Re: merci et adieu (et autres)
Publié : 05 juin 2007, 15:23
mais oui, je te réponds alorsPar contre je me dis que nous n'avons pas forcément tout le temps que l'on voudrait pour que l'on s'investisse dans chacune des choses qui nous entoure. On gueule souvent contre le manque d'investissement des gens dans la politique en-dehors des élections, et si, au moment où on se "parle"; ces gens là justement sont en train de s'engager dans une autre cause, on ne le verra pas, et parce qu'on ne les verra pas "chez nous", on pensera qu'ils font comme "les gens", ou en tout cas comme ce que nos "ennemis font". Bref, si ça se trouve, ces personnes s'investissent dans des cause écolos et on ne le sait pas et leur seule présence sur des sites comme mysprouch nous fait penser qu'ils abandonnent complètement le politique, la pensée, la critique...
Parfois les raccourcis, auxquels je suis aussi soumis et que je fais, sont aveuglant. J'ai en tête notamment le souvenir du nombre d'associations par habitants qui est le plus fort en France de tous les pays du monde...
(j'avais piscine j'étais buzzzy
tout à fait d'accord
c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'avais fait un effort tout particulier dans mon message pour ne pas stigmatiser les uns ou les autres.
Utiliser myspace, ne pas s'intéresser aux licences de libre diffusion, c'est quand même pas une tare, faut pas déconner
Et tu as raison, ça ne préjuge en rien d'une activité disons à visée morale ou politique dans un autre domaine.
sauf que quand même... C'est marrant, mais je suis en train de lire la biographie de Dubuffet par Mariane Jakobi et Julien Dieudonné. Vous allez voir, ça a un rapport. La question en filigranne dans ce texte long et documenté, c'est : Dubuffet est-il un arriviste, prêt à tout pour arriver à ses fins, y compris à se dénier, à se contredire, et à trahir les uns et les autres ? Ou bien ses engagements sont-ils sincères, mais dirait-on soumis aux aléas de l'histoire du sujet, donc parfois mouvants ?
Je résume hein.. Parfois j'ai l'impression que les biographes règlent leur compte avec celui qui s'est présenté comme le pourfendeur de la culture instituée, comme anti-culturel, et ils ont beau jeu de le faire en montrant combien ses positions étaient intenables et en dénonçant les incohérences d'un mec qui au fond n'a cessé de fricoter avec tout ce que la culture française comptait de stars à l'époque (et de les manipuler).
(D'autre part je me dis que j'ai un côté Dubuffet, mais qu'il me manque ce sens aigü du commerce qu'il avait acquis sans doute par atavisme familial)
Bref, ça pose la question de notre cohérence. C'est pas trop compliqué d'être cohérent en pensée.. enfin.. disons qu'on peut aisément s'en convaincre soi-même et en convaincre les autres si on est doué en rhétorique. C'est beaucoup plus difficile d'agir conformément à ses idées. J'en ai entendu qui cause des grecs ici, je voudrais juste rappeler qu'une des choses qui était cruciale dans toute la philosophie grecque, que ce soit chez les académiciens, les péripatétiticiens, les stoïciens les épicruiens, les sceptiques, etc.. c'était : le véritable philosophe se reconnaît au soin qu'il prend à mener sa barque conformément à ses pensées (conscientes).
Il n'y a pas ou il ne devrait pas y avoir de différence entre la pensée et les actes. C'est quelque chose que la philosophie professionnelle moderne a complètement perdu. oN peut appeler ça une approximation de la sagesse si vous voulez.
Ce qui me frappe dans le monde d'aujourd'hui, et ça date pas d'hier (quoique : revisitez justement dans les années 50 tous les débats autour de "l'engagement", sartre et toute la clique.).. c'est la fragmentation de nos existences et de nos pensées (je généralise hein.. je me mets dans le lot bien sûr). Ce n'est pas qu'il n'y ait plus d'engagements, mais ces derniers sont forcément fragmentés, portent sur des objets partiels comme on dit chez les analystes : la défense de telle ou telle espèce animale, la résistance aux rafles d'immigrés clandestins, les licences de libre diffusion, la construction d'une école au Burkina-Faso, etc..
J'avais été frappé par les débats sur les DADSVI tels qu'on avait pu les vivre sur le forum de Framasoft par exemple : on avait l'impression que la plupart des internautes découvraient d'un coup d'un seul la vie politique, et ça a failli aboutir à ce projet pathétique d'un "parti " défendant les intérêts des internautes (et pas plus).
Cette fragmentation de nos engagements, va de pair avec la multiplication des associations de défense de telle ou telle chose, avec la constitution de collectifs centrés sur telle ou telle particularité de vie (la préférence sexuelle, la couleur de peau, les victimes de traumas divers et variés, chaque trauma suscitant une association spécifique), représentées par autant d'experts, de porte-paroles, d'institutions, chacune cherchant à se faire entendre, par le biais du lobbying, et avir un représentant à lAssemblée, ou même un représentant (un haut fonctionnaire) chargé de gérer le "dossier" au gouvernement.
Bien
Cette situation, c'est celle que décrit Bruno Latour dans Politiques de la Nature, et c'est une situation qui en soi, est intéressante, nous sort des grands carcans idéologiques, et nous obligent à réinventer la démocratie (on n'est pas là : le bouquin de Latour, à cause de son abstraction sans doute, n'est pas "applicable " comme tel dans le réel, mais ça viendra peut-être)
Tout cela est extrêmement "complexe" comme dirait E. Morin.
Alors comment aujourd'hui être cohérent je veux dire de manière personnelle , en tant que sujet ?
C'est marrant, je pose la question, mais je suis persuadé que la plupart des gens s'en tape royalement d'être cohérent, de cette exigence de cohérence. Et plus encore de la conformité des actes et des paroles. J'ai l'impression que cette exigence est dépassée (c'est l'affaire de quelques vieux schnock comme moi et peut-être vous: dites moi).
Je parlais de Dubuffet parce qu'il y a justement chez lui à mon avis quelque chose d'une lutte intérieure entre l'exigence de cohérence morale et l'opportunisme.
Je me dis aussi que dans uen situation comme la nôtre, marquée par une précarité extraordinaire, qu touche 80% de la population (j'excepte les gens qui ont un gros patrimoine qui leur sert de pare-précarité en quelque sorte, leur assure à jamais un toit), hé bien ce n'est pas étonnant qu'on ait d'autres chats à fouetter que de se constituer une personnalité cohérente.
dernier exemple : allez vous promener sur certains sites consacrés à la décroissance, et comparez notamment ce qui se dit sur les forums et ce qui s'écrit dans les déclarations de principe du mouvement et les discours. On s'y pose des tas de problèmes concrets : par exemple, le décroissant doit-il se priver d'internet ? sachant qu'il se prive aussi d'une voie de militance efficace ? peut-il se priver de télévision ? Doit-il demander des aides sociales ? la décroissance est-elle une affaire finalement de peti-bourgeois qui peuvent se permettre d'avoir moins (pour se priver de quelque chose, encore faut-il avoir la capacité de le posséder !) etc..
C'est très amusant.
Ce souci de cohérence, on le trouve dans une génération qui pense encore je dirais "à l'ancienne", mais il y a d'après ce que je vois, les gens que rencontre, toute une génération (c'est pas une question d'age d'ailleurs) qui s'en fout complètement. Qui n'a aucune vision d'ensemble. Qui n'éprouve pas le besoin d'une telle vision. Leurs objets sont clivés : là le travail, là mes intérêts personnels, là mes loisirs, ma jouissance, là le politique (qui se réduit parfois à pas grand chose, des élections tous les 5 ans, ou même se confond avec la défense de son petit lopin de terre, sa propriété, son intérêt particulier, là ma famille, mes proches etc.. c'est tres net quand on observe les habitudes consommation des gens : il est rare qu'on se prive de quelque chose de jouissif pour des raisons morales.. ça vaut pour chacun de nous et les grecs et les moines du moyen age réfléchissaient déjà là dessus je vous assure, c'est pas nouveau.
Et aucun lien entre toutes ces choses là. Aucun souci de cohérence (ou alors très vague). Je vais faire du 4x4 en milieu sauvage, et je milite pour le vélo à Strasbourg (parce que le 4x4 est rangé dans la case jouissance, loisir, et le vélo c'est pratique, c'est dans lacase intérêt particulier, etc.)
mais attention, je porte pas de jugements hein. je ne dis pas qu'il faille absolument avoir une vision d'ensemble des choses. Chacun fait ce qu'il peut à mon avis - et on est toujours à la merci de se duper soi-même, surtout dans un monde aussi complexe. (c'était plus simple autrefois quand la connaissance du monde se limitait au village, au quartier, qu'il y avait des autorités morales, le curé, l'instit, le responable syndical, le bourgeois, l'industriel etc.
Bref, ce n'est pas qu'il n'y ait plus de valeurs (ça c'est un bateau réactionnaire), mais les objets auxquels ces valeurs sont attachés, dans lesquels elles s'incarnent sont innombrables, quasiment infinis : i est de plus en plus difficile de les lier entre eux, ces objets, de faire apparaître un discours commun qui pourrait les lier. On comprend que pas mal baissent les bras et disent : fuck les intellos, fuck la pensée, moi je veux juste jouir , faire la teuf, m'éclater (et dans la version beauf ça donne : avoir la plus grosse voiture, la plus grosse maison, enfin plus grosse que celle du voisin en tous cas ou du beau-frêre etc.)
Moi-même souvent, je me dis ça..