dana a écrit :c'est un monde dans lequel l'inégalité est la règle par principe, qui s'organise en privilégiant la concurrence la plus extrême, où l'idée de justice sociale n'a aucun sens - chaque artiste dans le modèle de Menger pouvant être considéré comme une entreprise à lui tout seul etc.. D'où, toujours dans la vision de Menger, le fait que le monde de l'art préfigure la forme la plus radicale du néolibéralisme le plus extrême![]()
_sam a écrit :c'est ce qu'on appelle le gré à gré donc.
Alors que le coiffeur, il paie un forfait une fois pour l'année à la SACEM, qui répartit ensuite les droits auprès des auteurs en fonction d'une estimation (contestable, mais quelle estimation ne l'est pas ?) du nombre de leurs diffusions. Pas de gré à gré. Chaque diffusion a un prix fixé en fonction du lieu, du support, de l'audience supposée... indépendamment de l'identité de l'auteur. Il n'y a donc pas d'inégalité de traitement entre les auteurs (sur cet aspect-là des choses du moins). Une diffusion à telle heure sur tel media rapporte la même chose à Obispo ou à Tartempion. A tout prendre, le système collectif de la SACEM, tout bureaucratique, archaïque, obtus, injuste, voire ubuesque qu'il soit, est donc moins ultralibéral que le gré à gré individuel. Si on veut dépasser le système de la SACEM, autant ne pas revenir en arrière, parce que si quand on avance on recule...
Moi, les tarifs fixés par la SACEM pour les salons de coiffure ne me semblent pas si prohibitifs, sachant que le salon de coiffure peut toujours économiser en ne diffusant pas de musique du tout, ce qui, putain de nom de dieu de bordel de merde, serait vraiment souhaitable, parce que quand je vais me faire couper les tifs, je n'ai pas envie de subir de la musique de merde, d'autant plus que je n'ai vraiment pas les mêmes goûts que mon capilliculteur.
Au fait, c'est combien, un forfait SACEM, pour un cabinet de psychanalyste ? Quoi, les psychanalystes ne passent pas Foune Radio pendant les séances ?
Sur la question de la pauvreté en général et de la pauvreté des artistes en particulier, je suis d'accord avec le point de vue de Dana : les artistes sont des pauvres comme les autres, et la question de la pauvreté mérite d'être traitée globalement (j'ai envie de dire : collectivement, et surtout pas individuellement), par exemple par un revenu minimal universel.
Il est bien certain aussi que les ménages appauvris par la crise (et précarisés par les politiques ultralibérales qui détruisent depuis 30 ans le Wellfare State, les services publics et les liens collectifs) n'ont plus l'envie ni la capacité de payer pour l'art.
Mais, à l'heure où chaque pauvre court après de quoi subsister, n'est-il pas un peu gonflé de demander aux auteurs dont la musique est commercialisée, mais qui sont néanmoins des pauvres comme les autres, d'être les seuls à renoncer à tout moyen de subsistance ? Un peu comme si, en tant de crise, on demandait aux psychanalystes de renoncer à leurs honoraires sous prétexte que les patients n'ont plus les moyens, que l'analyse, après tout, est un luxe bourgeois, qu'on peut facilement trouver des consultations gratuites de coachs psychomachinchose sur des sites internet financés par la pub, et que donc plus personne n'est prêt à payer pour une vraie analyse.