Je ne suis pas du tout en faveur d’une culture officielle. Je ne pense pas que ce soit le rôle de l’État ou des collectivités locales de déterminer ce qui est beau ou vrai. Cette banalité étant précisée, cela amène cependant quelques interrogations sur les limites d’un tel relativisme. Si ce n’est pas l’État ou les collectivités locales qui apprécient alors ce sera le Marché ou bien tel ou tel groupe de pression ayant suffisamment de relais dans l’opinion pour affirmer et financer sa version du beau et du vrai. Si tout le monde finalement se met à brandir et à disputer à son voisin sa version du beau et du vrai alors rien ne l’est plus vraiment mais c’est surtout celui qui dispose de plus de moyens qui impose sa vision. C’est d’ailleurs ce à quoi on assiste aujourd’hui, l’art - patrimoine compris - étant mis au même niveau que n’importe quel bien de consommation (culturel) de masse. C’est l’éternel dilemme entre culture de masse ou culture populaire.
alors faut arrêter avec sarko et le libéralisme hein !
Si la France était les States et si Sarko avait été élu au début des années 80, il aurait volontiers impulsé une dérégulation généralisée à la Reagan ou Thatcher. Seulement ce n’est plus visiblement ni le moment ni l’endroit.
Le conseil national de la création de Sarko présidé par un ex-mao est encore une énorme connerie. Je suis assez d’accord pour dire que la puissance publique ne devrait pas subventionner la création. Ceci étant, je pense que la phrase clé dans le discours de Sarko est celle-là :
je veux que la culture soit notre réponse à la crise économique mondiale
On voit bien ici ce qui motive la décision publique. Le but est moins de forger une culture officielle pour un despote éclairé - ce dernier adjectif ne convenant guère à Sarko d’ailleurs - mais de servir l’
économie. Et ça c’est profondément
libéral. La culture n’est vue par le politique que dans un but strictement utilitaire : assurer un développement économique et/ou s’assurer d’un prestige, d’un contrôle et d’une plus-value en terme d’image qui procureront retours sur investissements.
Comme je l’ai déjà souligné dans un post précédent sur ce fil, il y a bien une politique culturelle américaine. Elle est dotée de moyens financiers considérables même si ceux-ci interviennent de manière plus ou moins directe. Il est absolument faux de prétendre que le
libéralisme réel refuse l’intervention publique. On le voit bien aujourd’hui dans le domaine économique et y compris et en particulier aux States ou au Royaume-Uni qui sont censés être le summum du libéralisme. Dès que le libéralisme économique est en danger - par ce que contrairement à ce que les libéraux affirment, le Marché ne s’autorégule pas - l’État libéral intervient pour le soutenir.
L’État, dans le système libéral actuel, est constamment amené à intervenir pour laisser-faire. Les politiciens de droite ou de gauche ne font que des ajustements techniques afin de permettre au Marché de pouvoir s’accroître. C’est ça précisément le libéralisme aujourd’hui - je ne parle pas là du libéralisme théorique.
Il faut bien comprendre que la culture américaine est aujourd’hui hégémonique. Elle nous inonde de ce qu’elle offre de pire comme de meilleur. Elle n’a pas besoin d’être soutenue directement par l’État par ce que, pour tout un ensemble de raisons, les USA sont aujourd’hui la seule puissance dominante de la planète. L’État français et ses variantes locales essaient désespérément par leurs interventionnisme de restaurer une hégémonie culturelle perdue depuis peut-être deux siècles.