la question de l'éthique est philosophiquement d'une très grande richesse...
entre la formule de kant (qui est un axiome) :
« fais ce que tu peux vouloir universellement »
(mais le problème est : quel contenu peut-on en déduire ? quelle application pratique ? Et surtout : comment peut-être être sûr de ce que je peux vouloir ?)
et :
les éthiques
procédurales (dérivées de l'éthique de la discussion, d'habermas) (où ce qui compte ce sont les procédures pas les contenus, ce qui s'avérer d'une grande utilité dans des contextes complexes, où les croyances et les principes sont extrêmement pluriels, je pense à tout ce qui concerne les réflexions en bioéthique, où dans les hopitaux par exemple. Une loi ou une norme est éthiquement bonne non pas si elle exprime tel ou tel principe a priori mais si les procédures qui ont conduit à sa définition ont été conduites éthiquement, en respectant certaines règles)
Max Weber dans le savant et le politique écrivait au sortir de la première guerre mondiale :
« Nous en arrivons ainsi au problème décisif. Il est indispensable que nous nous rendions clairement compte du fait suivant : toute activité orientée selon l'éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s'orienter selon
l'éthique de la responsabilité [verantwortungsethisch] on selon
l'éthique de la conviction [gesinnungsethisch]. Cela ne veut pas dire que l'éthique de conviction est identique à l'absence de responsabilité et l'éthique de responsabilité à l'absence de conviction. Il n'en est évidemment pas question. Toutefois il y a une opposition abyssale entre l'attitude de celui qui agit selon les maximes de l'éthique de conviction – dans un langage religieux nous dirions : "Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l'action il s'en remet à Dieu" –, et l'attitude de celui qui agit selon l'éthique de responsabilité qui dit : "Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes". »
donc d'un côté une éthique qui se détermine dans le respect de grands principes a priori (tu ne tueras point, tu ne mentiras point etc..) de l'autre une éthique qui prend en compte la complexité de la réalité, en insiste plutôt 1. sur la logique interne des formules éthiques (d'où va s'initier le courant des éthiques plutôt procédurales, pragmatiques etc.) 2. sur l'analyse des conséquences, donc un savoir portant sur l'avenir, nécessitant une certaine science etc.
je suis sûr que sur ce forum et dans cette discussion nous pouvons retrouver ces deux grandes tendances, qui d'ailleurs ne s'excluent pas forcément (l'analyse des conséquences pourrait nous faire admettre comme une solution préférable quelque chose qui contrevienne à un principe moral a priori : par exemple une forme d'eugénisme ou le controle des naissances etc. ce sont des débats qui ont eu cours surtout dans les années 60-80, qui sont moins flagrants aujourd'hui)
ma position (qui vaut notamment pour le sujet de ce post) c'est qu'il faudrait réactiver l'éthique de la responsabilité, au sens par exemple où ça me parait quand même une belle idée de s'efforcer de mener une vie conforme à sa pensée (à la manière des axiomes de la philosopie grecque). Parce que je trouve qu'en ce moment, l'éthique de la conviction, ou du moins sa forme caricaturale tend à prendre le dessus : on dit, voilà, il y a des choses bien (ou cool) , des choses pas bien (ou pas cool), par exemple, Darwin, le créationisme, myspace, dogmazic, etc.. comme si les contenus se présentaient à l'expérience déjà dotés par nature d'une valeur éthique (le bien et le mal), genre de philosophie de neuhneuh très conforme à la "pensée" marketing, nivellement et simplification tous azimut de toutes choses en ce bas monde.
réactiver ce petit moment de pensée, ce moment d'arrêt, où on prend le temps de se demander à soi-même (et avec les autres éventuellement) : est-ce que ce que je fais va de soi ? ESt-ce que ça a un sens ? des conséquences (pour les autres et pour moi) ? Est-ce que c'est conforme à la vie que je considère digne d'être vécue ? etc etc
ce qui signifie réactiver du même coup la responsabilité, et son envers inévitable : la culpabilité (on voit à quel point je me situe aux antipodes de la pensée de notre président qui milite au contraire contre la "culpabilité" dans la lecture de l'histoire)
ce que pas mal d'abrutis appellent précisément "se prendre la tête "