois de manière subversive, parfois en toute ignorance, le droit.
je ferais une remarque à mon tour, mais je n'ai aucun chiffre à fournir : il me semble tout de même qu'un bon paquet de punks de ces années là, des années 80, se sont gentiment transformés en agents des collectivités locales, salles subventionnées, et du coup, pour leurs propres musiques et celles des autres, en défenseurs des institutions et des écrits juridiques - sans parler de ceux qui se sont lancés dans le bisness de la musique.
Mais il y en a d'autres qui, en vieillissant, et en s'assagissant (??) un peu, ont adopté vingt ans plus tard les licences libres dans un esprit disons "alternatif", pour clarifier un peu leurs usages comme tu dis.
Et pour en revenir à notre exemple de départ, il me semble que lle monde du fanzine dans lequel nous évoluons, et un certain milieu punkrock se fout éllégrement du droit d'auteur, le méprise dirais-je même, et ça fait du bien, un monde ou il n'est pas, ou très peu, question d'argent, de contrats, de droits d'auteurs etc. Un monde d'ailleurs ou nous passons à notre tour pour de fameux intégristes, ayatollas (oups) des licences libres et de la formalisation juridque de ce genre de trucs.
je trouve ça rassurant que des gens comme ça existent encore (en fait j'en ai rencontré quand j'animai mon label, et je me souviens même de débats dans des squats assez rigolos où j'essayai de défendre nos licences devant un public composé de "rien à foutre de tes machins" et de "vous n'êtes que des amateurs inconséquents" etc.)
je trouve rassurant que des gens partent de cette absence totale d'espoir de gagner de la thune avec la musique etc.. et donc envoie bouler tout ce qui est contrat, tous ces machins symboliques dont le social est recouvert, saturé, et qui visent finalement à niveler les phénomènes les plus saillants dans le but habituel de couper les têtes qui dépassent etc. C'est ça la culture. Ça a toujours été une vaste entreprise visant à niveler et à rationnaliser à institutionnaliser, à dégoupiller les grenades potentielles, mais la nouveauté, c'est qu'aujourd'hui, la culture non seulement se sert du droit, mais on peut dire que le ministère de la culture et bon an mal an ses représentants sur le territoire, est devenu le ministère du droit d'auteur.
C'est affreux.
Et nous, tout benêts, on marche à fond là dedans.
À titre personnel, j'éprouve au sujet de ces licences une grande démotivation, une forte désillusion, quand bien même je les utilise pour mes travaux, parce que ça reste un moyen de dire quelque chose à mes éventuels auditeurs ou lecteurs.. Mais je me sens loin de mes envolées militantes d'il y a quelques années.
D'un certain côté, on doit admettre qu'on s'est un peu fait nické quand même..