dana a écrit :supprimons les subventions à tous les groupes style têtes raides, le genre chansons françaises festives et à texte qui nous font chier à déferler infiniment partout depuis une décennie
Oups. Que de virulence contre ces pauvres Têtes Raides. Bon, moi, j'ai dû entendre les basses une fois de loin alors qu'ils jouaient en plein air près de chez moi et il me semble qu'ils font de la chanson "à texte", mais je serais bien incapable de citer un seul de leurs morceaux (j'ai dû entendre un ou deux trucs aussi vite oubliés). Ils n'ont donc peut-être pas tant déferlé que ça, en ce qui me concerne, ou alors j'ai vraiment dû regarder ailleurs lors de la déferlante (et pourtant, il y a bien des horreurs auxquelles mes oreilles n'ont pas réussi à échapper).
Tout ça pour dire que je n'ai pas de raison particulière de leur en vouloir.
Concernant le texte, je suis bien d'accord pour dire qu'il exprime une vision assez gnangnan de la culture et qu'on sent bien qu'il émane d'un certain milieu "professionnel" qui a beaucoup à perdre de la suppression des crédits alloués en France à la culture (enfin, je ne sais pas si les Têtes Raides ont vraiment bénéficié de moult subventions et des largesses de l'Etat : je ne vais donc pas les accuser gratuitement de prêcher pour leur paroisse ; après tout, ne se peut-il point qu'ils prennent la défense de ce qu'ils considèrent comme étant le bien public ?).
J'ai bien ri à la lecture de ton texte sur la culture, Dana, mais bon, j'y vois aussi quelque facilité.
Je ne peux répondre à tout mais je voudrais revenir un instant sur l'aspect "éducation". Comme toi, j'ai l'impression de ne pas devoir grand chose, culturellement parlant, à l'école, ayant plus appris en autodidacte. L'école, j'y ai plutôt fait de la figuration ennuyée, mais peut-être avais-je la chance d'avoir sans elle quelques outils à ma disposition pour me permettre le luxe de dédaigner ce que l'Etat tenait à m'offrir par ce biais (mais on se forge "contre" aussi, non ? Va savoir la part du positif et du négatif dans tout ce qui se joue au niveau de l'éducation).
Je connais pourtant pas mal d'enseignants ou éducateurs aujourd'hui (ça va pour moi de l'animateur de centre de loisir au prof de fac) pas particulièrement attentifs aux consignes venues d'en haut, mais qui font de leur mieux pour susciter la curiosité intellectuelle des mômes, éveiller leur sens artistique, afin qu'ils puissent non pas ingérer des connaissances ou des normes esthétiques, mais apprendre par eux-mêmes et se forger leur propre goût. Et tout ça se fait avec plus ou moins de bonheur mais malgré tout dans le cadre et avec les moyens de ce putain d'Etat.
Je te rejoins en partie dans ta conception "libérale" (que je préfère de mon côté appeler "libertaire"). Mais il se trouve que l'Etat, outil de domination de la classe dirigeante, a aussi intégré dans certains de ses aspects des avancées sociales conquises de haute lutte que même la droite décomplexée actuellement au pouvoir ne peut se permettre d'abolir totalement d'un trait de plume (même si elle va tout de même très vite et très loin en besogne). Il se trouve donc que l'Etat, dans le contexte d'une marchandisation totale de toutes les activités humaines est aujourd'hui objectivement un des derniers remparts que nous ayons contre la sauvagerie capitaliste. Le libertaire que je prétends être resté préfère donc aujourd'hui porter ses attaques sur des cibles plus dangereuses (enfin attaque, c'est un bien grand mot, parce que je casse pas trois pattes à un canard, non plus). A défaut de voir fleurir les bibliothèques ou les écoles autogérées, je m'accommode donc de quelques institutions d'Etat, parce que c'est déjà mieux que rien.
Or, si tu vois dans le texte des Têtes raides des niaiseries prônant une administration despotique de la culture, j'ai cru y voir aussi de mon côté une tentative de résistance contre le démantèlement de tout ce que l'Etat comptait d'institutions oeuvrant dans le sens du partage et de la redistribution. Et je le répète : si ces institutions permettent aussi à quelques apparatchiks ou salonnards de briller dans les pince-fesses officiels, ben je trouve que c'est un revers de la médaille qui ne mérite pas qu'on jette le bébé avec l'eau du bain.
Le système des aides à la création est peut-être parasitaire et fondé sur des conceptions de la culture qu'il est aisé de brocarder, mais l'Etat (et pas seulement le dérisoire ministère de la culture) aide (ou aidait) aussi sous des formes moins indues : le RMI, les allocs, le chômage... ce sont là de véritables aides à la création, je trouve. Bon, j'imagine que les Têtes Raides ne pensaient pas à ça dans leur texte.
Ah, et puis à propos de "Haute Culture", il se trouve que sur fonds de l'Etat, j'ai eu l'occasion d'emmener des mômes pas vraiment sortis de la cuisse de Jupiter à Rome (l'Antiquité, la Renaissance, le Baroque, c'est bien de la "Haute Culture", hein ?). J'ai vu là briller pas mal de regards, notamment devant la Piéta de Michel-Ange parce que, y a pas à chier, c'est beau, ce truc, et pour une sculpture mise sous verre dans le saint des saints du catholicisme, c'est d'une sensualité assez incroyable. Je ne sais pas si les ados en sont ressortis moins cons ou plus hermétiques à la beauté des oeuvres de Johnny Halliday ou de la Startrucmachin, mais au moins ils auront vu autre chose et je me plais à penser que ça peut tout de même laisser des traces. Après, ils écoutent et regardent ce qu'ils veulent, je m'en fous. Et j'ose même croire qu'avaler quotidiennement la merde télévisuelle n'empêche pas à tout jamais d'être sensible à autre chose. Encore faut-il avoir l'occasion de se frotter à autre chose, et un môme qui est jamais sorti de sa cité, pour lui, c'est plus dur, à moins que cette saloperie d'Etat ne vienne parfois lui proposer d'autres saveurs (qu'il aura bien la liberté de refuser, de toutes façons). On peut même supposer que beaucoup de gens, même parmi ceux qui regardent TF1, ne sont pas
que cons.
Et puis, entre nous, arrêtons de prétendre que l'art officiel et l'administration de la culture ont tué la création artistique en France. Je pense que sur Dogmazic, il ne doit pas y avoir légion d'artistes officiels ou dormant sur leur tas de subventions. Pourtant, on fait des trucs, non ? Moi, en tout cas, les Têtes Raides, même s'ils en croquent, ne m'ont jamais empêché de faire de la musique. Là où ça coince, pour moi c'est quand des lobbys font pondre des lois anti-partage ou anti-amateurs, parce que, pour le coup, ça peut vraiment nous mettre des bâtons dans les roues.