mpop a écrit :alban a écrit :...
Un quote fleuve pour citer vos dires
Je n'ai pas lu l'ouvrage d'Alban, mais j'en ai des idées reçues certainement, dûes à la démarche de l'auteur je pense (couverture, disponibilité partielle du livre en "cc", le libre (étant à la base une philosophie de création et de mise à disposition de ses créations) comme étant un support "vendeur"... et pour en parler mieux je vais le lire.
D'une certaine manière, ne pas rendre un livre distribuable entièrement sur le net (comme des extraits d'une chanson) alors qu'il sort en librairie, ne serait-ce pas reconnaitre le discours des maisons de disques qui disent que c'est à cause des échanges sur internet que leurs ventes se sont effondrées ?
Ca c'est pour la démarche sur le livre, mais ce sont peut-être des renonciations dûes au fait que le livre ait pu être publié...
-> mpop...
La démarche de quitter Jamendo a aussi été la somme de beaucoup d'autres choses :
-Le fait que des artistes "Sacem" soient présents sur la plate-forme en toute "impunité".
-Le fait que des artistes puissent annoncer leurs concerts sans avoir déposé des albums sur le site (avec entre autres, beaucoup d'artistes Sacem qui annoncent leurs événements...)
-Les publicités pour des annonceurs qui ont fait du lobbying contre la "philosophie" du libre (le partage, vous savez, cette chose qui nous est chère ici, comme ailleurs, mais qui se fait récupérer dès qu'il y a moyen de se faire du pognon...).
-Les effets d'annonce pour calmer les débats sur le "modèle économique de jamendo", genre "se sera fait, vous inquiétez pas, on y réfléchit jour et nuit, on ne dort jamais, même dans l'avion qui part à San Francisco..."
-Les réponses pitoyables des admin dans les débats qui ont suivi la présence de essefaire dans les pages artistes...
-Les jugements négatifs de la part d'un admin "ne trouvez-vous pas cette image pitoyable ?" dans le titre d'un sujet censé "alimenter le débat...".
Bref, ce petit compte-rendu pour dire que les artistes qui ont quitté Jamendo, ou ceux qui s'apprêtent à le faire ou s'en éloignent aujourd'hui (rayer la mention inutile), ne le font pas seulement parce qu'ils ne sont pas d'accord avec les pubs sur Jamendo, mais sur l'état d'esprit du site, et celui de ses "animateurs-modérateurs-admin"... Et je pense être assez bien placé pour en faire ce petit compte-rendu, étant moi-même un de ceux qui a quitté cette plate-forme après y avoir consacré beaucoup de temps, de critiques, de posts, de débats, d'idées... pour me rendre compte in fine que la seule préoccupation de ses géniteurs était de "vendre" le concept ailleurs, de montrer qu'ils pouvaient créer une communauté et du contenu avec peu d'investissement initial. Bref, un excellent produit.
->Alban...
Maintenant sur la réponse d'Alban, sur sa conception d'artiste-produit...
Quand un artiste veut vendre sa musique il ne devient pas un produit mais plutôt un agriculteur qui a un travail vivrier. Je m'explique.
Les oeuvres se cultivent sur des terres qui ne sont pas vierges, qui ne sont pas à "l'état naturel", mais sur des terres cultivées par d'autres personnes avant elle. Aussi une oeuvre n'existe pas à un moment défini, elle existe parce que toute la chaîne de son existence a existé, s'approprier cette oeuvre et s'en approprier la jouissance exclusive est une tromperie. Aucun artiste ne crée exclusivement à partir de SON apport, il s'inspire irrémédiablement de ses aînés, la propriété est ici illusoire, voire même spolie les autres artistes de leurs droits d'auteurs (si on pousse loin la réflexion).
Un artiste ne crée pas un produit mais une oeuvre, et par là, je pense que la différenciation est importante. Quand un artiste devient un produit, il n'est plus un artiste, il perd sa dénomination d'artiste car les relations qu'il entretient avec son public ne sont plus directe mais séparées par des stratégies marketing, des publicités comportamentales basées sur des études psychologique menant à la réactivité d'un porte-monnaie... euh con-sommateur... et non de citoyens.
C'est peut-être cela la grosse différence entre le "libre" et "le reste", le fait que ce soient des citoyens qui créent, ou des consommateurs qui achètent.
Voilà... ah si autre chose... l'étudiant en histoire que j'étais te dira certainement que c'est une illusion de croire qu'une "création" soit purement "pragmatique", "détachée de considérations politiques", "équilibrée", "une troisième voie"... bref j'en passe, il te dira certainement que toute chose trouve sa genèse dans les inspirations, la vie, les démarches, les relations d'un auteur et la place que ces choses là prennent dans l'oeuvre, il te dira certainement enfin, que le recul sur ses propres créations est essentiel, les replacer dans leur contexte de son propre cheminement intellectuel, ainsi que celui de son "univers" tout autant.
Tout cela me rappelle un peu la "discussion" entre G.Champeau et Mano Solo l'autre fois, un combat d'idées reçues, de jugements à l'emporte-pièce, et pas beaucoup de fond dans une forme qui elle touche LE fond.