ben ça me laisse pantois ce genre de phrase"Le droit à l'expression pour tous devrait être un droit supérieur à celui de la propriété de quelques uns... "
je sais pas pour vous..
Tu vois Aisik le danger de citer des formules de ce genre hors de leur contexte. Or, le contexte c'est quoi ? un article que tu as écrit (read write..) en faveur de la diffusion libre et contre la rétention des oeuvres au nom de la propriété intellectuelle (version hard). Bon très bien..
http://aisyk.blogspot.com/2010/06/lire- ... write.html
Sauf que.. sorti du contexte :
moi je veux bien qu'on facilite le droit à l'expression (j'ai du mal à comprendre ce que tu entends par "expression", ça me paraît comme il a été dit mille fois sur ce thread particulièrement obscur), mais de là à le déclarer supérieur au droit à la propriété ! Heu, sorti du contexte c'est la porte ouverte à ce que plusieurs ici ont dénoncé : On vous accorde le droit d'ouvrir vos gueules (vous les pauvres, les non-propriétaires), alors tenez vous tranquilles et faites taire vos aspirations à la justice sociale"..
(la plus grande source d'inégalités aujourd'hui, ce ne sont pas les différences de revenu mais celles du patrimoine :
http://www.inegalites.fr/spip.php?article611&id_mot=77
)
Et même si on ne sort pas du contexte.. Qu'on en reste à nos petites affaires de pianoteurs là.. nos petites chansons de rien du tout qui disparaîtront avec le temps dans les limbes (le temps pouvant être évalué pour l'immense majorité d'entre nous à quelques mois pour le mieux, après quoi on vous oublie, on vous efface, ce qui est tout à fait normal à mon avis, et même souhaitable, y'a déjà bien assez de musique comme ça)
si on s'en tient là donc, je vois pas en quoi la propriété de quelques uns, et la manière dont ils souhaitent gérer et faire fructifier cette propriété, les gens du business de l'art en somme, je vois pas en quoi ça empêcherait le type ou la fille qui se sent à un moment ou à un autre des velléités créatrices de s'y adonner ! Moi j'ai quasiment toujours été à la limite du seuil de pauvreté, et c'est d'ailleurs en franchissant ce seui, vers le bas, que je me suis mis à écrire et à publier des chansons, des textes, de la photographie. le fait que P. Obispo fasse son bisness n'a en rien perturbé mon travail créatif si je puis dire..
Bref, cette phrase n'a aucun sens je suis désolé de le dire.
Tu rapproches dans la même phrase deux choses dont je ne vois pas en quoi on peut les rapprocher..
Il manque manifestement un moyen terme (ou plutôt ce qu'en logique on appelle la seconde prémisse, une prémisse mineur) dans ton syllogisme. Mais je n'arrive pas à trouver ce que ça pourrait être. Qu'est-ce qui aboutirait à ce que le travail créatif (ou ce que tu appelles étrangement "l'expression") soit empêché ou freiné par le fait que Obispo et ses amis défendent une conception hard du droit d'auteur ?
À LA LIMITE
Ce qui pourrait constituer un frein à la création (en dehors des freins psychiques, et les névroses d'artistes devant leurs pages blanches ne manquent pas je peux te l'assurer, je suis moi-même de ce point de vue un grand malade de l'écriture), ce serait l'absence de moyens. Par exemple le fait de n'avoir pas assez de revenus pour se procurer un instrument de musique, ou de ne pas pouvoir se payer un home studio (comment on faisait avant le home studio hein ? ça fait pas si longtemps que , en occident en tous cas, on peut se faire un home studio à peu de frais).. Pour l'écriture, l'expression verbale couchée sur le papier, pour reprendre ton "expression", je doute que personne n'en ait été empêché.. Encore que.. J'ai pas mal travaillé sur les écrits et les peintures des fous dans les asiles à la fin du XIXème siècle : ben justement, un des problèmes très concrets, c'était de se procurer le minimum nécessaire : du papier et un crayon. C'est pas de ça dont tu veux parler j'imagine ?
Parce qu'à la limite le seul frein objectif à la création, je veux dire par delà les freins subjectifs, ce serait effectivement l'absence de moyens, c'est-à-dire l'absence de revenus, ou la maigreur de ces revenus. Comme beaucoup d'entre nous, j'ai commencé à enregistrer de la musique avec les moyens du bord. Mon ami Jullian Angel me racontait comment il traficotait des enregistrements multipistes avec un magnéto cassette, en faisant du rerecording sur une seule piste.. On est pas mal à avoir fait ce genre de truc , du moins les plus anciens d'entre nous (les jeunes d'aujourd'hui ont quasiment tous un ordi et tant mieux pour eux !). Et puis, avec le temps, on économisait, et on finissait bon an mal an à force d'opiniâtreté à se faire un petit système d'enregistrement cheap mais plus efficace.. mais en quoi Dieu du ciel la propriété intellectuelle a jamais empêché cela ???
ce qui empêche la création je le répète c'est ou bien, pour ceux du moins qui ont en tête ce besoin de créer, des névroses individuelles, des raisons subjectives (lit par exemple des témoignages d'écrivains en panne devant la feuille blanche, c'est souvent instructif, style la dernière nouvelle de "La fêlure" de Fitzgerald, ou les lettres de malcolm Lowry), ou bien des raisons économiques, celle ci objectivables donc : la pauvreté, voire la misère. J'imagine qu'encore aujourd'hui dans certaines régions du monde, à supposer que déjà soit fourni un accès à l'apprentissage de l'écriture, un jeune homme se découvrant une vocation d'écrivain, et vivant dans un environnement dont la pauvreté dépasse tout ce que nous pouvons imaginer dans nos contrées riches, puisse se plaindre de ne pas pouvoir se procurer un crayon pour écrire et surtout du papier (car savez vous le papier coûte horriblement cher, on l'oublie souvent).
Bon j'imagine qu'encore une fois, mon cher Alain, ou mon cher Totoresk, que manifestement la formule "Le droit à l'expression pour tous devrait être un droit supérieur à celui de la propriété de quelques uns... " a séduit, vous ferez fi de mes objections, mais c'est dommage, c'est dommage.. parce que je la tiens pour une énormité.