Bonjour Dana,dana a écrit :bonjour AL-z
humm
à te lire, j'éprouve une petite gène.. y'a dans ce raisonnement un je ne sais quoi de.. bon je vais essayer de dire ce qui me tarabuste, mais c'est compliqué :
1° tu donnes une sorte de syllogisme qu'on pourrait grossièrement réécrire ainsi :
a) il y a des créateurs qui ne font délibérément pas commerce de leurs oeuvres
et le néo-capitalisme (admettonsconsidère que c'est du loisir
or, b) le loisir est une composante essentielle du système marchand
donc c) ça arrange le capitalisme qu'il y ait des artistes qui etc..
et là je me demande si ENCORE UNE FOIS on se condamne à ne penser nos pratiques que sous l'égide d'un cadre prééxistant, d'une logique prééxistante, qui serait celle du dit "néocapitalisme" (ou de l'industrie du divertissement etc.)
or précisément ce que j'essaie de faire, mais forcément vous n'en avez qu'un maigre aperçu, ce sont des travaux en cours,
c'est de mettre en avant d'autres cadres de pensée, qui sont aussi des cadres dans lesquels nous pratiquons nos petites choses artistiques
quand on travaille sur un morceau (comme on a fait ce week end avec des amis), je t'assure que ça ne nous effleure pas une seconde le cerveau que nous évoluions dans un système forcément néocapitaliste
tu vois où je veux en venir ?
la croix et la bannière de pas mal de causeries sur dogmazic (et je n'y échappe pas) c'est que nous semblons parfois ne pas pouvoir penser quoique ce soit dans une langue et une logique différente de celles que produisent le "système néo-capiltaliste' (appelez le comme vous voudrez)
on est obligé d'être d'accord
c'est bien ça le problème je trouve
je prend toujours comme modèle le mec qui est passioné de ski
tiens un pote à moi, qui dès que la neige arrive ne tient pas en place
ben pour vivre sa passion ( et non pas vivre de sa passionil s'est mis à bosser disons dans les mois d'été automne, ce qui lui permet de passer l'hiver là où il y a de la niege
et il ne fait pas tout un plat
il parle de sa passion, il skie, mais les moyens qu'il met en place pour jouir de tout ça, ça mérite pas des discussions sans fin
vous voyez où je veux en venir ?
mais est-ce le cas ?
je ne penses pas que les musiques sous LLd soient spécialement minimalistes par manque de moyens.. bon alors.. comment ils font les musiciens sous LLD ?
rentrer dans ses frais.. mouai
tu passes une semaine aux Ménuires, bon, comment est-ce que tu rentres dans tes frais ?
pourquoi l'art et la musique devraient mériter un traitement spécial
il y a des tas d'activités humaines très intéressantes, lesquelles demandent effectivement plus ou moins d'investissement financier, temporel, spatial, psychique, etc. , chacun se démmerde pour trouver les thunes
ha oui :! parce que les artistes produisent des oueuvres qui enrichissent l'humanité, qui nourrissent la KULTUR ??
ha.
bon d'accord
mouai
cela dit, quand t'as des dizaines de milliers de zig qui produisent des trucs, je me demande des fois si y'a encore assez d'humains pour en jouir mais bon
je n'en doute pas
merci de ton message en tous cas qui me donne l'occasion de préciser certaines choses (parce que bon, au départ y'a mon ptit texte et beaucoup de réponses et d'échos, alors ça m'oblige à préciser et c'est bien)
Content de lire ta réponse qui oriente la discussion vers plusieurs points intéressants.
Tout d’abord, je crois que tu fais bien de rappeler que le processus créatif en lui-même s’abstrait - ou peut s’abstraire - du capitalisme. La création, le moment créatif est une sorte de brèche.
Le problème se pose en amont et en aval de ce processus - puisqu’on est dans les montagnes et le ski
À partir du moment où l’on pense que ce qui est crée est digne d’être vu, lu, entendu (etc.) par autrui s’ouvrent alors plusieurs chemins au travers ce qu’il faut bien appeler le système dominant capitaliste.
On peut essayer de contourner cette réalité, on peut essayer de créer un dehors à cette logique. Et même à certains égards, ces tentatives relèvent bien moins de l’utopie que l’ordre établi lui-même… Car elles se fondent sur une réalité humaine pré-existante à l’idéologie marchande. Le problème n’est pas tant pour ou contre le commerce, mais pour ou contre le commerce érigé comme seule morale et comme seule idéologie.
Voilà mais je ne suis pas là pour défendre le point de vue du capitalisme ni des musiciens qui produisent un skeud à 17 000 € . Pour produire et créer de la musique, il faut des moyens - instruments, machines, studio, savoir-faire. Ceux-ci sont parfois onéreux, parfois ils ne le sont pas et ça n’engage rien sur la qualité de la musique. Mais souvent ces moyens sont le fruit d’une production capitaliste et d’une transaction mercantile.
Ensuite au sujet de la notion de loisir. De très nombreuses activités humaines peuvent être à la fois pratiquées en amateur et en professionnel et la limite entre les deux est souvent très difficile à trouver tant il existe une infinité de nuances. Pour reprendre ton exemple du skieur passionné : le ski peut aussi être un métier que ce soit comme sportif, moniteur etc. Un gars qui alimente un blog d’actualités fait un travail de journaliste sans forcément en demander rétribution. Une grand mère qui tricote des pulls pour ses petits enfants peut finalement décider de vendre sa production de façon artisanale sur un marché. Un bibliothécaire qui a commencé comme bénévole peut décider de se professionnaliser. Quelqu’un qui adore voyager peut décider de contribuer contre rémunération à la rédaction d’un guide touristique. Un dingue de jeux de société peut faire de sa passion un métier. Un bricoleur qui a retapé des maisons pour des potes peut finalement le faire de façon plus professionnelle. Etc.
Il y a sans doute quelque chose de perdu lorsqu’on passe du loisir au métier. Ce n’est pas forcément le plaisir. Qu’est-ce qui motive au fond ce passage, je n’en sais rien. L’ennui peut-être ? Le soucis de cohérence avec soi même ? L’encouragement permanent à un certain narcissisme et la dévalorisation du travail ? Je ne sais pas. Après que les gens se démerdent pour trouver la thune de leurs loisirs c’est sans doute vrai en partie. Ce n’est malheureusement aussi pas toujours le cas. Tout dépend de quelles rémunérations on dispose par ailleurs, de quels désirs etc.
Mon argument était principalement de défendre une position intermédiaire entre le tout loisir et le tout professionnel. C’est-à-dire être à même de pouvoir sortir d’un simple loisir consumériste en remboursant une partie des frais de production par la vente mais sans non plus viser à tirer un bénéfice de cette vente ni limiter la copie et la diffusion de l’œuvre. C’est une position, je l’admet, probablement un brin bancale mais bon…
Et quand bien même certains voudraient en tirer un bénéfice, si ce revenu là est décent, qu’il se fait en autonomie vis-à-vis de l’État et des multinationales, en dehors de la SACEM etc. ; je n’y vois pas d’inconvénient non plus.
Enfin sur ton questionnement par rapport à la spécificité de l’art et de la musique dans cette réflexion, c’est vraiment un très, très vaste sujet. Je ne pense pas que ce soit par la non commercialisation de morceaux de musique par ailleurs diffusés sur le net que l’on mettra un terme au capitalisme. Si l’on souhaite l’abolition du capitalisme et son remplacement par un autre système, l’engagement culturel n’est pas forcément la bonne solution. À la limite, les mecs qui en ce moment se servent gratuitement dans les supermarchés sans que la police, la direction et les clients n’en puissent les empêcher œuvrent déjà beaucoup plus dans ce sens.
Après personne n’est obligé de s’abstenir de réfléchir au pouvoir que l’on possède sur les autres. Pour poursuivre sur ton exemple du skieur, je crois qu’un certain nombre de champions olympiques de sports d’hiver (dont les noms m’échappent) se sont engagés dans la politique (à droite plutôt).
Un artiste exerce un pouvoir. Depuis les premiers philosophes, jusqu’à la contre-culture, en passant par la naissance de la notion de l’intellectuel engagé au cours de l’affaire Dreyfus ou bien le rôle des premiers chansonniers dans la circulation des idées et des informations, l’implication des artistes dans tels ou tels événements historiques (guerres, mouvement sociaux etc.), la création artistique a souvent eut la volonté de modifier les choses en fournissant ses visions, ses méthodes, son prestige. Pour une part, ce souhait relève d’une certaine illusion tant que peut-être les artistes restaient à leur place d’artistes, dans les fonctions que la société leur avait attribuée, avec ses cadres, ses codes, ses privilèges, ses subventions, ses statuts etc. Mais tout ceci a-t-il encore un sens, aujourd’hui où la moindre starlette de télé-réalité est sollicitée sur les plateaux de télévision pour donner son opinion sur tel ou tel événement d’actualités ?
Malgré mes efforts pour synthétiser, je m’aperçois que je part dans tout les sens et que je me pose comme d’hab’ trop de questions !