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Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 16:16
par dogbreath
Mankind_concept a écrit : Je suis gêné par une pure vision marketing mais également par l'intégrisme libre.
En lisant cette phrase, j'avais pensé que tu ne distinguais que deux choix possibles. Tant mieux si je me suis trompé.

Par contre je ne pense pas qu'on soit obligé, comme tu le proposes, d'intégrer des données politiques existantes (de marché ou autre d'ailleur) pour imaginer une autre voie.
D'accord, le système dans lequel nous évoluons actuellement entrave la libre distribution. Mais comme l'a dit ChristopheE, le travail effectué aujourd'hui est destiné à préparer un avenir qu'on voudrait plus pluraliste.
Relis son post, il explique que ''l'idée d'utiliser le "systeme" pour développer le libre est une erreur''.

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 17:21
par ChristopheE
Alban,
Tu ecris:
Donc pour moi, vous n'êtes pas des représentants des licences libres que vous croyez défendre,
ces dernières autorisant "l'utilisation commerciale " par l'auteur, et par des tiers si accord de l'auteur.

Effectivement nous ne sommes pas les représentants des licences libre utilisées afin d'enrichir un contenu culturel négociable et controlé par l'industrie au détriment du public et des artistes.
Nous faisons la promotion des licences libres utilisées aussi bien dans des relation commerciales que désintéressées par des artistes responsables, citoyens, qui n'ont pas envie de se contenter des " miettes" que proposent à ce jour les réseaux de distribution, qu'ils soient industriels ou pseudo-communautaires comme je l'ai déja indiqué.
Et c'est bien là que nous divergeons.
Nous n'avons aucune prétention à "représenter" le libre dans la pluralité, d'ailleurs nous ne représentons à ma connaissance que les membres de l'association musique libre, dans le cadre stric des objets de l'association que je t'invite à consulter dans la faq, et des projets que nous mettons en oeuvre.
Pour ma part je ne m'exprime pas ici "au nom" de l'association, mais à titre perso.

Tu commentes:
Ok, super. Bon appétit, et surtout, bienvenu aux resto du coeur.

Bon, déja j'ai un profond respect pour les bénévoles qui depuis des années participent à cette oeuvre et envers son fondateur.
En suite tu sors du contexte de mon post une phrase qui seulle ne veut pas forcément dire grand chose.

Mais cela au moins montre une certaine forme de mépris pour ce que nous entreprenons depuis 2001 (on n'a pas attendu le résultats des études menées par trucmuche R&D ou autres organismes plus ou moins clairs de veille technologique pour comprendre ce que
certains commence tout juste à défricher), et en plus cela met en evidence le fait que tu ne croies pas vraiment que d'autres voies plus éthiques et juste dans la chaine de création artistique sont possibles.

En fait tout doit venir instantanément sur le seul fait de développements technologiques et de la communication faite autour.(plus ou moins contestables d'ailleurs dans leur valeur technologique réelle).
C'est ton point de vue, je le respecte, mais je ne peux souscrire à cette techno-utopie qui ne prend pas en compte l'evolution du public, des usages, de la fracture numérique, du fait que la culture industrielle ne répond pas à tous les segments d'attente tant au niveau des artistes que celui du public et ne peut y répondre structurellement.( la preuve c'est que la communauté qui fait vivre ce site existe bien réellement, commes d'autres dans le même esprit d'ailleurs).
Cette évolution ne se fait jamais à la même vitesse que les mutation technologiques et prend du temps n'en déplaise aux investisseurs.
Maintenant et pour terminer avec ce débat qui n'en est pas un effectivement:
Ce que "vend" nombre d'initiatives autour du libre (et en général sur le net) c'est l'idée qu'un artiste inconnu puisse par le biais de l'internet des djeunss se faire remarquer
par une major et devenir un "professionel" intégré dans la grande famille de l'industrie.

Enormément de sites vendent ce "rêve" aux artistes (sous forme de success stories), dans une démarche similaire à certaines émissions de "tv crochet" qui se passent par exemple dans un chateau.

Ce "rêve" est un mensonge éhonté, et certains sont entrain de construire une valeur économique sur ce mensonge.
Que l'on soit Sacem ou Libre, par les circuits traditionnels ou alternatifs, il en résulte historiquement que pour 400 000 prétendant, seuls 2 ou 3 accèderont à ce status par génération ( et je le souhaite à chacun des prétendants, ce n'est pas un jugement que je porte mais un constat).
Sur 60 000 adhérent à la société de gestion collective des drois de diffusion la plus ancienne, seuls 5% sont rémunérés à plus de 1000 € par mois.
Et dans ces 5 % on ne connait pas la répartition Artistes / Sociétés d'editions-intermédiaires. (mes chiffres ont à modérer je les cite de tête donc ça peut
varier un peu).
Alors cessons déja de "vendre" ce pseudo rêve à deux balles pour générer des profits indirect aux intermédiaires commerciaux, qui je le répete n'ont aucun intérêt pour les oeuvres ou les artistes, juste l'intérêt de faire tourner leur structure.
Et ce n'est pas rendre service aux artistes que de leur faire croire qu'un système, quel qu'il soit puisse miraculeusement leur permettre de bouffer et de payer leur loyer parce qu'il ont mis leur contenu en vente sur internet, c'est un mensonge.

Bonne zike :)

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 18:00
par collegue
Alors cessons déja de "vendre" ce pseudo rêve à deux balles pour générer des profits indirect aux intermédiaires commerciaux, qui je le répete n'ont aucun intérêt pour les oeuvres ou les artistes, juste l'intérêt de faire tourner leur structure.
je m' associe à ce point de vue.....

la bulle internet c fini..il y a un seul youtube tous les 30 ans...
on ne se comprends pas à cause d' un probléme de place...... les artistes et en face /les financiers ( financeur/entrepreneur/capitaliste/baron de l' industrie du spectacle = choisir le terme qui vous convient...).
Le but d' un" artiste" ( terme generaliste) n' est pas forcement de faire de l' argent, de gagner sa vie, d' engranger des benefices, de vivre de sa passion ( comme elle est belle cette phrase)... meme si c' est et restera malheureusement un élément important de sa vie entiere ( a l' instar d' un boucher, plombier), juste de Façon alimentaire: nourrir, se nourrir.

Internet n' est pas une finalité pour moi.... ni un moyen de faire de la thune . Alban y voit un outil de dematerialisation du" produit", d' un contenu valorisant amenant au bénéfice....
il y a des courants sur le net...JE situerais alban dans la famille des ratiatums jamendo et bnflower. Sans dénigrer ses sites et projets, il suffit d' aller les visiter pour voir leur tendance, leur positionnement....
Loin de l' esprit d' ici... et d' ailleur.
meme si ici ce n' est LE SITE DEPOSITAIRE DU DOGME DE LA ZIQUE LIBRE ( comme frama ne l' est pas pour le logiciel libre ou le libre comme certains le voudrait)

Alors question ? A qui en vouloir??
Aux editeurs/redacteurs des sites, qui suivent leur ligne editorial ( comme jamendo qui ne s' est jamais caché d' etre une star up a but lucratif se servant de la zique comme contenu appelant...) ou aux utilisateurs (jj' use de ce terme volontairement) qui à un moment s' etonne de " découvrir " cette ligne editoriale ???

La ou je pense que l' est tous ok :
*pas besoin de represantant d' une pensée unique.
*heureusement que le mouvement du libre est parcourru de plusieurs point de vue / tendances / projets, c' est ce qui fera sa richesse .
* a chacun de se positionner clairement..... pour ma part : je ne suis pas sur jamendo ( et n' y serais jamais), j' ai quitter bnflower et prefere d' autre site d' info que ratiatum....
je me sens bien sur dogmazic ( mais j' etais mieux sur ml.org) , mais mon site s' appele collectif revolution sound records.
et tous ceci c pas du hazard: tout à un sens.
l' interet du livre d' alban?
peut etre de dire en fait: il n' y a pas "une musique libre", mais "DES musiques libres"?.

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 18:01
par alban
@ChristopheE

tu dis, je cite:
"Nous n'avons aucune prétention à "représenter" le libre dans la pluralité, d'ailleurs nous ne représentons à ma connaissance que les membres de l'association musique libre, dans le cadre stric des objets de l'association que je t'invite à consulter dans la faq, et des projets que nous mettons en oeuvre"

Ok, vu sur ton site, ici : http://www.christophe-e.net/liens.html

"Musique libre: association (dont je fais partie) qui représente le mouvement du libre."


Ca c'est pour la petite histoire. Ce qui m'intéresse plus dans ton post, c'est bien sûr la dernière partie de ton message, qui est argumentée, et chiffrée, expliquant qu'effectivement, peu d'artistes actuellement arrivent à percer directement via internet de manière démocratique. Je partage ta vision (tu vois:) on est pas si différent ! Et l'objet du livre est d'essayer (ça relève peut-être du rêve, seul les prochaines années nous le diront, rdv en 2010, cf prologue du livre) de trouver des moyens pour accélerer ce développement.

Voilà, je suis sensible aux arguments que tu avances sur l'argent tiré de la sacem, et ton scepticisme sur le pouvoir des "djeuns" à faire émerger le talent, ce sont effectivement de vraies questions! j'essaie d'y apporter des solutions avec mes outils, vous avec les votres, et voilà, au final, on est pas si différent, nous empruntons peut-être des chemins différents, mais ce n'est pas pour cela qu'on doit s'opposer, non? en tout cas, moi j'aime bien ce que vous faites, j'ai adoré la compil no-DADVSI, et voilà, je fais la promo de votre site régulièrement (cité aussi dans l'Âge de Peer au passage), tout en gardant mon esprit critique, mais c'est tout. Après, je vais bien sûr tenir compte de vos réserves sur mes propositions, au regard de cette éclairage. Donc merci à vous pour ces nouveaux éléments.

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 18:21
par mpop
Ben voilà, je trouve que ce « débat » prend une tournure intéressante. Débat, ou tout simplement exposition d'idées et de points de vue.

Pour ma part, même si je partage le scepticisme de ChristopheE sur la capacité du web à modifier fondamentalement les comportements de consommation musicale (il faut bien dire ce qui est !), je ne condamnerais pas pour autant les démarches qui visent, pour les artistes « libres » qui le souhaitent, un rapprochement avec, pourquoi pas, les principaux acteurs du marché de la musique.

Mais je suis un vendu madeliniste, donc c'est pas très étonnant de ma part. :)

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 18:36
par bituur
houla... c'est vivant cet endroit... pas là trois jours (à paris pour intervenir devant la commission MADoo du cspla - infos-zici ) et voilà.. c'était calme, et ça flingue à tout va... "règlement de comptes à dogma corral", :twisted: eh eh !!..

- alban, bienvenue sur le site, jeune et fringante "âme errante" :P !!

bon, alors, discutons !!

et commençons par rire un peu : [quote dogbreath : "Si je dépose ma colère ici, plutôt que sur une plate forme où figure le livre de Mr Martin, c'est parce que ici, les déclarations d'intentions n'ont jamais changé."]
l'ironie étant : si dogmazic n'avait pas encore parlé de l'âge de peer, c'est en grande partie de ma faute, j'ai un billet sur le feu depuis... quelques jours (hmm) ; et comme je suis en ce moment un peu ralenti/moins opérationnel/occupé à côté etc.. pas encore fini... à quoi ça tient parfois, la réputation d'incorruptibilité...


- juste pour l'instant quelques points rapides :

- il y a pour moi dans la démarche d'alban, comme par exemple de sylvie krstulovic, ou aussi de philippe astor, ou d'autres, plusieurs points très clairs :
ils ne font pas partie directement de la "communauté du libre", sont plutôt des observateurs (astor, comme journaliste) / acteurs (alban et sylvie, comme "économistes/commerciaux" - quel mot plus précis ? alban ?).

observant, donc, ils constatent comme tout le monde que l'industrie du disque est "à la rue", pour le dire simplement et sans nuance. ils constatent qu'il suffirait d'un peu de curiosité et d'esprit d'ouverture pour imaginer des solutions tenant compte des bouleversements du numérique.

ils proposent ou passent en revue nombre des solutions, idées, analyses qui se font jour pour profiter de cette révolution numérique, au lieu de bâtir un mur voué à disparaître aussi sûrement qu'un "barrage contre le pacifique"

- cela étant dit, il n'est pas sûr qu'ils soient à ranger dans le camp des cyniques et méchants esclavagistes 2.0.. je serais plus réservé là-dessus. :twisted:
d'abord parce que le commerce en soi n'est pas le mal. le monde du libre, les clauses des différentes licences est très clair sur ce point, est justement tellement libre qu'on est libre de commercer ! dingue, hein ?
or l'opposition n'est pas entre gratuit et payant, entre commerce ultra-libéral et rêve de la gratuité, comme veulent le faire croire à tout prix ceux qui veulent se réserver la posture "raisonnable" du réalisme, "il faut bien vivre", "le commerce ce n'est pas le mal", "avec votre rêve politique de liberté, vous allez crever de faim", etc... ce qui donne, si on décripte cette propagande bidon : "les artistes doivent manger = laissez-nous accumuler nos ROE de 15%" : là c'est du cynisme, genre "la souplesse du contrat" à la rddv (mais il n'est qu'un sous fifre, un wanabee - rupert murdoch, voilà du sérieux )..

- mais les conditions économiques actuelles, la manière dont fonctionne la machine, n'est pas forcément favorable à l'émergence d'une économie du libre.
remarquons à ce point qu'une bonne part d'ambiguïté tient dans ce mot "profiter" : qui va profiter, quel est le profit envisagé ou recherché ?
l'industrie, c'est clair, veut profiter seule (n'accordant de strapontin qu'à ceux qui acceptent son rôle dominant), et profiter financièrement.
nombre de musiciens, nombre d'auditeurs/consommateurs/mélomanes et nombres d'internautes, se sachant à des titres divers "libres enfants du numérique", entendent profiter eux aussi, mais tout différemment : pas seuls, et pas seulement financièrement.
d'où la violence du débat dès qu'il s'agit d'économie, de revenus, car la question forcément sous-jacente est-celle de la distribution, de la répartition des revenus ; et car dans le libre les motivations là-dessus sont fort différentes.


- notamment, je crois que tout le "soufflé" du web 2.0 est marqué par cette ambiguïté fondamentale : il se présente comme "génération web", cool attitude, et surfe sur les "valeurs" de partage, communication, interactivité, etc.. mais pour s'en servir uniquement dans des buts de rentabilité et de profit. nulle ambition vraie de partage ou de constitution / extension des biens communs, de la culture, qui est au centre des motivations de bien des acteurs du libre.

une très grande part de ces "innovations" commerciales ou nouvelles techniques du web 2.0 ne s'écarte de l'appropriation pure et simple que par la grâce de contraintes légales intangibles :
il n'y a qu'à lire les "terms of use" de myspace ou youtube : en déposant vos oeuvres ou vos fichiers sur ces sites, vous concédez à l'opérateur du site (rupert murdoch pour myspace, google pour youtube) toute latitude pour utiliser de toute manière y compris commerciale ces fichiers, en renonçant à toute rémunération pour toute utilisation qui en serait faite, sans aucun droit de regard sur ces utilisations. deux limitations seulement (contraintes légales intangibles évoquées) : c'est non exclusif, et cela ne dure qu'aussi longtemps que vous laissez vos fichiers sur le site...


- alors oui, c'est sûr, il y loin du web2.0 au "libre"... et s'il y a tout un spectre de variations possible entre les deux, cela devrait empêcher peut-être de se laisser aller à des jugements trop tranchés, mais ça ne clarifie pas trop non plus...
mon post non plus, je pense, donc j'arrête là, et essairai d'aborder d'autres aspects plus tard.

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 18:46
par ChristopheE
(oops pas vu le post de bituur avant donc avec un peu de retard)
Oui, merci de le faire remarquer, j'ai pas mis à jour en remplaçant Musique-libre.org par Dogmazic, shame on me.
Faut aussi que je mette une autre accorche, du type: Dogmazic: Grands prêtres, gardiens incontestés de la culture libre , en toute modestie bien sur ;)

Par contre, précision:
"ton scepticisme sur le pouvoir des "djeuns" à faire émerger le talent"
Malentendu:
Je ne porte pas un jugement sur les "jeunes", et ne parle pas au niveau du talent.
J'explique que ce n'est pas parce que l'on met sa musique sur internet que l'on va automatiquement être signé par une major et que certains
modèles se basent sur le postulat inverse afin de recupérer du contenu négociable.

On a des visions différentes, mais collègue à raison, les musiques libres ont de multiples facettes.

Bonne zike:)

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 18:55
par suppr7455
Salut les gens.

D'abord, je salue Alban de participer à ce thread, mais je suis hyper déçu du niveau de ses réponses qui ne sont en aucun cas axées sur le fond de la question.
Alban, je n'ai pas lu ton livre, juste écouté un chapitre sur Jamendo, le chapitre sur la cocréation de valeur, et c'est largement suffisant pour mes oreilles.
Ce que j'ai entendu m'a paru trés dilué, peu clair, et redondant avec ce que je connais déjà du petit monde de la musique libre industrielle et des concepts économiques s'y rapportant.
Pour la petite histoire, j'ai été présent sur Jamendo pendant plus d'une année, confiant en ce nouveau courant qui devait "changer la donne". J'ai fini par quitter, hyper déçu par l'évolution du site, et surtout du discours -et des actes- de l'équipe, qui, la communauté grandissant sont devenu assez puants (t'es pas content dégage). Bref. Chacun sa route.

Alban, je ne citerai aucun passage de ton bouquin car d'une part, j'ai la flemme de trier et de recopier les trucs interessants et d'autre part je m'attends à ce qu'un diplomé HEC puisse tenir un argumentaire correct y compris en dehors d'un contexte précis extrait de son bouqin, ce que Christophe E fait à merveille. Je me contenterais donc de réagir avec mon petit niveau de bac de compta.

Pour faire rapide, ton bouquin me terrorise, ou tout du moins le chapitre que j'ai précisément écouté. Ce passage sur la "cocréation" de valeur me renvoie aux stratègies des grand groupes industrialo-financiers, ceux qui sont au-dessus des lois. Les vivendi, coca-cola, total, macdo et assimilés qui portent au dessus de tout autre concept celui de la valeur des choses.
Leur leitmotiv n'est pas la création de valeur, mais bien l'exploitation d'une valeur intrinseque et indépendante de l'existence meme de l'industrie et du marché. Et pour moi le débat de fond est ici : le web 2.0 social rating ne crée pas de valeur, il a juste pour ambition de devenir Calife, à la place du Calife (notament pour la musique : "renversons les majors"). Il n'y a pas création de valeur, au mieux il s'agit d'un simple transfert.

Ton bouquin, pour mon petit esprit etroit, fait, comme des tartinées entieres d'autres bouquin l'apologie de l'exploitation de la potentielle valeur économique de toute chose. Et je n'ai pas saisi du tout le réel interet du mot "cocréation", à part biensur un effet de propagande car ce mot sonne comme le "partage" que Jamendo vendait à ses début.
La seule valeur que ces boites (Jamendo, YouTube, Flickr et autres surfers web2.0), réussissent à créer, c'est celle de leur base de donnée, leur communauté de membre.
En pratique, il n'y a absolument aucune manifestation d'une quelconque "co-création" de valeur, mais bien au contraire, une structure pyramidale tout à fait classique, basée sur non pas le profit, mais, plus pervers, la maximisation du profit. Sans même parler des licences libres.

Voilà, ce sont ces idées là que je retrouve dans ce chapitre que j'ai écouté. L'idée d'un grand mensonge, d'une grande propagande terroriste ou l'on me dit "n'aie pas peur, on est pas des méchants, fait voir ce que tu fabriques et viens avec nous, on va t'aider", alors qu'en réalité, je ne suis qu'un support, qui leur servira à gravir la prochaine marche du panthéon de la gloire financière, jusqu'au rachat par Google pour quelques milliards de dollars.

Et ben oui, tout ça me terrorise, je fuis les grandes surfaces, le macdo et la télé, parce qu'ils me font peur, applatissant tout sur leur passage.
Plus c'est grand, plus c'est plat, uniforme. Et ca, pour moi, être humain dont la vie et la conscience résulte d'un équilibre ultra-précaire, ca me fait peur. Comme la mort.

Voilà, réaction un peu impulsive, sans recul, mais sincère.
A plus tard.
morgan.rtz

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 22 oct. 2006, 22:44
par Pola-k
Mon cher Alban
(je me permets d’écrire mon cher, parce que ce post finit par une demande en mariage, donc autant bien commencer…)
alban a écrit :Bonjour à vous,
Et bien, que de critiques sur le livre dans cet "échange"...mais c'est bizarre, aucune citation précise, aucune contre argumentation sur les éléments développés, pourtant, 220 pages, ça doit se trouver, non
Si tu crois que c'est drôle, toi, de réécrire 220 pages en commentant chacune !!!

Bon,allez, pour aujourd’hui, je vais juste commencer par le tout premier paragraphe du bouquin, hein, faut faire les choses dans l'ordre.
Et comme dans ce paragraphe tu évoques un concept repris dans une des toutes premières infos exemplaires qu'on trouve sur ton blog (19/10/2006 Gnarls Barkley demande conseil aux fans), ben ça fera d'une pierre deux coup. Après, j'irai lire tous les liens que tu mets gracieusement à notre disposition, et je m'attaquerai aux autres phrases. T'as de la patience ?

Donc : 1/ les toutes premières phrases de ton bouquin :

Je cite de mémoire hein… “vous êtes en 2010, le monde est magique, tout est gratuit, la flotte est fournie gracieusement par des entreprises maîtrisant un réseau de canalisations qu'elles font sponsoriser par d'autres entreprises qui se foutent pas mal de la valeur de l'eau, l’important c’est qu’il y ait le plus de buveurs possible pour admirer les logos claqués sur tous les tuyaux.…… et blablalbla”

Ben tu vois, déjà là, ça coince. Je sais paaas, c’est ptet mon côté romantique, mais je peux pas m’empécher de penser de penser que la flotte qui coule dans les tuyaux, ben c’est la mienne, et qu’elle porte une idéologie bien différente de celles des poseurs de stickers.

Mais bon, on va pas s’arrêtez à si peu, hein ? Après tout, faut bien vivre…

Quand même, déjà, le fait qu’il devienne primordial qu’il y ait soudain le plus de buveurs possibles m’inquiète. Surtout quand la distribution est assurée par des pros du marketing, animés eux-aussi par une flamme bien différente de la mienne…

Et effectivement, de premières ficelles marketing apparaissent juste après :
“Vous avez été impliqués, via la mailing list du groupe, dans le choix des titres qui seront joués, le prix des billets, le choix de l’artiste qui jouera en première partie.”
Plus loin, tu vas plus loin encore “vous allez au cinéma, vous choisissez la version du film que vous regardez, avec quels acteurs, etc…”
Et là, je fais le lien avec cet article dans ton blog où Gnarls Barkley demande conseil aux fans en ces termes : "If you could have your way, what would you want a new Gnarls Barkley album to be like? What direction would be cool for the sound, vibe, etc. to go in?"

Là, ce passage, il craint vraiment. C’est vrai, quoi, ce qui pourrait être pour moi être une formidable expérience artistique (je veux dire collaborer avec le public), n’est pour toi qu’une ficelle marketing pour avoir un max de public en face.

La star’ac en permanence, quoi.

Je t’explique en une image simple : “Rhôooo merde alors, si Matisse était toujours vivant, il aurait pu me faire un tableau assorti à mon papier-peint !!!”

T’as pigé ?

Cette formidable expérience artistique de partage avec le public, je veux bien là vivre, et quand je veux. Mais je ne veux pas qu’elle devienne une condition pour que je puisse m’exprimer.

Et surtout, je ne veux pas qu’un espace de collaboration auquel je participe (c’est exactement le cas d’une collaboation entre l’artiste et le public) soit perverti par la loi de l’offre et de la demande.

Moi je crois que quand l’art apporte plus de réponses qu’il ne pose de questions, c’est plus de l’art, c’est du divertissement. Je ne suis pas là pour divertir, j’ai quelquechose à dire.

Quand je montre quelquechose de moi, c’est important. Signifiant.
Si je fais un film, le choix des acteurs est signifiant.
Si je fais un concert, le choix des morceaux est signifiant.
Si je fais une image, la liberté de mon discours est essentielle.
Même si c’est fait en collaboration.
Dans tous les cas, c’est ce que j’ai dans les tripes, ce sont mes fesses que je montre.

Tu vois, dès le premier chapitre, ton âge de peer pose grâve le problème de la distinction nécessaire entre l’espace de création (qu’il soit collaboratif ou individuel), et la sphère de diffusion quand celle-ci est contrôlée par des valeurs marchandes.

Nous attaquerons la sphère de diffusion plus tard, si tu veux bien.

Tiens, si tu veux voir des espaces de création “libres” collaboratifs qui fonctionnent, va faire un tour sur mcp, c’est exemplaire.
(J’en profite pour préciser, par respect pour mes potes d’mcp qui ne partageraient pas mes idées, que je parle ici au nom de mes fesses, et pas au nom de moncul.)

Bref, Alban, on finira plus tard, en attendant je t’invite à lire moi-aussi un lien où j’ai pu parler de l’âge de peer, ça meublera tes pensées.
http://www.monculprod.org/v1/lorgieV/in ... id=730#751
C’est moins verbeux, mais c’est nettement plus joli que la couverture de ton bouquin !


Ah oui c’est vrai, dernière chose : ma demande en mariage !!!

Ma grand’mère me disait toujours que, pour que je sois vraiment heureuse, il faudrait que j’arrive à trouver un homme riche qui puisse financer mes délires, un homme brillant, ouvert, sensible et talentueux qui satisfasse mon exigence esthétique de la vie, un bel homme sensuel qui soit à la hauteur de mes désirs, et qui les fasse grimper, un homme qui sache me faire rire aussi…

Alors voilà : un homme riche, un homme brillant, un bel homme sensuel… Tout ça, ça va, j’en ai plein mon carnet de commandes.
Mais est-ce que tu veux bien prendre la place du clown ?
C’est vrai, quoi, j’arrête pas de relire ton bouquin, et franchement, c’est (Marketing Kikoo lol oblige), largement à la hauteur du concours de blagues à toto récemment initié sur Jamendo*

All yours,
Pola
Merdeuse Comme Papa.

* que c’est beau, l’évolution des contenus culturels dans les tuyaux financés par universal !

Re: ''L'age de peer'': esclavage 2.0

Publié : 23 oct. 2006, 00:01
par Mankind_concept
Ce qu'à rédigé Polak est amusant mais je sais pas si cela fait avancer le débat... Il y a peut être l'histoire des pub sur les tuyaux.
..
J'aime bien les avis tranchés, les gens sans concession... Mais putain, la plus grosse que vous avez faîte c'est d'ultiliser Internet ! Le produit ultra libéral par excellence !!!

Bon maintenant, si on constate qu'on est tous dans le système (même si ChristopheE trouve que ce n'est pas bien), on fait quoi pour ne pas se faire bouffer ?

Lyncher ou demander Alban en mariage apporte un peu d'eau (on y revient !) au thread, mais le sens n'y ait pas...

J'aime bien l'idée évoquée par ChristopheE de changer les habitudes de consommation... 10 ans cela me paraît court, mais sait on jamais...