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Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 08 sept. 2019, 14:33
par dj3c1t
Hé merci @kidjazz pour ces mots et cette vidéo !

m'a rappelé plein de trucs... pas hors sujet du tout. Enfin c'est bien à des idées comme celles racontées par Richard Stallman ou Albert Jacquard auxquelles je pensais, en parlant d'"antidote au rêve américain" ;)

Pour reprendre les mots de Stallman, en parlant de la propriété intellectuelle: "il n'y a pas de telle chose". Pour Stallman la propriété intellectuelle est un "concept" qui désigne une chose qui n'existe pas. Et pour compléter un peu le tableau, dans l'histoire des licences libres, coté musique, on pourrait évoquer aussi Ram Samudrala, avec sa "Free Music Philosophy" :

http://www.ram.org/ramblings/philosophy/fmp.html

Samudrala, comme Stallman, réfute cette idée de propriété intellectuelle.

Mais il ne suffit pas de réfuter l'idée de propriété intellectuelle pour la faire disparaître de la loi. Il y a le code de la propriété intellectuelle. Et historiquement les licences libres, en tout cas telles qu'imaginées par Stallman ou Samudrala, sont une réponse à cette aberration.

Alors après, beaucoup de choses qui ont été pensées comme "un outil de lutte contre" finissent par se trouver, d'une manière ou d'une autre, des propriétés de mise en valeur de ce contre quoi elles sont cencé lutter. Le bio comme outil de mise en valeur d'une industrie pas forcément moins destructrice. Les licences libres comme outil de mise en valeur de la propriété intellectuelle...

Je pense qu'un point crucial dans l'affaire, c'est de se demander finalement ce qu'on entend par "libre" dans licence libre. Stallman et Samudrala parlent de liberté de l'utilisateur. La confusion, en tout cas telle je la vois dans la musique, c'est de parler de liberté du musicien. Le truc c'est qu'effectivement, les licences libres en musique permettent aux zicos de se "libérer" de la SACEM (enfin comme tu le dit kidjazz, fut un temps où c'était pas mal l'idée, avec la SACEM vue comme le MAL, etc), et d'une manière générale, de gagner une sorte d'indépendance. On parle de gestion individuelle de droit d'auteur. Mais ces libertés-là sont celle de l'ayant droit. Les licences libres de Stallman et de Samudrala s'attachent aux libertés des utilisateurs, ce qui n'a rien à voir.

Et c'est cette liberté-là qui, remetant en cause la propriété intellectuelle, remet en cause dans la foulé l'un des pilier du rêve américain.

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 08 sept. 2019, 14:48
par DECAY
Sur la propriété intellectuelle, c'est un point sur lequel je suis en total désaccord avec Stallman, car comme tu le dis c'est pas parce qu'un concept n'existe pas qu'on n'a pas le droit de le nommer et d'en parler. Ou c'est pas parce qu'on réfute une idée qu'elle disparaît comme par magie.

Après quand tu dis que la liberté de l'utilisateur remet en cause la propriété intellectuel des ayant-droits, je ne vois pas du tout de quoi tu parles.
Si l'auteur ou les ayants-droits décident de placer une oeuvre sous licence libre ou ouverte, alors les liberté de l'utilisateurs ne contredisent pas l'application de la propriété intellectuel. Si l'oeuvre est copyrighté, même chose, sauf si l'utilisateur viol les volonté des auteurs/ayants-droits.
Bref, je ne comprend pas ce point là...

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 08 sept. 2019, 17:16
par kidjazz
@kidjazz
La NC n'est pas explicite, elle est sujette a interprétations. Suis-je un anti-capitaliste qui sort son oeuvre du marché ? Suis-je un gars qui veut juste diffuser son oeuvre plus facilement et qui la refermera dés qu'il sera un peu connu ? Tu ne peux pas savoir...

Même chose avec la ND, elle peut vouloir dire : ne modifiez pas l'oeuvre, je l'ai pensé comme ça et c'est pas pour rien (ce qui renvoie à une notion d'intégrité artistique). Ou elle peut vouloir dire que je ne veux pas qu'elle se diffuse hors de mon contrôle via du sampling, des reprises, etc.

Ce que j'avance n'est évidemment pas objectif,
mais je maintiens mon point de vue, pour avoir perçu des comportements en lien avec mes propos (communication et comportements d'artistes). Pour les licences libres en général, il y'a une volonté de se démarquer ( rapport à ce que disait @Ladee ), peut-être moins actuellement, mais entrer dans le libre partait d'une volonté de faire "sans et contre" tout ce qui avait été pensé et mis en place pour la protection de la musique dès ses débuts, et de la manière de promouvoir la musique, artisanalement. (on a tous mis ce point en avant, dès le début du fil de discussion).

@dj3c1t , ce que démontre Jacquard, justement et facilement : "tenter de parler et d'expliquer quelque chose qui n'existe pas". Mais n'importe quel créateur en posant une licence sur ce qui a été une ou des idées, la verrouille ou la protège, en étant sûr qu'il est l'absolu propriétaire de ce qu'il a produit. Donc, aussi bien Stallman (peut-être pas dans cet extrait vidéo) que Jacquard ont raison. On ne peut pas dire qu'une idée nous appartienne totalement, pourtant tout le monde dépose des brevets et des licences, pour protéger "des idées" qui ont été nourries par autre chose (d'où les nombreux procès et litiges en rapport avec "des ressemblances" ou des "vols" d'idées).

Et pourtant, des tonnes de morceaux de musique, utilisent les mêmes structures d'accords, parfois les même mélodies, sans qu'aucun des auteurs ne soit inquiété ou n'ait à faire à la justice. (une bonne dose de chance, là-dedans).


Pour en revenir à l'antidote au "rêve Américain" (j'aurais quasiment tendance à considérer ce "rêve" comme une maladie, vu là où nous ont menés nos modes de vie à l'américaine).
Par rapport à ce que j'ai avancé (anti-tout, contre-système, anticapitaliste)
Il y' a une démarche très saine au départ, ce que Stallman appelle le partage, c'était
l'idée de proposer gracieusement ou non, ses créations de sorte à ce qu'elles aient une issue virale, ce qu n'était pas imaginable pour les moyens de protection classiques au début d'internet, (les Majors ne proposaient que des previews d'albums ou des titres en ligne) ça a même très bien fonctionné. Mais aussi des ambitions , toutes autant saines : proposer à qui veut de transformer une oeuvre, de l'offrir, de la modifier encore et encore. La notion de gratuité, que percevait le grand public, a mis un sale coup à la philosophie du libre, si bien qu'on a eu à faire à ces fameux sites, qui non seulement ne rémunéraient pas les artistes, mais avec ça, de les débouter de leurs droits en proposant du "libre de droit" par camions pleins. Alors antidote, vraiment pas sûr. Il y'a 10 ans de cela, sans doute que oui.

Aujourd'hui, il ne reste quasiment que des cendres de la totalité du mouvement et des utilisateurs du libre.
Mais j'aime à penser que de protéger mes "oeuvres" sous LAL ou CC by 4.0, reste une démarche louable.

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 08 sept. 2019, 17:29
par dj3c1t
Oui @DECAY, faut pas chercher trop loin non plus :) Dans ma tête en tout cas c'est assez simple (probablement même un peu simpliste...), mais voilà : le mécanisme de la propriété intellectuelle consiste à interdire à priori toute utilisation, sans l'accord de celui considéré comme l'auteur. je dit bien à priori parce que le régime de la propriété intellectuel permet bien entendu des utilisations, mais qui sont régies par cette interdiction. La propriété intellectuelle place l'auteur comme point de passage obligé pour une autorisation d'utilisation (ce qui donne à l'auteur le pouvoir de fixer des conditions).

A partir de là, toute démarche qui consiste à lever à priori ces interdictions (ou une partie d'entre elles) annule (ou affaibli) la propriété intellectuelle. C'est pour ça que je dis que les licences libres, vues comme des libertés données aux utilisateurs, sont une remise en cause de la propriété intellectuelle.

Après c'est clair que les gens utilisent les licences libres pour moultes raisons ^^ mais par construction (une licence libre donne des autorisations, à tout le monde), publier une oeuvre avec une licence libre c'est, de fait, renoncer, au moins en partie, à la propriété intellectuelle.

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 08 sept. 2019, 19:49
par dj3c1t
Après @kidjazz, oui, pour ce qui est d'en faire ensuite un antidote à quoi que ce soit, c'est clair c'est une autre histoire. Mais disons je me pose la question... Le truc que je me dit, et que j'ai développé un peu plus haut, donc, c'est que dans l'idée en tout cas, y'a le potentiel.

... enfin en tout cas dans cette approche des licences libres qui est motivée par ce sentiment qu'il y a quelque chose d'aberrant dans l'idée même de propriété intellectuelle.

Mais après, pour ce qui est de savoir si ce potentiel fera vibrer le cœur de suffisamment de personnes (si on peut dire ça comme ça)... là j'en ai aucune idée ^^

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 08 sept. 2019, 20:09
par DECAY
Oui alors c'est pas pasque aujourd'hui propriété intellectuelle = tous droits réservés, que ça doit être le cas jusqu'à la fin des temps...

Le code de la propriété intellectuelle, ça parle de qui a le droit de faire quoi avec les productions artistiques et résumé en une phrase ça donne : l'auteur a tous les droits et ce de manière exclusif. Ce qui revient à dire que ce qui est fait avec la propriété intellectuelle (en usant de cette exclusivité) est 100% de la responsabilité de l'auteur.
Perso, je ne vois pas ce qu'il y a d'aberrant à tenir les gens pour responsable de ce qu'ils font.

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 10 sept. 2019, 14:08
par aisyk
tout le monde dépose des brevets et des licences, pour protéger "des idées"

Je ne suis pas d'accord avec cela.

Tu ne peux pas comparer les brevets et la propriété intellectuelle comme cela.
Les brevets ne protègent pas une idée mais la façon de la réaliser. Tu ne peux pas déposer une idée. Et pour qu'un dispositif puisse être déposé il doit remplir certaines conditions, une nouvelle solution à un problème technique, impliquer une activité inventive ou être susceptible d’application industrielle...

La propriété intellectuelle établit le lien entre un auteur, une œuvre et en détermine les possibilités d'exploitations exclusives.

Et autre chose,
Les anarchistes sont loin d'être tous de gauche, entre les anarchistes collectivistes et les individualistes, tu en trouveras toujours pour taper sur les partis/syndicats de gauche, de droite ou d'ailleurs. C'est un mouvement plus transversal qu'il n'y paraît.

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 10 sept. 2019, 14:13
par aisyk
Après c'est clair que les gens utilisent les licences libres pour moultes raisons ^^ mais par construction (une licence libre donne des autorisations, à tout le monde), publier une oeuvre avec une licence libre c'est, de fait, renoncer, au moins en partie, à la propriété intellectuelle.

Non plus ! :)
Publier sous licence libre c'est accorder des droits aux publics, pas renoncer à ses droits. D'ailleurs, un auteur ne peut pas renoncer à tous ses droits (droit moral, incessible, perpétuel, inaliénable...).
Un auteur ne renonce pas à son droit d'exploiter son œuvre quand il publie sous licence libre, il ne renonce pas à modifier son œuvre quand il publie sous licence libre... etc...

La seule chose à laquelle nous pouvons éventuellement penser est l'exclusivité de l'exploitation de son œuvre. Et encore, le placement de l'œuvre sur un autre support permet de définir d'autres licences attachées aux œuvres.

Un auteur ne peut pas "renoncer à la propriété intellectuelle", et c'est pour cela que les licences sont légales, elles s'inscrivent dans la droite ligne du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle qui donnent à l'auteur un pouvoir sur les exploitations possibles de son œuvre.

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 10 sept. 2019, 21:01
par dj3c1t
... oui, oui @aisyk. encore une fois, du point de vue de l'auteur, oui, tu as raison. mais j'ai raison (aussi) si tu considère les choses du point de vue de l'utilisateur. Ou c'est peut-être que j'utilise pas les bons mots...

Comment dire... "Normalement", si je veux pouvoir écouter de façon légale un morceau (un morceau dont je ne suis pas l'auteur), c'est parce que y'a quelqu'un à un moment qui a obtenu l'autorisation de l'auteur pour que ce soit possible. Juste pour que je puisse (légalement) l'écouter.

Et c'est là qu'on peut effectivement mettre en avant le fait d'accorder des droits.

Mais je me dis... ce qui rend possible le fait que l'auteur puisse accorder des droits, c'est le droit d'auteur qui dit que à priori toute utilisation est interdite... toute utilisation pour une autre personne que l'auteur, bien entendu. Et ces autres personnes que l'auteur, ce sont ces utilisateurs dont je cause.

Et du point de vue de ces utilisateurs, le droit d'auteur (ou la propriété intellectuelle) est une interdiction à priori d'utilisation (pour tout le monde), qui oblige (ensuite) à passer par l'auteur pour obtenir son accord. Disons pour résumer : du point de vue de l'utilisateur, le droit d'auteur est une interdiction, interdiction qui donne le pouvoir, du point de vue de celui qui a été désigné comme l'auteur, d'accorder des droits...

Quelles autorisations pourraient donner un "auteur" si le droit d'auteur ne décrétait pas cette interdiction ? ça n'aurait aucun sens. Autoriser une chose que rien à priori n'interdit. vous voyez ?

And so. Mettons maintenant je tombe sur un morceau publié avec une licence libre. En tant qu'"utilisateur", je sais que cette partie-là de la propriété intellectuelle (pour ce morceau) qui "normalement" m'interdit à priori de juste pouvoir l'écouter, cette partie-là a été annulée, à priori et pour tout le monde avec cette licence libre.

Enfin c'est dans cette idée en tout cas, que je me dis que, du point de vue de l'utilisateur, une licence libre constitue un affaiblissement de la propriété intellectuelle.

Après, @DECAY, oui, il y a des choses à dire sur la responsabilité ! mais dans un autre post ^^ je repasse plus tard...

Re: Les licences libres comme un antidote au rêve américain

Publié : 10 sept. 2019, 21:15
par DECAY
Alors je continu :p
C'est pas écrit sous la forme d'une interdiction. L'auteur a la propriété exclusive. Par effet d'inversion ça veut dire que personne n'a rien le droit de faire avec l'oeuvre. Reste que le droit d'auteur (le code de la propriété intellectuelle) définie les choses de manière positive justement car il se place du point de vue de l'auteur.

La licence n'affaiblie rien : c'est un contrat entre l'auteur et l'auditeur. À moins que tu ne trouves que ce/ces contrat(s) soient en défaveur de l'auteur bien sur...