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Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 02 juin 2010, 17:50
par dibp
dana a écrit :Ce que je me tue à dire c'est :
les licences libres ne sont en rien un moyen de gagner de l'argent avec sa musique
(je ne suis pas sûr que la sacem le soit non plus d'ailleurs : si vous êtes un artiste inconnu et que personne n'a envie de dépenser des thunes pour jouir de votre création, quelle qu'en soit les raisons, ben la sacem ne vous donnera rien non plus :)
Ah bin voila.

Ca devient super intéressant, j'vais m'imprimer l'topic... ;)

Maintenant : qu'est-ce qui pourrait faire que l'adhésion à la SACEM soit un préalable pour un producteur ou qu'un producteur puisse penser que j'ai, pour moi et pour moi seul, un intérêt évidemment évident à adhérer ? (oui, je sais, je pourrais lui poser la question directement, j'vais l'faire, tiens, mais ça m'intéresse vu d'ici). Genre "quand tu as joué à tel endroit, si tu avais été SACEMisé, tu aurais pu prétendre, au titre de je-ne-sais-plus-quoi, à un % sur les entrées".

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 02 juin 2010, 18:56
par dana
oui ben la réponse c'est que les producteurs et les organisateurs de concerts et les médias n'ont rien pané aux Licences libres.
Qu'ils considèrent que c'est synonyme d'amateurisme ou de je ne sais quoi de pas sympathique en tous cas :)
et la réponse à la question qui s'impose derrière : c'est que les acteurs du libre n'ont pas su communiquer correctement pour faire comprendre les licences ibres à aux acteurs de la musique.
et la réponse à l'autre question qui s'impose c'est : ben le discours sur les licences libres a été phagocyté par des espèces d'abrutis style Jamendo et rendu complètement opaque par des institutions style creative commons, et qu'on a que ce qu'on mérite
bref on s'est fait nické et instrumentalisé en beauté

mais :
ça va changer !
on se bouge le cul et on va imposer notre STAIYYLE maintenant

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 02 juin 2010, 20:15
par incaudavenenum
dibp a écrit :Maintenant : qu'est-ce qui pourrait faire que l'adhésion à la SACEM soit un préalable pour un producteur ou qu'un producteur puisse penser que j'ai, pour moi et pour moi seul, un intérêt évidemment évident à adhérer ? (oui, je sais, je pourrais lui poser la question directement, j'vais l'faire, tiens, mais ça m'intéresse vu d'ici). Genre "quand tu as joué à tel endroit, si tu avais été SACEMisé, tu aurais pu prétendre, au titre de je-ne-sais-plus-quoi, à un % sur les entrées".
Il est sympa, ton producteur, de se soucier de ce que toi tu aurais pu gagner si tu avais été sacemisé. Pas sûr qu'ils soient tous comme ça. M'enfin bon, à celui-là, tu peux toujours lui répondre que tu t'occupes toi-même de ton propre bonheur et qu'il peut se contenter, lui, de s'occuper du sien.

Ensuite, toucher un pourcentage sur les entrées, c'est pas réservé aux sacemisés, tu sais. Même moi, ça m'est arrivé. Par exemple, tu joues dans un rade qui s'appelle, je sais pas moi, "le Noir", à Tourcoing, et là, les gentils organisateurs des "vendredis noirs" qui sont en cheville avec le rade te refilent une partie de la recette après le concert. Eh ben personne te demande si t'es à la SACEM ou si t'es sous licence ouverte.

Moralité : tu n'as pas besoin d'être à la SACEM pour toucher du pognon. Et si le rade ne te donne rien, ben t'auras que d'chi dans tous les cas.

Remarque que si tu es à la SACEM, celle-ci est censée te redistribuer des droits d'exécution publique pour ce type de concert (indépendamment du pourcentage que tu pourrais avoir touché sur les entrées, qui ne la concerne en rien). D'ailleurs, le rade où tu as joué paie peut-être un forfait à la SACEM, justement ? Ben oui, mais t'a-t-il fait remplir une déclaration SACEM avec les titres des morceaux joués, la durée et le nom du ou des auteurs et éditeurs ? Non ? Ah ben, dans ce cas, même si tu es sacemisé, tu peux toujours te brosser pour toucher quelque chose. La SACEM n'est pas au courant que tes morceaux ont été joués publiquement. Ce que paie le rade ira dans la poche d'un autre, ou finira dans les irrépartissables, exactement comme si tu n'étais pas à la SACEM !
Moi, en 58 ans de carrière intergalactique, on m'a demandé deux fois de remplir une déclaration pour la SACEM. La majorité des petites salles ou des rades ne se font pas chier avec ça. A la fête de l'Huma (qui paie forcément la SACEM), on ne m'a rien fait remplir non plus. C'est dire.

Moralité : même si t'es à la SACEM, t'as peu de chances de toucher des droits d'auteurs pour un concert.

Si tu n'as pas grande estime pour ta propre musique, et que tu es prêt à tout pour gagner du fric avec malgré tout, tu peux toujours essayer de vendre de la musique au mètre pour des pubs, des jingles, des films institutionnels, enfin tout ce qui tache un peu le son, quoi. Ça peut payer (enfin bon, ça eut payé, surtout, parce que depuis que des pigeons comme les bisounours de Jamendo refilent leurs merdes pour que dalle en rêvant de visibilité, les boîtes finissent par ne plus vouloir payer la daube qu'elles peuvent avoir pour rien ou presque rien — Heureusement, il doit tout de même rester quelques patrons débiles qui sont prêts à payer très cher parce que ça leur donne l'impression d'être Pinault). Sauf que la boîte qui acceptera de t'acheter un peu de musique, bien souvent, elle, elle voudra surtout pas payer de droits d'auteur. Elle préfère payer une fois pour toutes à la commande ou à la livraison, et puis basta. Et donc ne te paiera la passe que si tu n'es pas à la SACEM. Amusant, non ?

Question subsidiaire : tu demandais plus haut si quelqu'un connaissait un bar qui paye ; connais-tu, de ton côté, des exemples d'auteurs qui gagnent leur vie grâce à Facebook ou Myspace ? Ou qui attirent vraiment des "amis" (pas leurs vrais potes de la vraie vie) à leurs concerts ? Ça m'intrigue, moi, cette ruée moutonnière sur ces trucs laids et mal foutus qui rapportent rien.

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 03 juin 2010, 17:39
par dibp
Finalement, vos réponses m'inquiètent.

Il me semble, je me trompe peut-être, que vous avancez, consciemment ou pas, quelque chose qui ressemble à :

si t'es pas un poil connu, t'as tout intérêt à pas être à la SACEM, tu gagneras pas moins ta vie mais peut-être que tu seras plus diffusé dans le petit monde du libre

Je m'explique : si t'es un poil connu, ça dure pas longtemps, tu ne joues plus uniquement dans les bars mais aussi dans des (petites) salles qui te font remplir les papiers zadéquats, tu passes (un peu) sur des radios qui jouent le jeu également. La SACEM te reverse donc (un petit) quelque chose. Plus ton cachet négocié par ton tourneur.

Par contre, effectivement, si t'es pas un poil connu, tu restes confiné aux bars du coin (ou pas, d'ailleurs), t'as pas de tourneur, t'es pas à la SACEM, tu te démerdes tout seul pour toucher un truc.

Puisqu'on est sur les bars, petite pub pour les vendredis noirs au noir à tourcoing, c'est souvent tip-top, et lora et polan sont très cool. ;)

Concernant mon ami producteur, il semble que :
- il y ait bel et bien un côté "dans le métier, la CC ça fait pas sérieux" qui l'empêche d'avoir des contacts de qualité (subventions, radios, etc., j'imagine) pour les groupes qu'il managerait...
- il confonde "libre" et "gratuit", encore que confondre ne soit pas le bon verbe. je crois comprendre que de son point de vue "toute peine mérite salaire" et que sans un organisme de contrôle comme la SACEM y a du pognon qui se perd pour l'artiste. (mais bon, c'est le choix de la gestion individuelle).
- il y ait une notion de concurrence déloyale (un peu comme avec les micro-entrepreneurs). InCaudaVenenum l'évoque dans son msg ci-dessus.
incaudavenenum a écrit :Question subsidiaire : tu demandais plus haut si quelqu'un connaissait un bar qui paye ; connais-tu, de ton côté, des exemples d'auteurs qui gagnent leur vie grâce à Facebook ou monpauvrelieu ? Ou qui attirent vraiment des "amis" (pas leurs vrais potes de la vraie vie) à leurs concerts ? Ça m'intrigue, moi, cette ruée moutonnière sur ces trucs laids et mal foutus qui rapportent rien.
Bah oui c'est laid et mal foutu.
MySp@ce c'est plein de pubs par des pseudo-amis, mais on y entend parfois de bon groupes, on se découvre parfois des affinités, on se voit conseiller un lieu, un disque... Bien utilisé, ou le moins mal possible, ça peut déboucher sur des choses étonnantes. J'y ai une page fan club non officielle d'un rennais, légende du rock français des 90's, voyez qui ? , et j'ai croisé dans la vraie vie des fans adorables. Ceci dit, j'ai croisé aussi des gens adorables de Dogmazic, même s'ils ne me mailent plus depuis qu'ils sont papas, par exemple... ;) (OK, je fais pareil)

Facebook, moins de pubs, mais plus de contacts. Sans Facebook, moi qui suis pas du métier, j'aurais pas réussi à faire revenir ledit rocker en région lilloise. Là, les amis de mes amis étant mes amis, le réseau se constitue et certains adhèrent à tes projets et t'épaulent. Ca pourrait arriver ici aussi, mais il se trouvent que mes idoles n'y viennent pas ;)

Mais c'est un autre débat.

Bon, vive la Musique en Libre Diffusion quand même, hein ? ;)

See ya!

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 03 juin 2010, 21:13
par bothunter
"si t'es pas un poil connu, t'as tout intérêt à pas être à la SACEM, tu gagneras pas moins ta vie mais peut-être que tu seras plus diffusé dans le petit monde du libre"

Déja, être un poil et vouloir être tondu, c'est être suspecté de masochisme. Je ne suis pas sûr que ça aide dans le monde enchanté du Libre.


:arrow:

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 03 juin 2010, 22:44
par dibp
En chantier de faire votre plein d'essence, Bot Hunter.

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 03 juin 2010, 23:19
par suppr4046
Salut dipb

Je comprends tes remarques qui sont fréquentes
et tente certaines réponses ou ouverture de portes.(sans les enfoncer)
dibp a écrit :(Bonjour les gens).
[...]
Un constat : lorsque je trainais sur Artlibre.org et sur Dogmazic, il semblait évident que le monde ne parlait plus que de licences libres (en plus, je suis informaticien, ce qui n'arrange rien), mais force est de constater que de l'autre côté : on s'en tape le coquillard.
- Juste comprendre que tu parles là de plateformes historiques et que c'est tout naturel que les discussions soient très axées libres ! d'autant plus qu'on a besoin d'en parler et de réfléchir ensemble à comment le développer.

- Qu'aussi parler du libre c'est des certaines approches de la cultures (je dis "des" parce que moults variantes) ; et ca change du mercantilisme ambiant.

- Y a aussi ce que l'asso Musique Libre! fait ; et là tu vois on bosse sur des outils contractuels pour accompagner les parcours émergents en tout cas ; voir + si affinité.
dibp a écrit :Je lis ici ou là "attention, la SACEM veut pas que tu mettes TA musique sur TON site, etc., etc."
Me demande bien si ladite SACEM attaque les profils MySp@ce qui sont pour la plupart hors-la-loi.
Les groupes s'en tapent.
Mais bien sure que tout le monde s'en tape ; comme de voter. comme de consommer moins d'eau. comme de respecter son prochain (amen)

Ce n'importe quoi ambiant , aide à la désinformation, au flou qui permet un monopole de fait de corporations d'artistes, de "professionnels" qui disposent de l'Idée de ce que doit être la culture ; comme ton producteur. (qui au passage n'a aucun intérêt a ce que ton œuvre soit sous licence libre...ca ferait chier de s'assoir sur ces droits voisins, voir de ne pas pouvoir récupérer une partie de tes droits d'auteurs...si t"en touche...pendant 10 ans oui parce que cà dure 10 ans la sacem. A t il 10 ans de carrière a te proposer?

Ce flou , ce laxisme évite a chacun d'entre nous de lire de code de la propriété intellectuelle ; l'as tu lu? oui? parce que c'est important de le lire et de le comprendre.
Alors du coup c'est bueno pour dire aux gens que télécharger ce qui est accessible c'est gratuit ; que ce qui est gratuit mais légal c'est pourri voir limite limite
dibp a écrit :Je lis ici ou là "tu mets ta musqiue en libre diffusion et tu peux te faire de la thune en jouant live et en vendant des CDs et des tee-shirts."
Bin voyons.
Au pays de Candy, sans doute.
Si quelqu'un connait connait un bar qui paye (même mal), je suis preneur.
Parce que c'est pas 2 tee-shirts et un CD qui vont mettre du beurre dans les épinards.
Remarquez, je m'en fiche, j'ai un métier qui paye..
Sous jascent ce que tu dirais c'est que le modèle économique de la musique pré internet serait rémunérateur. Mais pour qui?
Tv, radio, des niches médiatiques diffusant quelques élus qui gagnait par effet de rareté.

internet c'est l'abondance ; ton producteur ne l'a t il pas compris? c'est un média ou tout le monde peut être diffusé ; il y avait une centaine de milliers de sociétaires ; mais il pourrait maintenant en avoir des millions; En imaginant qu'elle saurait tous les accueillir la SACEM saura t elle répartir équitablement et suffisamment pour mettre des épinards, avec le beurre, le steak et la pièce montée? Elle ne le fait déjà pas aujourd'hui.
dibp a écrit :J'ai croisé sur MySp@ce et Facebook des artistes qui ont touché (beaucoup, pas mal) et encore un peu de la SACEM, d'autres qui "commencent à toucher", et toute une floppée qui ne touchent rien... rien, comme dans le monde des licences libres.
Donc : si je ne suis pas bon, si je ne sais pas me vendre, si je correspond pas, etc., y a pas de raisons pour que je touche plus ou que je touche moins avec l'une ou l'autre des formules.
rien a redire là ; sauf préciser que l'usage des licences libres est en émergence et qu'elle ne bénéficie pas d'un monopole de fait. Alors comparer les systèmes....avoue que les dés son un peu pipés.
dibp a écrit :Je lis ici ou là "faut j'écrive à tel site qui utilise ma musique pour essayer de tenter de signer un contrat avec lui, etc."
Ce serait quand même plus simple si un organisme s'en occupait...
Un organisme qui aurait des frais de fonctionnement, etc.
Genre, une SACEM.
La liberté comme l'exclusivité ont toutes les deux un prix.
Si tu loues en pension complète cet été faudra pas gueuler sur le buffet ou les animation de ton village vacances ; lol
Si tu pars en routard, tu mangeras ce que tu veux quant tu veux mais tu ne sauras pas le menu en avance.

je crois pas t'avoir aider...mais bon tu as une certaine manière de planter le décor...Ok si tu veux en parler au tel ; je te le file en mp.

je conclurais en disant que tout est émergeant.
mais que voilà c'est pas tout cuit sur un plateau
que si tu n'as pas besoin de rente pour vivre passe toi en et reste libre
et que si vraiment tu peux pas faire autrement que de devoir toucher cet oseille et bah signe l'exclu et voilà.

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 04 juin 2010, 13:12
par dibp
Yep Yop and Yeah!

Die IBP est sous Artlibre, Natural Sheen sous CC : a priori, pas de raisons que ça change.
(Mais, quand même, Gainsbarre disait : "j'ai retourné ma veste le jour où je me suis aperçu qu'elle était doublée en vison")

Comme écrit plus haut, le topic n'est pas des plus clairs parce que j'ai pris plusieurs casquettes.

J'essaye de trouver des arguments simples à opposer à mon ami producteur (et quand je dis "ami", je sous-entends qu'au moins avec moi il est sincère).

Alors, peut-on valider quelques points (des postulats ?) :

- JE N'AI PAS L'INTENTION DE GAGNER DE L'ARGENT AVEC MA MUSIQUE : JE N'AI AUCUN INTERET A ME SACEMISER ET, POUR LA TRANSPARENCE AVEC MES AUDITEURS, JE CHOISIS UNE LICENCE DE LIBRE DIFFUSION.

- JE N'AI PAS DE PUBLIC PARCE QUE MON TRUC FONCTIONNERA JAMAIS (C'EST MOCHE, C'EST PAS MAINSTREAM, JE SUIS MOCHE, QUE SAIS-JE ENCORE) : QUELQUE SOIT MON CHOIX, CA VA ETRE DUR DE GAGNER DE LA THUNE, MEME UN PETIT PEU. JE PEUX ME SACEMISER PARCE QUE C'EST TROP LA FRIME OU PASSER EN DOMAINE PUBLIC PARCE QUE C'EST TROP REBELLE. ICI, C'EST DELICAT PARCE QU'ON A TOUS TENDANCE A PAS SE CLASSER VOLONTAIREMENT DANS CETTE CATEGORIE.

- MON OEUVRE DECHIRE TOUT, MES FANS DECHIRENT MES TEE-SHIRTS ET LA JE SUIS EMMERDE : QU'EST-CE QUE J'OPPOSE A MON PRODUCTEUR QUI ME DIT QU'IL Y A DE LA THUNE QUI SE PERD (POUR LUI ET) POUR MOI, QU'ON VA PAS S'EN SORTIR SANS SOCIETE DE GESTION COLLECTIVE ET QUE DE TOUTES FACONS POUR ETRE SUR DEEZER BELIEVE MACHIN FAUT ETRE SACEM ?

C'est ce dernier point qui mérite d'être éclairci : quelqu'un est-il en mesure de lister ce qu'apporte/enlève, et à qui, l'adhésion à la SACEM quand :
- je sors une autoprod
- un tiers produit mon CD (physique ou digital)
- je joue live
- je passe à la radio

Tiens, une question con : le téléphone sonne en pleine nuit et mon pote me dit "salut coco, je suis avec David (Bowie) là, il adore c'que tu fais, il voudrait que tu lui écrive un titre pour le prochain album...". Putain, le délire. DAVID PEUT-IL AVOIR UN TITRE EN ARTLIBRE OU EN CC SUR LE PROCHAIN CD ?

Tcho!

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 04 juin 2010, 14:46
par dana
le problème de ce genre de raisonnements (les 3 cas que tu décris), c'est qu'ils prétendent mettre des principes (le choix des licences libres) à l'épreuve de la réalité mais que de la réalité, on ne retient que la dimension disons sonnante et trébuchante. Ce qui est tout de même une version bien plate et réductrice de la réalité.
C'est évidemment un point de vue très répandu. Au point que les militants des licences libres passent leur temps à parler de questions de revenus, de rémunérations, de "comment vivre de sa musique", etc.
or
il est évident que les licences libres n'ont qu'un rapport extrêmement ténu avec le fait de gagner ou pas de l'argent. Elles n'ont pas été conçues dans cette perspective (même si, Ram Samudrala, notre grand pa, quand il inventât la free music licence, consacrait déjà un chapitre à cette question, mais pour la considérer comme peu fondamentale).
Le grand économiste Amartya Sen, et d'autres après lui, ont essayé de construire une théorie économique de la richesse qui ne soit pas réduite à l'examen du PIB. Ce qu'il reproche aux économistes classiques, c'est de considérer l'être humain comme un individu purement intéressé, uniquement préoccupé d'augmenter ses revenus, dont les préférences sont entièrement organisées autour de ce but. Il se propose du coup de modifier les instruments de mesure traditionnels des économistes : il montre en étudiant certaines sociétés (notamment en Inde) comment la réalité des désirs et de ce que les gens souhaitent est beaucoup plus vaste que "gagner plus". Bon.. je détaille pas plus ici, on trouve pas mal de textes de Sen sur le net à ce sujet.
Les licences libres renvoyaient originairement à une question de principe, et de ce point de vue, concernaient des personnes pour qui le partage, la circulation libre de la culture, la facilitation de l'accès aux oeuvres, l'accroissement de la créativité par la collaboration entre créateurs, constituaient des valeurs ou des principes prioritaires.
Dans l'ambiance actuelle, et même dans le monde des utilisateurs des licences libres, ces valeurs ont été en quelque sorte mises au rencart, et sont de plus en plus passées sous silence, au profit d'un discours qui pose comme priorité d'autres valeurs, comme "gagner de l'argent", devenir une star, gagner en visibilité etc.
Du coup, malheureusement à mon avis, les discussions autour des licences libres tendent à se focaliser sur des problèmes de rémunération, alors que, je le répète, ce n'était absolument pas le destination première de ces outils.
C'est un peu comme si vous demandiez à l'entreprise TOTAL des conseils en matière de gestion de l'environnement. Ça n'a pas de sens.

Pour quand même donner une espèce de réponse à tes suggestions ironiques :
si un musicien a le malheur d'avoir du succès, on s'attend à ce qu'il ressente comme une nécessité de s'inscrire dans le système traditionnel (sacem etc.) - c'est-à-dire que, alors même qu'ayant du succès il commence à gagner de l'argent (en multipliant les concerts par exemple), on suppose qu'il n'aurait dès lors qu'une envie : EN GAGNER ENCORE PLUS.
C'est bizarre quand même.
Et on se dit alors qu'il se retrouve devant un dilemme pratique : ou bien il reste sous LLD et il ne gagne pas autant d'argent qu'il pourrait en gagner en faisant autrement
ou bien il entre dans le système etc..
Mais le problème dans ce cas, ce n'est pas les licences libres.
C'est pourquoi donc alors qu'il commence à être connnu, voudrait-il forcément gagner plus ?
D'autant plus que gagner plus d'accord.. mais entrer dans le système, c'est également se soumettre à un tas de contraintes dont on ne parle jamais.. Si vous signez avec une major par exemple, vous sacrifiez une bonne part de votre liberté créative. Si vous abandonnez vos principes, vous risquez de vous sentir un peu moins à l'aise qu'autrefois, psychiquement parlant.
Est-ce tellement improbable qu'il se trouve quelques artistes pour dire : non, je ne considère pas que gagner plus vaut la peine d'abandonner mes principes. Je ne dis pas que ça puisse devenir une option majoritaire (je m'en fiche d'ailleurs, les gens font bien ce qu'ils pensent vouloir). Mais pourquoi ça semble tellement impossible d'imaginer qu'un type pareil puisse exister ?

Et pourquoi ça semble poser quand même un problème aux gens d'imaginer qu'ils puissent pour des raisons financières abandonner les LLD ? On voit bien que derrière il y a quand même un attachement à des principes, de la morale, un rapport de fidélité à ses idées, qu'il n'est pas si simple finalement de retourner sa veste.

Il est vrai que ce genre de considération est devenu très inactuel, l'ambiance étant quand même globalement au cynisme.. Sauf que non, y'a quand même pas mal de gens, des groupes, qui tiennent autour de certains principes.. Tout le monde n'est pas happé par le cynisme ambiant (et je crois que même chez le pire des cyniques, ça ne va pas de soi quand même parfois, y'a une petite lumière morale certes ténues mais qui s'allume de temps en temps.. à part chez le psychopathe bien sûr).

Re: La SACEM ne passera pas par moi.

Publié : 04 juin 2010, 14:47
par incaudavenenum
dibp a écrit :
C'est ce dernier point qui mérite d'être éclairci : quelqu'un est-il en mesure de lister ce qu'apporte/enlève, et à qui, l'adhésion à la SACEM quand :
- je sors une autoprod
- un tiers produit mon CD (physique ou digital)
- je joue live
- je passe à la radio

Tiens, une question con : le téléphone sonne en pleine nuit et mon pote me dit "salut coco, je suis avec David (Bowie) là, il adore c'que tu fais, il voudrait que tu lui écrive un titre pour le prochain album...". Putain, le délire. DAVID PEUT-IL AVOIR UN TITRE EN ARTLIBRE OU EN CC SUR LE PROCHAIN CD ?

Tcho!
Alors, David Bowie, le malheureux, il me semble qu'il est indisposé en ce moment, pour ne pas dire subclaquant (snif). Mais s'il se refait une santé, il peut sans doute adopter une licence libre pour ce qu'il veut puisqu'il est sous le régime du copyright, qui est moins contraignant de ce point de vue que celui de la SACEM.

- autoprod :
Tu te mets d'accord avec toi-même dans le mesure du possible, et tu te réclames ce que tu veux. Si tu veux commercialiser ta zic, toutefois, il va sans doute falloir que tu crées une boîte ou que tu te mettes en auto-entrepreneur. Si ta zic autoproduite est diffusée publiquement et que tu es à la SACEM, tu pourras toucher quelque chose. Si toutefois tu es ton propre diffuseur, tu devras toi-même raquer auprès de la SACEM pour que celle-ci te redistribue une partie de la thune. [edit : si tu n'es pas à la SACEM, faudra que t'expliques patiemment à la SDRM que tu ne lui dois rien].

- CD produit :
Le contrat entre le producteur et toi se négocie de gré à gré. A toi de bien lire ce qui est écrit en tout petit, et d'exposer tes conditions. Tu peux vouloir, par exemple, que le contrat ne soit pas exclusif, ou qu'il vaille pour une certaine durée... etc. Le producteur peut vouloir au contraire l'exclu totale, que tu sois à la SACEM et que tu le prennes comme éditeur (pour qu'il puisse palper 1/3 des droits de diff et une partie des DRM). Tout dépend du rapport de force (ou d'amitié)...
Y a la question des royalties, de l'avance sur recette, de la prime de commande, de la propriété du master...
Mon opinion perso : nous autres qui diffusons notre zic autoproduite sous LO, nous n'avons a priori besoin de personne, même sans Harley Davidson. Nous ne demandons rien. Nous nous suffisons à nous-mêmes. Nous n'avons pas besoin du "système" (ou du moins nous avons appris à nous en passer). Si le "système" s'intéresse à nous, c'est à lui de s'assouplir pour s'adapter à nos exigences. Pas l'inverse. Et donc nous devons être plus chers que les autres, en somme, si jamais nous nous abaissons à accepter de rentrer dans le système. Car nous sommes un luxe (oui, je sais, ce que je dis là est une inversion totale par rapport au lieu commun du jeune talent en voie de professionalisation).
Tu veux diffuser sous LAL ou CC ? Fort bien. Tu le fais déjà, et sans producteur. Ton pote producteur, s'il s'intéresse à ta musique, c'est à lui, en fait, de te proposer un deal qui te convienne (par exemple, en acceptant la libre-diffusion) tout en ménageant évidemment ses propres intérêts.
reste un point évoqué plus haut par Eisse : celui des droits voisins (producteur, interprètes...). A ce sujet, les textes des LO ne disent rien, ce qui est tout de même une sacrée lacune : on ne parle que de droit des auteurs

- Live :
SACEM ou pas, tu peux percevoir un cachet, si t'as de la chance.
Si t'es à la SACEM et si la salle te déclare, tu toucheras des droits d'exécution publique. Sinon que dalle. A moins de réclamer directement à la salle (voir ci-dessous ce que je dis en remplaçant radio par salle).

- Radio : si t'es à la SACEM et que la radio déclare bien sa playlist, tu palpes. Sinon, si tu n'es pas à la SACEM, tu peux demander toi-même, individuellement, à toucher tes droits d'auteur. Accroche-toi pour faire valoir tes droits tout seul. Mais bon, si t'es sous LAL ou CC by-sa, je ne vois pas au nom de quoi tu irais réclamer des droits auxquels tu renonces précisément par ta licence. Y aurait même abus de confiance, à mon sens. A mon avis, ça peut se faire dans le cas d'une clause NC uniquement, et si la radio est commerciale (pub).