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Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 16:28
par mr_ersatz
drone a écrit :...et en plus, je commence à en avoir un peu assez de ces carricatures qu'on trace suivant l'opposition : techno/squatts/amateurs pas doués vs rock/pro/compétents. D'où ça sort ces clichés ? (...)
D'où ça sort ? De ta tête. Je n'ai jamais dis une telle chose, de même que je respecte tous tes points de vue.
Maintenant, je ne dénigre pas non plus quiconque en parlant de musicien du week end, je me considère même plutôt là-dedans. C'était pour dire qu'effectivement, certains n'y voient qu'un hobby. Ca ne veut pas dire non plus que c'est ton cas. Il ne faut pas prendre chacune de mes phrases avec gravité, et surtout contre toi.
drone a écrit :Ais-je le droit, de plus, d'avoir des opinions et de les exprimer sans être immédatement caricaturé comme le "gauchiste-pas-pro-amateurs-de-techno-donc-forcément-destroy-drogué-vivant-en-squatt" de service ? Ou est-ce trop demander aux "pros" que vous êtes ?
Non plus, je ne dénigre pas les squats, qui souvent d'ailleurs sont les endroits les plus branchés, je disais juste qu'il est dommage de ne viser QUE les squats.
Quant à pro pas pro, ce n'est pas non plus une question de niveau, tout le monde le sait bien, mais juste de gens qui en font leur métier.
2 exemples proches de moi, sur alphatester :
- Electron X s'amuse, quand ils ont le temps à faire des morceaux parce que c'est leur passion extra-professionnelle. Ils ne veulent pas en faire leur métier.
- Flat Ed fait de la zik depuis tout petit, pour moi assure un max à tous les instruments et au mixage, et il n'est pas pro mais s'il le pouvait, le serait volontier.
Je ne parle pas de talent, je parle d'envie, comme toi tu en parles plus haut.
Bref, je suis d'accord avec doggod et avec toi, mais ni ton exemple, ni le sien ne sont universels.
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 16:59
par dogood
petite histoire d'avant réveillon, il va bien falloir festoyer, c'est dans les magasins, ils le disent à la télé. tres peu pour moi, en tout cas...mais petite histoire sur pro/pas pro quand même. et pour rassurer dröne, moi et mon frère, on a quarante balais, on fait de la musique depuis vingt ans, et donc, bon. petite histoire.
J'étais assis dans le caliguey, sorte de petite hutte, temple miniature personnel du prêtre en charge de cette communauté huichole des hauteurs de Tepic, capitale du Nayarit, Mexique. Après avoir parlé pendant des heures avec José, le prêtre en charge de cette communauté, et après m'être présenté devant une cohorte de cactus, tous plus bavard les uns que les autres, il a bien fallu conclure, ou démarrer vraiment, comme on veut, le rituel multi-millénaire. Dévorer les peyotls crus, découpés en quatre. Quatre peyotls entiers, donc seize morceaux. Plus le coeur d'un cinquième, découpé lui aussi en quatre, qui avait servi à bâtir mon origine géographique. Alors, pour m'aider à faire passer, José à pris son violon, fait d'une caisse de bois, et a entamé des mélopées venues du fond des âges, quand les hommes ne se posaient pas les mêmes questions. Quand les hommes connaissaient les vertus quasi-magiques de la musique, de celles qui permettent de franchir des portes ou des passages normalement infranchissables. De celles, aussi, qui permettent d'inviter ses ancêtres, et, ainsi, de jeter le pont entre les morts et les vivants, les héros et les hommes. Voilà ce que peut être, pour moi, un professionnel de la musique. Tu vois, Dröne, on est tous un peu spéciaux, voire bien bien "space", comme on dit. Nous ne sommes pas sociétaires d'iun cartel de gestion des droits d'auteurs verreux, véritable manne financière sur le dos des bonnes intentions d'achats, par le moyen de la pub. Nous ne sommes pas "subventionnables". Nous ne sommes pas intermittents, mais à plein temps. Si nous devions être intermittents, ou si des connaissances le devenaient, nous n'assimilerions pas ce statut à un quelconque aspect pro ou non pro. Lorsque je dis amateur => aimer, JE PÈSE MES MOTS. Il n'y a rien au-delà, selon moi. Seul l'amour rend libre. et nous le sommes. Allons nous cesser de tergiverser, et, enfin, agir? Librement?
C'était le sens de ce thread, j'espère qu'il le conservera, et surtout que tous ceci débouchera rapidement sur de la musique et des auditeurs comblés.
hugh!
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 17:10
par drone
mr_ersatz a écrit :]
D'où ça sort ? De ta tête. Je n'ai jamais dis une telle chose, de même que je respecte tous tes points de vue.
De tout ça, alors que je n'ai jamais écrit le mot "squat", que je n'ai jamais critiqué les pros, et que je n'ai jamais utilisé un autre pronom personnel que le "je" :
- "et je crois, aussi, sentant venir ici où là du "ouais pro ça fait chier, vient on fait les trucs à l'arrache...","
- "La musique libre ne doit pas se cantonner uniquement à l'amateurisme, de même qu'elle ne doit pas se cantonner aux squats. "
Je trouve que ça fait beaucoup de sous entendus, c'est difficile de croire que "petite zik du week end" serait un simple constatif, et je ne vois pas en quoi ce que j'ai écrit sous-entendrait une quelconque nécessité, pour la musique libre, de se cantonner aux squatts ou à l'amateurisme. Sauf que c'est bien ça qui m'est revoyé...
Mais ma réponse était globale, destinée à toi autant qu'à Dogood.
Je pense que dans toutes nos discussions, on a, collectivement, le tort d'aller trop vite. On passe d'embryons de réflexions mal construites à des actions planifiées : on shunte l'étape la plus cruciale, celle qui conciste à vérifier, en prenant le temps nécessaire, que les accords qui semblent se faire jour ne reposent pas sur des présupposés ou des implicites non explorés, non problématisés. C'est le problème de tous les milieux militants. C'est LE problème majeur de toute action collective. Du coup ça favorise la caricature et le procès d'intention. Mais pour échapper à ça, je ne connais qu'une solution : repousser d'un an environ les actions, pour permettre aux gens de se connaître un peu plus après avoir pris le temps de se rencontrer et de débattre de problème de fond... hum... chiche ?
+A+
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 19:00
par drone
dogood a écrit :Dévorer les peyotls crus, découpés en quatre. Quatre peyotls entiers, donc seize morceaux. Plus le coeur d'un cinquième, découpé lui aussi en quatre, qui avait servi à bâtir mon origine géographique.
Ah oui, mais alors là c'est pas juste : tu me prends par les sentiments ! J'aime bien les champis...
"Le Peyotl ramène le moi à ses sources vraies. - Sorti d'un état de vision pareille on ne peut plus comme avant confondre le mensonge avec la vérité. - on a vu d'où l'on vient et qui l'on est, et on ne doute plus de ce que l'on est. - Il n'est plus d'émotion ni d'influence extérieure qui puisse vous en détourner.
[...] Prendre ses rêves pour des réalités voilà ce dans quoi le Peyotl ne vous laissera jamais sombrer (A. Artaud, "Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras", OEC IX, p. 25-26.
hugh!
Aooommm... heu... oups, pardon : OÏ OÏ OÏ !!! Nan, passque faut pas déconner non plus, j'ai une réputation à tenir...
+A+
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 20:51
par dogood
ben tu vois! tout est si simple! mais s'il te plaît, pourrais-tu cesser de confondre champi et cactus?
le peyotl est un cactus, Lophophora williamsii pour être précis, et donc n'a absolument rien à voir avec les champi, psylo et autres substances miss héliumique!!
"Le Peyotl ramène le moi à ses sources vraies. - Sorti d'un état de vision pareille on ne peut plus comme avant confondre le mensonge avec la vérité. - on a vu d'où l'on vient et qui l'on est, et on ne doute plus de ce que l'on est. - Il n'est plus d'émotion ni d'influence extérieure qui puisse vous en détourner.
[...] Prendre ses rêves pour des réalités voilà ce dans quoi le Peyotl ne vous laissera jamais sombrer (A. Artaud, "Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras", OEC IX, p. 25-26.
pour le pied je re-quote cette citation d'Artaud, parce que quand même!!
@+
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 21:13
par drone
dogood a écrit :ben tu vois! tout est si simple! mais s'il te plaît, pourrais-tu cesser de confondre champi et cactus?
le peyotl est un cactus, Lophophora williamsii pour être précis, et donc n'a absolument rien à voir avec les champi, psylo et autres substances miss héliumique!!
Ah mice, je ne savais pas ! En fait j'ai bien testé la psylo, mais pas encore le cactus ! Va falloir que je remédie à ce manque dans ma culture... Ceci dit, le LSD ça doit être assez proche. Bon, on va ouvrir une branche "les défoncés parlent aux défoncés" : mal barré pour la crédibilité des quadras...
+A+
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 21:31
par dana
Mais pour échapper à ça, je ne connais qu'une solution : repousser d'un an environ les actions, pour permettre aux gens de se connaître un peu plus après avoir pris le temps de se rencontrer et de débattre de problème de fond... hum... chiche ?
Dans mes pires moments, je me dis aussi qu'une des difficultés majeures de toute action collective, c'est la tension qui se met forcément en place entre la phase de réflexion et de concertation et l'urgence de l'action (et la question qui me préoccupe aussi : dans quelle mesure finalement y'a-t-il urgence ? qu'est-ce que ça signifie exactement ? Est-ce que le monde arrêtera de tourner comme il tourne si on se tait ?)
allez je ne résiste pas à ce petit renvi à
Lacan,
séminaire III (celui sur les psychoses) p.150-1 au Seuil. faudrait que je vous recopie les deux pages.. Mais bon ça reste Lacan, souvent imbuvable et génial. Allez, pusique vous insistez, je vous copie uste un extrait, mais faudrait parcourir les alentours aussi. Il a dit ça en 1955-6, c'est pas rien :
"Un certain champ semble indispensable à la respiration mentale de l'homme moderne, celui où s'affirme, son indépendance par rapport, non seulement à tout aître, mais aussi bien à tout dieu, celui de son automnie irréductible comme individu, comme existence individuelle. C'est bien là quelque chose qui mérite en tous points d'être comparé à un discours délirant. C'en est un. Il n'est pas pour rien dans la présence de l'individu moderne au monde, et dans ses rapports avec ses semblables. Assurément, si je vous demandais de la formuler, de faire la part exacte de liberté imprescriptible dans l'état actuel des choses, et même me répondriez-vous par les droits de l'homme, ou par le droit au bonheur, ou par mille autres choses, que nous n'irions pas loin avant de nous apercevoir que c'est chez chacun un discours intime, personnel, et qui est bien loin de rencontrer sur quelque point que ce soit le discours du voisin. Bref, l'existence chez l'individu moderne d'un discours permanent de la liberté, me paraît indiscutable.
Maintenant, comment ce discours peut-il être accordé non seulement avec le discours de l'autre, mais avec la conduite de l'autre, pour peu qu'il tende à la fonder abstraitement sur ce discours ? Il y a là vraiment un problème tout à fait découageant."
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 21:46
par drone
dana a écrit :[
Dans mes pires moments, je me dis aussi qu'une des difficultés majeures de toute action collective, c'est la tension qui se met forcément en place entre la phase de réflexion et de concertation et l'urgence de l'action (et la question qui me préoccupe aussi : dans quelle mesure finalement y'a-t-il urgence ? qu'est-ce que ça signifie exactement ? Est-ce que le monde arrêtera de tourner comme il tourne si on se tait ?)
100% d'accord avec ça. C'est marrant, car c'est l'un des thèmes de nos discussions sur mon forum, dans le contexte (et à la suite) de la Nuit des meutes. On en est arrivé à prôner autant les non-actions (toutes les formes de résistance dites "passives") que les actions. Evidemment, dans les milieux souvent liés aux formes classiques du militantisme, ces idées sont rapidement carricaturées (ouh les vilains inactifs qui se tournent les pouces pendant que les vrais activistes agissent !). Mais petit à petit, je dois bien reconnaître qu'on a réussi à instiller le virus du refus du faire, qui me paraît être le corolaire des temporalités longues : pour s'opposer réellement au libéralisme et à ses urgences, il faut prendre le contre-pied de toutes ses valeurs. Enfin, c'est ce que je m'acharne à dire, et à faire.
+A+
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 22:05
par dana
et comment évaluerais-tu toi-même (je pose la question à tous d'ailleurs) l' "urgence" dont je parlais..
J'avoue ne pas savoir très bien quels critères permettraient de se réclamer d'une telle urgence. enfin, faudrait d'abord préciser le cadre de pensée, le point de vue.
Arff..
Et, autre chose : avez-vous une idée, des images, capables de traduire la portée possible des actions liées au libre (ce dont nous causons dans ce forum) ?
Là aussi, je suis vraiment dans le flou..
Re: plato libre
Publié : 30 déc. 2004, 22:19
par drone
dana a écrit :et comment évaluerais-tu toi-même (je pose la question à tous d'ailleurs) l' "urgence" dont je parlais..
J'avoue ne pas savoir très bien quels critères permettraient de se réclamer d'une telle urgence. enfin, faudrait d'abord préciser le cadre de pensée, le point de vue.
Arff..
Je ne sais pas... Tout ce que je sais, c'est que la rhétorique de l'urgence est actuellement omniprésente partout : urgence à entrer dans la communauté européenne, urgence à "réformer" l'ensemble du secteur public, urgence à entrer dans un système de concurrence généralisée, urgence à s'aligner sur l'ensemble des critères du marché et de la culture anglo-saxonne, urgence à opérer des regroupements pour être concurrentiels, urgence à s'équiper en informatique et en systèmes réseau, etc. On en bouffe tous les jours, de l'urgence, car l'urgence est devenu un moyen de gestion, de management dans les institution : l'urgence, c'est pratique car ça permet de shunter toutes les étapes de la réflexion et de faire peser sur tous les désaccords les stigmates du "passéisme", de la "lourdeur", des "résistants au changement", etc. D'où mon éloge de la lenteur, de la prise de conscience des temporalités de la réflexion, mon refus du "faire pour faire", et du "faire vite pour faire vite".
Bon, dans certaines limites tout de même : quand on a monté la Nuit des meutes (pour mémoire, c'était une manifestation internationale, organisée par moins de 8 personnes, traduite en 7 langues, mobilisant des miliers de personnes en Europe), on a mis moins de 3 mois à préparer ça. Certains acteurs du petit monde sclérosé du punk m'ont dit qu'on allait dans le mur, qu'il faudrait au moins 6 mois ou un an avant de se lancer, qu'ils auraient bien aimé participer mais qu'ils avaient piscine ce jour là, bref, c'est moi qui me suis retrouvé dans le speed. Et on l'a fait. Mais on l'a fait en prenant 3 mois de discussion, d'action, et dans le discours on a toujours mis à distance la rhétorique de l'urgence : peut-être est-ce là la une bonne solution, celle qui consiste à prôner la lenteur, mais à agir avec la vitesse du serpent... Faut perdre l'adversaire, lui faire croire qu'on est des cons d'intellos inactifs, et lui balancer le cocktail molotov dans la gueule quand il a le dos tourné... Métaphoriquement, s'entend : "la violence, c'est mal" (TM)...
+A+