taro a écrit :
Il n'y a pas d'histoire de rémunération. JAMAIS ! Cool
Ceux qui utlisent la clause NC dans l'idée de se faire rémunérer (en levant la clause) font une usage ABUSIF des licences libres.
Oui... mais non.
Tumulte, Decay, Aisyk... affirment qu'une majorité d'utilisateurs utilisent au contraire la clause NC — en dépit de ce qu'elle signifie littéralement — comme moyen de négociation.
Taro, tu prends au contraire NC au pied de la lettre.
Mais en fait vous êtes d'accord sur une chose : vous trouvez que c'est "mal" de monnayer une levée de clause NC. Que le "mal" réside dans la clause elle-même ou dans l'abus qui en serait fait.
Vous raisonnez donc en terme de valeur morale absolue. Et, à mon avis, c'est faire complètement fausse route.
La vraie question qui devrait se poser, c'est, en partant du monde tel qu'il est (capitaliste), comment fait-on pour faire vivre, grossir, et perdurer un champ d'activités culturelles libéré du marché.
Lorsque je dis que les mots ont un sens et que les termes "non" et "commercial" n'ont pas besoin d'exégèse, je ne dis pas que je prétends que les utilisateurs de la clause NC ne lèvent jamais cette clause contre rémunération. Et je ne dis pas non plus que le faire, c'est "mal", même si moi, personnellement, je ne le fais pas.
Je dis que lorsqu'un auteur permet la libre diffusion non-commerciale de ses oeuvres, il participe objectivement à la création d'un champ d'activités culturelles hors marché, ce qui, dans un monde universellement asservi au Capital, est déjà un pas considérable, quelles que soient les motivations subjectives des auteurs (peu importe qu'ils aient des arrière-pensées, ou des intentions peu avouables, que nul ici n'ira sérieusement mettre en statistiques significatives).
Je dis aussi que pour que cet espace ne soit pas vérolé par le marché et ne devienne pas objectivement un outil antisocial, il faut que la musique qui est mise en partage ne puisse être mise sur le marché dans des conditions antisociales. Interdire absolument aux auteurs sous NC, par je ne sais quel additif aux licences, de lever à tout jamais leur clause serait tout aussi antisocial (je répète d'ailleurs pour la énième fois que le problème est rigoureusement le même pour la clause SA ou son équivalent dans la LAL).
Le seul moyen de sortir de cet écueil, d'éviter définitivement que la question du revenu des auteurs ne vienne polluer à tout bout de champ la libre diffusion, c'est de faire en sorte que des auteurs, en nombre significatif, puissent adhérer volontairement à un organisme qui impose des règles collectives et se pose en force de négociation pour toute mise sur le marché des oeuvres par ailleurs en libre diffusion.
Il ne s'agit pas d'extraire des oeuvres du marché et de leur interdire à tout jamais d'y retourner. Une même oeuvre pourra être en même temps une marchandise utilisée commercialement sur le marché dans des conditions de revenu décentes pour l'auteur et être hors marché une oeuvre libre dont les mélomanes pourront jouir à leur guise...
Bien sûr, tout le monde n'adhérera pas à un tel système, et certains souhaiteront rester en gestion individuelle. Grand bien leur fasse. Je pense qu'une fois le système que je viens de décrire consolidé, les acharnés de la gestion individuelle seront en nombre résiduel, et n'auront plus grande capacité de nuisance sur le marché. Quant à moi qui aimerais dans l'idéal conserver la possibilité de refuser les utilisations commerciales, je crois que je serais prêt à y renoncer pragmatiquement si c'était pour participer à la pérennité d'un tel système. Je suis d'ailleurs bien persuadé que les marchands qui ont pu me solliciter jusqu'ici ne l'ont fait que parce qu'ils considéraient que c'était "libre" donc gratos ou à bas prix, et qu'ils ne verraient plus aucun intérêt à ma musique si celle-ci était disponible à la tarification SACEM. Il n'y a d'ailleurs pas de secret : la thune ne tombe pas comme ça du ciel ; celui qui ambitionne de vivre de sa musique en tant qu'auteur, a intérêt à se trouver un bon éditeur, et à produire des trucs qui correspondent aux attentes du marché.
Donc :
shangril a écrit :Une licence NC avec clause NC pas levable y compris par la/les personne(s) qui sont à l'origine de l'œuvre...
Non, pas besoin d'inventer une clause NC pas levable. Il suffit d'un organisme qui ne permette cette levée que dans des conditions fixées collectivement par les adhérents, dans un rapport de force favorable sur le marché. Deux solutions pour en arriver là : la création d'un syndicat ou d'une nouvelle SPRD, ou une évolution de la SACEM. Je ne crois pas vraiment à la première, au vu de la réalité des forces en présence (si on crée un zinzin à trois pelés, ça ne fonctionnera pas), mais j'ai cru en la deuxième, voyant dans l'asso Musique Libre un collectif qui, fort de sa légitimité historique, aurait pu agir inlassablement en ce sens auprès de la SACEM. Mais je me suis trompé : la nouvelle équipe, pas plus que l'ancienne, ne semble prête à s'engager sur cette voie, pour les raisons idéologiques que j'ai exposées plus haut. J'aimerais donc que naisse une nouvelle force résolue à oeuvrer. Je serais prêt à m'y investir, mais je ne me fais pas trop d'illusion. Sinon... ben je pense que ce sera tout simplement la fin à la fois du libre et du droit d'auteur fort... à moins que la SACEM ne se mette à évoluer d'elle-même, ce qui ne me semble pas si improbable que cela.
shangril a écrit :Il y a quand même un gros problème, je trouve, dans les débats de ces derniers jour... Il réside dans le fait que ce qui est reproché au gens qui abuseraient du libre grâce à cette clause.... Ahem... C'est d'avoir l'intention d'un jour, lever la clause NC pour gagner de l'argent...
Je crois qu'on peut difficilement reprocher à quelqu'un d'avoir l'intention de faire quelque chose... Je veux dire, si on devait juger les gens pour ce qu'ils aimeraient bien pouvoir faire, on a pas fini.
Exactement. Mais lorsqu'on raisonne sur des valeurs morales absolues, qui ont le défaut de ne jamais se plier vraiment au réel, on en vient toujours à chercher des coupables. Et donc on se situe sur le terrain des procès d'intention. Ce qui est parfaitement stérile.
Tumulte a écrit :Pour la énième fois, je vous amène à constater qu'on critique la NC des CC et jamais celle de la C-réaction... pourquoi? Tout simplement parce que ça n'est pas la même!
La C-réaction, combien de divisions ?
Si des millions de personnes utilisaient cette non-licence (sic), tu irais tout aussi bien recueillir des témoignages individuels d'utilisateurs qui ont le mauvais goût d'utiliser la clause NC comme levier de négociation.
A noter que ceux qui procèdent ainsi en gestion individuelle n'ont strictement aucune chance de monnayer la levée de leur clause (NC, SA, LAL, C-réaction...) dans des conditions décentes pour eux-mêmes et pour la collectivité. Ce sont juste de dangereux pigeons tout juste bons à finir chez Jamendo Pro. Il n'y a d'ailleurs pas à leur reprocher. Avant que la SACEM ne commence à envisager la compatibilité avec les CC, les auteurs ayant recours à la libre diffusion (pour de bonnes comme pour de mauvaises raisons), et n'ayant pas encore obtenu de diffusions commerciales déclarées étaient condamnés à rester en gestion individuelle.
Mais le problème ne vient pas de la clause, quelle qu'elle soit : il vient de la liberté qu'a l'auteur de faire n'importe quoi, dès lors qu'il n'est pas membre d'un collectif structurant. Tant que vous resterez figés dans une conception du monde non-dialectique, et que vous ferez de la Liberté individuelle un absolu, de la liberté de choix la mère de toutes les batailles, vous serez condamnés à phosphorer sur les comportements individuels, les intentions subjectives, et à faire l'exégèse jamais satisfaisante de textes juridiques qui ont le vilain défaut de ne pas cadrer explictement toutes les intentions particulières, d'autant plus lorsque celles-ci ne restent que des voeux pieux (comme l'intention de se faire des couilles en or, par exemple).
DECAY a écrit :Tel qu'expliquer par toi et Glue, les licences libre ne serviraient qu'aux échanges sur internet. En ce qui me concerne c'est un problème, car il ne s'agit pas de faire passer des usages issues de l'internet vers le monde réel (liberté de circulation de l'information, etc...). Mais de dissocier les deux.
Autre chose : il s'agit pour toi de recréer une économie globale, avec rassemblement d'artistes professionnelles et tout le toutim... Encore une fois je ne voit pas le but de cette économie et de ce syndicat hormis la rémunération économique (ce qui n'est pas notre bout premier à tous ici me semble-t-il).
Je n'ai jamais dit que les licences libres ne servaient qu'aux échanges sur le net (encore que ce soit, dans les faits, quasiment le cas). La libre diffusion, pour le public, c'est aussi la possibilité de copier la musique sur différents supports, c'est aussi potentiellement, avec des initiatives comme sourceml (qui aurait dû être au coeur même de l'activité de MLO), la mise à disposition des sources à des fins d'étude, d'apprentissage, de jeu, et de réutilisation... pas forcément uniquement sur internet !
Je suis le premier à dire que mon activité musicale n'est pas motivée par la question de la rémunération, et que je veux justement faire naître un champ d'activités culturelles qui échappe au marché. Mais bon sang, ne soyons pas benêts : le marché est toujours là, et ce n'est pas en ignorant l'économie qu'on sera débarrassés des contraintes économiques. Il faut précisément avoir pu domestiquer ces contraintes pour ne plus en être les esclaves, et pour que notre terrain de jeu devienne vraiment autonome.
DECAY a écrit :hé hé les libristes pourraient te répondre qu'ils ne veulent plus de gens syndiqué....
C'est quoi l'idée ? La critique libertaire des bureaucraties syndicales ? Tu n'imagines même pas à quel point ça me gave, ce genre de conneries. C'est un vieil anar qui te le dit. Je vais te dire un truc : en plein coup d'Etat financier, à l'heure où le berceau de la démocratie est ramené au Moyen-Age, moi, tout anar que je sois, je me range du côté des syndicats, mêmes les plus staliniens, même les plus bureaucratiques, je me range du côté de l'Etat social, même le plus centralisateur, je me range du côté des partis politiques de gauche, même les plus électoralistes... contre la domination de l'individualisme néolibéral.
Si les libristes ne veulent pas de gens syndiqués, ben moi je ne veux pas des libristes.
Votez Mélenchon.