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La dictature de l'originalité

Comme son nom l'indique...ce qui n'entre dans aucune rubrique.
mpop
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Re: La dictature de l'originalité

Message par mpop »

eOLe a écrit :Sinon énorme tes dessins mpop !!!
C'est pas original mais j'adore !!! :D
Lol je précise que les dessins ne sont pas de moi mais de Manu Larcenet (les liens pointent vers son blog). Personnellement, je suis une bille en dessin. En musique aussi, d'ailleurs :D
mpop
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Re: La dictature de l'originalité

Message par mpop »

The_Archdude a écrit :genre c'est pas la peine de chercher puisque tout a été fait (c'est pas bien)
Dans le domaine de l'art pictural, la grande question pendant un temps (et encore dans une certaine mesure aujourd'hui) a été celle de la représentativité et du réalisme. Les peintres ont longtemps cherché le mimétisme, avant que l'invention de la photographie ne leur fasse dire (à partir du milieu de 19e siècle) que ça ne servait à rien. À quoi bon faire imparfaitement ce que la photographie fait automatiquement ? Ils se sont donc tournés vers l'impressionisme, l'art abstrait, etc.

En 2000, Joann Sfar reprochait à Jean Giraud/Moebius de produire un dessin figé car sans cesse tenté par la représentation minutieuse du réel. Giraud répondait que ce qui était important, c'est qu'il n'y arrivait pas : tendre vers, mais ne jamais atteindre.
Il faudra que je retrouve les termes exactes de la réponse de Giraud.

Bon, je sais même plus ce que je voulais dire au départ, mais ça m'a fait penser à ça.

Ah oui, tendre vers l'originalité, mais ne jamais l'atteindre…

En littérature, ça fait un siècle que l'on estime que tout à déjà été écrit, et dans une certaine mesure l'innovation littéraire au 20e siècle a consisté à défaire ce qui avait été fait jusqu'ici (pourtant sans jamais l'effacer ou s'en abstraire tout à fait). Postmodernisme, quand tu nous tiens…

The_Archdude, tu as l'air de dire que sans recherche de l'originalité (qu'il soit encore possible d'innover ou pas), l'art n'a pas d'intérêt ou de justification. C'est d'ailleurs, en gros, la posture économique d'analyse de la propriété intellectuelle : l'innovation artistique profite à la société, et il faut donc la protéger (droit d'auteur) pour produire des incitations à innover. Mais si jamais la création n'est pas innovante, la protection se justifie-t-elle encore ? Ne faut-il pas envisager la création artistique comme une activité pas nécessairement novatrice ?

Bon, on peut dire qu'il y a toujours quelques innovations. L'esthétique des années 2000 n'est pas celle des années 80, qui n'était pas celle des années 60. Fort bien. Peut-être est-ce le manque de recul qui nous empêche de voir l'originalité des formes en cours. Sauf que voilà, il s'agit plus d'évolutions esthétiques globales que d'innovations personnelles. Au niveau de l'individu artiste, où et comment définir l'originalité ?

Pour ma part, je ne dis pas que l'originalité n'existe pas (même si je ne sais pas vraiment ce que c'est…), mais que l'originalité comme alpha et omega de la valeur esthétique m'emmerde profondément. Il y a des artistes originaux et chiants comme la pluie, avec une œuvre pas personnelle pour deux sous, etc.
LaSp
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Re: La dictature de l'originalité

Message par LaSp »

mpop a écrit :Au niveau de l'individu artiste, où et comment définir l'originalité ?
Je pense que le noeud du problème se situe la justement. Déja comment savoir si un artiste est original.
Il existe encore beaucoup de groupes de musique qui ont fait changer la musique dans leur époque
s'ils existent encore mais que de nos jours ils ne sont forcement plus autant innovateur que lors de leurs grands jours sont ils originaux ou pas ?
un bon exemple est Sonic Youth je pense

De toute facon l'originalité pour moi ne correcpond pas à la révolution du Rock ou de la musique electronique. C'est pas spécialement le changement radical des sonorité mais plus la manière de traiter un sujet.
Pour prendre un groupe plsu recent : And You Will Know Us By The Trail Of Dead
A part le nom le groupe a d'interressant qu'il mixe la musique classique avec le punk
Je ne dis pas que ca n'a jamais été fait dans le principe mais le mix est tellement different ...

Maintenant y'a des truc super classique qui sont très bien mais une fois qu'on a compris les règles du genre ...
Un autre exemple tien , je suis en forme ce soir : le blues
J'adore jouer du blues , c'est terrible, pourtant y'a pas plus redondant que le blues.
Le vrai 12 old bar blues c'est toujours les même accords et les mesures sont fixés.
Alors oui j'aime bien en jouer et m'amuser a comprendre mais j'écoute pas de blues , je trouve ca un tantinet chiant

tout ca pour ne rien dire , mes posts sont un peu décousu , je me rend compte
en tout cas je ne dis pas que l'art n'a pas d'interet sans innovation, je dis juste que lorsque je découvre quelque chose dîinnovant, et ne serait-ce qu'une bonne idée , ca me fais sourir, et j'aime ce sentiment
on essai de toucher les autre quand on fait de musique , personne ne me contredira la dessus, seulement on a tous des facons différentes de la faire.
LaSp
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Re: La dictature de l'originalité

Message par LaSp »

pour en revenir au sujet , j'adore Manu Larcenet mais je trouve qu'il accorde trop d'importance aux gens qui le critiques et aux critiques qui sont payés pour ca.
Ca se voit sur son blog (déja qu'il a coupé les coms et son adresse email)
Je veux dire que la encore c'est une question de plaisir , et que si ca lui fais plaisir de faire des Bd comme ca he ben qu'il continue, et si critixman ca lui fais plaisir de le descendre il a qu'a continuer
Personne n'en sera plus triste pour autant dans la théorie en tout cas.
Il faut imaginer que critixman a eu une enfance malheureuse et qu'il voulais vivre de la Bd mais qu'il n'a pas eu les idées alors il fait critique et on verra tout sous une autre perspective.
Surtout que je n'ai jamais vu une mauvaise critique de Larcenet a part sur son propre blog.

Y'a un truc qui m'a marqué c'est justement dans le combat ordinaire , le perso principale apprend a dissocier l'artiste de son oeuvre (avec le photographe). Et en voyant tout le bordel qu'il y a eu sur son blog je me disais que ca pouvais trop s'appliquer sur lui. Je dis ca sans aucune méchanceté bien sur , dans le bouquin le gars c'est un con , mais je ne connais pas Larcenet je ne juge pas. C'est juste que je vois vraiment un décalage entre ses travaux et son blog, un décalage de ton surtout.
Ana-b
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Re: La dictature de l'originalité

Message par Ana-b »

l'originalité .... peut etre sortir du cadre.....

toutes musiques ou art est situé dans une epoque , un style....quelque chose... originale ....en etant "décalé" , certain le font avec leurs emotions, d'autres avec des objets (un urinoir au plafond), d'autres em melangeant....

il faut trouver une idée pour sortir du bocal.....

beaucoup de choses ont été faites c'est vrai, mais l'infini c'est grand...et des solutions y en a surement...

souvent l'originalité dérange..... peut etre pour comprendre l'originalité il faut trouver ce qui nous derange!


http://www.revolutionsoundrecords.org
mpop
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Re: La dictature de l'originalité

Message par mpop »

Ana-b a écrit :il faut trouver une idée pour sortir du bocal.....
Il faut ?

Et on reprend à zéro… :)
Ana-b
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Re: La dictature de l'originalité

Message par Ana-b »

oualala ... je me suis pas relu...

non à 'il faut...' mal exprimé!

juste trouver des idées pour sortir du bocal.... en zic, pour la société, et si on veux etre original...

sortir de son bocal.... c'etait juste un clin d'oeil à Satprem
dana
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Re: La dictature de l'originalité

Message par dana »

reprenons donc à zéro
n'est-ce pas justement ce que signifie l'original ?
qui fait signe vers l'origine ?

A l'origine forcément, se situe quelque chose dont on ne peut pas dire grand chose sinon qu'il est le premier
Ainsi, dans une cosmothéologie créationiste, il faut bien qu'il y ait un premier, dont on ne pourra rien dire ou presque, sinon qu'il est le premier.
A ce titre, dans toute la pensée cosmothéologique occidentale, la seule authentique originalité, c'est dieu (ou l'Un ou ce que vous voudrez)

(je note au passage que dans une pensée de type non créationiste - l'éternel retour pâr exemple, il n'est aucune origine à proprement parler, l'origine n'est que la dégradation de la fin, laquelle n'est que l'entropie de l'origine)

Evidemment, nous n'entendons pas l'original toujours en ce sens (quoique...)
Nous confondons l'original avec l'excentrique (manière de stygmatiser l'excentrique qui se croit original, mais ne saurait stricto sensu l'être)

L'excentrique lui, s'éloigne à ce point du centre du cercle - lequel indique la norme (toujours mouvante à vrai dire), qu'on tend à le situer carrément au-dehors.
mais il n'est original que relativement à ce centre, c'est-à-dire à un système ordonné à des normes. Sa primauté, sa fraicheur, ne vaut pas mieux que celle des légumes qu'on fait pousser dès la fin de l'hiver dans les campagnes bretonnes au nord de Morlaix et qu'on désigne justement sous le nom de primeurs)

Bref
A l'Original j'aimerais accoler cette jolie définition, qui a au moins le mérite de la précision de la zoologie :
L'orignal (Alces alces) est le nom familier donné à l'élan d'Amérique.
L'origine du nom orignal vient de orignac, qui est la forme plurielle d'un mot basque désignant les cervidés. Aux premières années des colonies, les premiers colons français l'ont appris des Basques qui venaient régulièrement pêcher la morue sur les côtes de l'Atlantique, notamment dans le fleuve Saint-Laurent.
On méditera longuement sur les accointances étranges que les originaux semblent entretenir avec les morues et le fleuve Saint-Laurent, mais on prendra garde de ne pas considérer avec trop de condescendance ces contributions basques aux mystères des origines.
dana
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Re: La dictature de l'originalité

Message par dana »

allez comme je suis joyeux amateur de définitions et autres étymologies
voici
LA PAGE du Littré consacré à ce joli mot d'original
http://francois.gannaz.free.fr/Littre/x ... Rechercher
à étudier avec soin mes amis avant de dire quoi que ce soit :) (ou après, qu'importe)
Il y a peu d'hommes vraiment originaux ; presque tous se gouvernent, pensent et sentent par l'influence de la coutume et de l'éducation, VOLTAIRE. Remarques sur les Pensées de Pascal.45.
miammmm

et dans les merveilleux Dictionnaire des Idées Reçues du joyeux Gustave,
http://membres.lycos.fr/gustaveflaubert/
à l'article "original"' on lit ceci :
ORIGINAL : Rire de tout ce qui est original, le haïr, le bafouer, et l'exterminer si l'on peut.
ouahhhhh

miammmmm
mpop
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Re: La dictature de l'originalité

Message par mpop »

Waou merci dana pour la contribution, je me sens plus intelligent tout d'un coup (parce que j'ai compris le raisonnement, et je vais pouvoir le ressortir au cours des mes prochaines soirées mondaines).

L'originalité serait donc une norme linguistique basque, tandis que coller aux basques de la norme serait un signe de non-originalité. Je prends note.

Plus sérieusement, il me semble qu'entre les notions d'originalité et d'excentricité (en prenant les sens premiers plutôt que les connotations courrantes), on s'y retrouve déjà mieux. Ce qui me fait plaisir, car en bon intellectuel compulsif j'aime à cartographier le champ des idées (malgré la vanité de la chose ?).

Mon background (comme on dit) philosophique est bien maigre, et l'idée selon laquelle l'originalité vraie serait le propre du divin (le pré-existant de l'univers, l'origine de toute chose) ne m'évoque pas de grand auteur grec, allemand, néerlandais ou danois. Par contre, ça me rappelle l'œuvre de l'ami Tolkien, qui transpire de cette idée d'originalité parfaite impossible. À vrai dire, il me semble que la tentation de créer à partir de rien (une création originale, donc), d'être seul créateur de l'œuvre plutôt que créateur associé, est le signe des grands vilains de l'histoire… ou des simples égarés.
Bien sûr, Tolkien était un catholique convaincu, qui a d'ailleurs converti son ami CS Lewis avant de se friter avec lui pour des divergences esthétiques (Lewis a écrit des allégories religieuses, et Tolkien méprisait l'allégorie)… enfin, aussi un peu parce que Tolkien et la femme de Lewis ne se supportaient pas, ce qui aide à transformer une dispute esthétique en rupture durable.

Bon, je m'écarte du sujet.

Bref. L'Homme, pour faire preuve de véritable originalité, devrait se substituer soit au divin, soit à l'univers (ce qui revient un peu au même). Et si on réfute l'existence du divin, y a-t-il encore une origine ? Et s'il y a une origine (le big bang, par exemple) sans divin, si l'origne n'est pas le résultat d'une volonté, il est donc impossible d'être original par la volonté : il faudrait à la fois être l'univers, et être dénué de volonté (sinon, on est Dieu…).

Où comment la controverse sur une conception esthétique ramène à la question de l'origine de l'univers…



Maintenant, si on décide de ne pas trop jouer avec les mots (dommage…) et que l'on pose « original = différent de la norme », on se retrouve sur les problèmes de définition de la norme, qui non seulement est mouvante, mais de plus est multiple ! À la rigueur, il suffit de deux personnes pour faire une norme.

Prenons une œuvre artistique. Disons qu'elle a au moins UN trait « original ». Si ce trait est a-normal, c'est à dire non conventionnel, ne correspondan à aucune norme, ce trait de l'œuvre peut-il être compris, ou même perçu ?

S'il est compris/perçu par certains, c'est sans doute que ce groupe de personnes y reconnaîtra une norme plus confidentielle mais que les membres du groupe partagent.



Pour ma part, je constate que bien souvent l'innovation artistique provient :
– du contrepoint d'une norme (on nie la norme en la supprimant, ou on crée une norme inverse) ;
– de la collusion de deux ou plusieurs normes jusqu'ici rarement associées.

Le tout pourra former une nouvelle norme esthétique. Si un musicien prend une norme A dans la musique occidentale et une norme B dans la musique orientale pour donner un ensemble AB, et que pour un groupe conséquent de personnes cet ensemble AB devient familier et difficilement dissociable (un peu comme l'acronyme sonar dont on connaît rarement la signification de départ), alors on assiste à la naissance de la norme AB.

Un peu comme ce qui se passe en linguistique, avec le processus de lexicalisation (sonar est un acronyme très fortement lexicalisé, car le processus qui a servi à le produire n'est plus perçu par le locuteur).



Alors quoi, l'originalité ne serait que l'utilisation d'une norme plus confidentielle, comprise par certains mais pas directement compréhensibles par le plus grand nombre ?

Si c'est le cas, on peut y voir un comportement élitiste, ou au contraire un certain dynamisme culturel : en mettant en avant des normes confidentielles, on popularise ces normes, qui deviendront des référents pour un plus grand nombre d'artistes, qui à leur tour chercheront des normes plus confidentielles pour fuire la norme trop répandue.

Bref, on n'invente rien, on ne crée rien (selon le sens premier de « création »), mais on compose et on modèle. On participe à un renouvellement constant, qui n'a pas de sens autre que sa propre dynamique de renouvellement des normes.

Fort heureusement, le nombre de normes disponibles est suffisamment vaste, et les combinaisons multiples suffisamment nombreuses, pour que ce processus de renouvellement n'implique pas un retour au point de départ.



Pour finir, j'ai un peu évacué la question de l'innovation fondamentale. On a déjà dit qu'elle relevait du divin, mais à un niveau moindre on peut imaginer qu'une personne (ou souvent un groupe de quelques personnes) ait une idée novatrice qui ne tienne pas à la combinaison ou à la perversion de normes existantes. Disons que c'est possible. Dans ce cas, on sera d'autant plus enclin à parler d'originalité.

MAIS : il faut que la nouvelle norme créée puisse être explicitée, pour ne pas rester complètement confidentielle. D'où l'activité importante des différents courants esthétiques qui se créent pour expliquer une nouvelle norme. Cf l'exemple classique des surréalistes.



Voilà, c'est tout pour aujourd'hui…
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