Re: hadopi/ la lettre "des artistes de gauches"
Publié : 10 mai 2009, 01:26
Cette lettre des « artistes de gôche » est assez pathétique. Mais ce n’est pas à mon avis un problème de génération. Il y a je pense un problème de classe, c’est-à-dire une classe possédante, une élite culturelle et économique qui se sent aujourd’hui menacée. La faute à la crise soi disant. Mais ça fait depuis que je suis né - en 1973 date du premier choc pétrolier - que j’entend parler de crise. La crise permanente, c’est le système actuel. Personne ne se dit que finalement, si les gens achètent moins de disques c’est qu’ils n’ont tout simplement plus les moyens de le faire ou que l’offre musicale des majors est devenue esthétiquement si médiocre qu’elle n’a plus aucune valeur marchande. Mais les artistes, le public tout cela au fond importe peu. L’État doit permettre aux multinationales des télécoms et du divertissement de continuer à dégager des bénéfices monstrueux. Si ça doit passer par un système de contrôle accru des individus c’est à la limite en toute logique avec l’outil informatique tel qu’il a été conçu dès le départ.
C’est assez contradictoire de dire ça sur ce forum très technophile et plus globalement sur Internet mais je pense que la liberté qu’apporte les réseaux et l’informatique est relativement illusoire ou tout au moins très ambivalente. Que l’on puisse avoir un usage dit « libre » d’Internet et de l’informatique, c’est une affaire entendue. Et c’est ce qu’il s’agit de défendre. Ceci dit, il n’y a plus aujourd’hui d’activité qui échappe à l’informatique. Ce changement technique nous a été imposé par le système dominant, c’est-à-dire l’économie, l’État, la culture, le social. La totalité de la civilisation a été asservie à l’informatique sans qu’aucune collectivité n’ait jamais rien eut à choisir. L’informatique est au moins autant un moyen d’aliénation que de pseudo-libération. Car il s’agit bien d’un ordre technique créé pour dominer et contrôler au départ. C’est pourquoi, je trouve assez naïf que l’on vienne aujourd’hui s’étonner qu’Internet puisse être un moyen de contrôle puisque l’informatique et les réseaux ont avant tout cette finalité. L’informatique c’est une affaire de chiffres, de calculs, de techniques. Que cet outil se soit étendu dans toutes les sphères de la vie - y compris les plus subjectives comme celles qui relèvent du loisir, de la culture, de la création, de l’intime etc. - ne doit pas nous leurrer sur le fait qu’il s’agit avant tout d’enregistrer et de calculer et donc de contrôler. L’usage dit « libre » ou récréatif de l’informatique n’est là que pour faire passer tout le reste, à savoir l’asservissement total de la civilisation à cette technique.
On compare souvent l’Internet à l’invention de l’imprimerie. La comparaison est valable. Et c’est vrai que quelque part, l’informatique démultiplie de façon exponentielle les possibilités d’expression et d’échanges offertes jusque-là. Mais même à l’heure de gloire de l’imprimerie, à la fin du XIX e lorsque les journaux étaient de réelles tribunes et de formidables vecteurs de débats accessibles à tous, les moyens de surveiller tout cela n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Les capacités de mainmise n’ont pas vraiment changé, elles ont évolué de la même manière que les capacités d’expression. Elles sont simplement devenues spectaculaires. Tout ça par qu’au fond la logique de fonctionnement de la civilisation n’a pas réellement été modifié. Quand je vois des slogans du type « Hadopi = retour au minitel », je suis navré par ce progressisme naïf. Étions-nous si malheureux au temps du minitel et des cassettes ou lorsque seuls les « fous » et non les personnes munis d’un téléphone portable étaient à même de parler seuls dans la rue ? Je ne regrette pas ce temps là, je n’ai pas envie d’y revenir et à vrai dire je n’en n’ai rien à foutre. Ce que je veux dire c’est que la résistance à cet ordre de contrôle Orwellien qui est en train de se mettre en place passe nécessairement par des fins non techniques. Il est illusoire d’espérer s’émanciper à partir du système technicien. Il faut nécessairement être un peu conservateur et anti-progressiste - autant qu’il puisse il y avoir un sens positif et anti-autoritaire aujourd’hui à ces termes - pour lutter désormais contre le pouvoir. À la limite des lois aussi outrageusement répressives qu’Hadopi devraient être une opportunité pour se dire : « putain qu’est-ce que je fous devant mon ordi alors que j’ai tant de chose à faire ailleurs que devant cet écran. »
Mais la réalité est que la loi est le fruit d’un rapport de force. Actuellement celui-ci est en défaveur du téléchargement dit illégal. Mais je suis assez certain qu’à terme une libéralisation de la loi aura lieu sous l’impulsion de gens de gôche ou du bien nommé Modem ou de je ne sais quoi de plus « libéral » sur le plan culturel - probablement sous la forme d’une licence globale qui sera payé par l’internaute et dont l’argent sera redistribuée d’une façon certainement très inique. Et on pourra continuer à s’illusionner sur le fait qu’Internet est un vaste espace de liberté et que c’est bien mieux aujourd’hui qu’avant pendant que la seule chose qui aura continué de triompher sous le jeu des différents lobbies sera le système technique lui-même.
C’est assez contradictoire de dire ça sur ce forum très technophile et plus globalement sur Internet mais je pense que la liberté qu’apporte les réseaux et l’informatique est relativement illusoire ou tout au moins très ambivalente. Que l’on puisse avoir un usage dit « libre » d’Internet et de l’informatique, c’est une affaire entendue. Et c’est ce qu’il s’agit de défendre. Ceci dit, il n’y a plus aujourd’hui d’activité qui échappe à l’informatique. Ce changement technique nous a été imposé par le système dominant, c’est-à-dire l’économie, l’État, la culture, le social. La totalité de la civilisation a été asservie à l’informatique sans qu’aucune collectivité n’ait jamais rien eut à choisir. L’informatique est au moins autant un moyen d’aliénation que de pseudo-libération. Car il s’agit bien d’un ordre technique créé pour dominer et contrôler au départ. C’est pourquoi, je trouve assez naïf que l’on vienne aujourd’hui s’étonner qu’Internet puisse être un moyen de contrôle puisque l’informatique et les réseaux ont avant tout cette finalité. L’informatique c’est une affaire de chiffres, de calculs, de techniques. Que cet outil se soit étendu dans toutes les sphères de la vie - y compris les plus subjectives comme celles qui relèvent du loisir, de la culture, de la création, de l’intime etc. - ne doit pas nous leurrer sur le fait qu’il s’agit avant tout d’enregistrer et de calculer et donc de contrôler. L’usage dit « libre » ou récréatif de l’informatique n’est là que pour faire passer tout le reste, à savoir l’asservissement total de la civilisation à cette technique.
On compare souvent l’Internet à l’invention de l’imprimerie. La comparaison est valable. Et c’est vrai que quelque part, l’informatique démultiplie de façon exponentielle les possibilités d’expression et d’échanges offertes jusque-là. Mais même à l’heure de gloire de l’imprimerie, à la fin du XIX e lorsque les journaux étaient de réelles tribunes et de formidables vecteurs de débats accessibles à tous, les moyens de surveiller tout cela n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Les capacités de mainmise n’ont pas vraiment changé, elles ont évolué de la même manière que les capacités d’expression. Elles sont simplement devenues spectaculaires. Tout ça par qu’au fond la logique de fonctionnement de la civilisation n’a pas réellement été modifié. Quand je vois des slogans du type « Hadopi = retour au minitel », je suis navré par ce progressisme naïf. Étions-nous si malheureux au temps du minitel et des cassettes ou lorsque seuls les « fous » et non les personnes munis d’un téléphone portable étaient à même de parler seuls dans la rue ? Je ne regrette pas ce temps là, je n’ai pas envie d’y revenir et à vrai dire je n’en n’ai rien à foutre. Ce que je veux dire c’est que la résistance à cet ordre de contrôle Orwellien qui est en train de se mettre en place passe nécessairement par des fins non techniques. Il est illusoire d’espérer s’émanciper à partir du système technicien. Il faut nécessairement être un peu conservateur et anti-progressiste - autant qu’il puisse il y avoir un sens positif et anti-autoritaire aujourd’hui à ces termes - pour lutter désormais contre le pouvoir. À la limite des lois aussi outrageusement répressives qu’Hadopi devraient être une opportunité pour se dire : « putain qu’est-ce que je fous devant mon ordi alors que j’ai tant de chose à faire ailleurs que devant cet écran. »
Mais la réalité est que la loi est le fruit d’un rapport de force. Actuellement celui-ci est en défaveur du téléchargement dit illégal. Mais je suis assez certain qu’à terme une libéralisation de la loi aura lieu sous l’impulsion de gens de gôche ou du bien nommé Modem ou de je ne sais quoi de plus « libéral » sur le plan culturel - probablement sous la forme d’une licence globale qui sera payé par l’internaute et dont l’argent sera redistribuée d’une façon certainement très inique. Et on pourra continuer à s’illusionner sur le fait qu’Internet est un vaste espace de liberté et que c’est bien mieux aujourd’hui qu’avant pendant que la seule chose qui aura continué de triompher sous le jeu des différents lobbies sera le système technique lui-même.