Re: OpenSpace [ Capitalisme moralisé, enfin ! ]
Publié : 13 juil. 2009, 04:46
Tu as tort si je peux me permettre. C'est au contraire trés intéressant de comprendre pourquoi ça fonctionne toujours malgré l'engorgement de ces sites, leurs lourdeur, leurs interfaces peu ergonomiques et le spam galopant qui est l'essentiel des messages postés. Renoncer à comprendre, c'est se condamner à ne pas comprendre ce que devient ce truc mirobolant qu'est le Web, cette couche mettant Internet à la portée de tous. L'oubli est la réponse. L'oubli de ce qu'est à l'origine cet outil de mise en réseau des êtres humains en abolissant l'espace-temps, ni plus ni moins. Comme l'interface graphique nous fait oublier la complexité du fonctionnement d'un ordinateur, le Web 2.0 cache aux non avertis, aux lambdas, les chemins de traverses, les faisant converger, pour le plus grand nombre, vers la lumière du réseau social, là où on pourra les compter, les peser, les classer, les diriger, les faire espérer, les mettre en concurrence, les faire travailler sans contrepartie, de leur plein gré, aveuglés par leurs pulsions de reconnaissance infantile.dj3c1t a écrit :J'ai finalement renoncé à comprendre pourquoi les gens s'inscrivent sur ce genre de site.
C'est un peu comme de se demander pourquoi la poule a t'elle traversé la route.
C'est une question de point de vue. La poule ne sait pas que la bande bleue est une route, elle ne conduit pas. Donc elle ne traverse pas. Elle se contente d'arpenter son univers.
Le réseau social est certainement ce qu'il y a de plus naturel sur Internet. Discuter, communiquer, réfléchir en collectif, c'est ce qu'ont en commun tous ceux qui utilisent le réseau global. Myspace, Facebook, twitter & cie ne sont pas des réseaux sociaux, ils ne servent à rien. Ce sont des "objets tendances" designés pour répondre à des besoins créés par des agences de com, relayés par des coups ou des scandales dans les massmedias, dont ces réseaux sont souvent des extensions. Au mieux, ça sert à équilibrer la perte de revenu engendrée par la désaffection des kids envers les medias classiques, au pire, ça sert à profiler et à vendre des données.Mais une question qui me semble par contre beacoup plus interessante, c'est : mais pourquoi donc ces sites existent ? Autrement dit, quelle est la raison d'être de ces sites ? Qu'est ce qui a motivé leur développement ? A première vue, on pourrait croire que la question reste la même que précédement. On développe en général un site pour les besoins de ses utilisateus, non ? Disons que dans certains cas, c'est effectivement ce qui se passe, mais pas toujours. Se serait passer un peu vite à coté de la publicité.
Nous sommes en face d'un fac similé, autrement une perversion de l'outil de mise en réseau original. Comme dans la pub, tout est factice, mis sous la forme de slogans, de gadgets clignotant et hurlants qui sont autant de panneaux publicitaires nomades qui vont être collés un peu partout. Il ne s'agit plus de réseaux sociaux mais de groupes de clients qui font eux-mêmes la pub de produits qu'ils contribuent à définir. On est dans l'illusion du tout gratuit grâce à la pub et du travail dissimulé. Tout ce temps passé sur ces sites sont autant de millions d'heures qui ne coûtent rien à ces grosses multinationales. Non seulement, elles délocalisent dans les pays sans protection salariale cassant ,dans les pays "développés", la solidarité nationale, la protection sociale et la cohésion du corps social, non seulement elle nous transforment en concepteurs, prospecteurs, diffuseurs, disséminateurs sur le réseau mais en plus elles nous volent toutes les promesses dont était fait l'Internet initial. Un espace sans fond, remplit de libertés, support du mélange des cultures d'un monde que nous habitons tous, capable de mettre en commun une énergie créatrice formidable supérieure à l'énergie dévastatrice des guerres.
Internet était un moyen de faire connaissance. Le Web n'est finalement qu'un divertissement, tout dans la forme, rien dans le fond.
Avec le Web, l'OpenSpace devient l'InfinitySpace, la prison sans mur où l'Homme n'est qu'une extension du réseau, un client/serveur comme un autre.

Sleep-dealer Alex Rivera 2008





