A Jérémie : merci d'avoir précisé le but de la question initiale. N'eût-il pas été plus simple d'ailleurs de commencer par là ?
jeremienestel a écrit :1. Le choix de la plateforme Dogmazic, de demander des subventions au nom des oeuvres légales qu'elle propose de télécharger. Pourquoi l'argent public ne servirait qu'à financer des plateformes payantes détenus par des grosses entreprises.
Je suis tenté de dire, du coup : et pourquoi l'argent public servirait à financer une plate-forme de musique libre ? Enfin bon, à tout prendre, je préfère que l'argent vienne de l'Etat plutôt que de la pub ou de pratiques commerciales crapoteuses (type Jamendo). Mais c'est encore mieux quand ça peut être financé par les mélomanes.
Et puis être indépendant de l'Etat comme des intérêts financiers, c'est plutôt bien, non ?
Enfin bref, il y a un truc qui me chiffonne grandement là-dedans. Le principe même de cette subvention est contestable. Ce que l'Etat devrait faire, ce n'est pas subventionner ce qui est "légal", mais plutôt arrêter de s'immiscer dans les disques durs et les échanges entre particuliers. Autrement dit : que l'Etat, les entreprises, le pape et j'en passe et des pires laissent internet tranquille et nous foutent la paix.
A mon sens, il faudrait combattre cette subvention débile plutôt que d'essayer d'en récolter une part. Ça me refait penser à la taxe sur la copie privée déjà évoquée plus haut. Je ne comprends pas que certains d'entre nous réclament leur part sur cette taxe, sous prétexte que tout le monde la paie et que seuls les sacémisés en profitent. Il faudrait tout bonnement supprimer cette taxe inique !
jeremienestel a écrit :2. Permettre que des artistes en Libre diffusion soit sur ces plateformes et soient rémunérés au même titre que les autres auteurs.
Hmm. Toujours cette idée qu'il faudrait que le libre lui aussi puisse en croquer.
Qu'est-ce que la musique libre aurait à faire sur "ces plateformes" (celles appartenant à des entreprises commerciales) ? Notre but est-il de nous fondre dans la masse ?
Je suis d'accord sur le fait que la musique libre exploitée commercialement (en vertu d'une levée de la clause "nc" quand il y a lieu ou de la clause "sa" – l'une étant rédhibitoire, l'autre inadmissible par les commerçants) le soit à des tarifs au moins égaux à ceux appliqués aux "autres auteurs", afin que la musique libre ne devienne pas une cause de baisse générale des prix et ne puisse être considérée comme un réservoir d'amateurs prêts à se vendre pour rien.
Différence fondamentale de logique entre nos deux propositions. Là où tu dis que les artistes du libre méritent rémunération "au même titre" que les autres, moi je dis que quand les artistes du libre font une incursion dans le monde merveilleux du commerce, ils ne doivent pas brader la camelotte.
jeremienestel a écrit :3. Empêcher une hiérarchisation des catalogues et favoriser que la musique libre puisse bénéficier de la même visibilité sur internet et surtout les forfaits 3G. L'égalité à la diffusion et l'égalité à l'accés au contenu est importante.
Je suis totalement en désaccord avec ça.
La musique libre n'a pas à bénéficier de la même "visibilité" que qui que ce soit où que ce soit (internet, 3G, radios, stade de France ou salons de coiffure). La visibilité est une obsession des marchands et des publicitaires. Nous sommes parfaitement visibles, et peut-être même déjà trop, pour qui nous cherche.
Le but est-il donc de concurrencer les "autres" (les accros de "LSD" — © sam) ?
jeremienestel a écrit :4. Ne pas légitimité que les artistes faisant le choix des licences libres soient considérés comme des amateur ou des alternatif libertaire empêchant toute co-production par des fonds publics ou des SPRD comme l'Adami.
C'est mal d'être amateur ou alternatif libertaire ? C'est infâmant ?
Quel besoin de respectabilité j'entends s'exprimer dans ce propos ! Ça me fait un peu peur, j'avoue.
Moi, je le trouve joli le mot "amateur", et c'est sympa de se faire traiter d'alternatif libertaire par les professionnels de la profession. Les étiquettes, c'est aussi question de qui et où, je trouve. Par exemple, être qualifié d'intégriste par un jamendiste est un honneur. Un jour, un beauf m'a traité d'artiste communiste : l'extase.
Et à part ça, si l'Etat et les SPRD ne veulent pas co-produire de la musique libre, est-ce vraiment grave ?
jeremienestel a écrit :5. Réfléchir à la diffusion de musique libre dans les espaces commerciaux, et au rémunération corrélative. Seul jamendo... propose cela actuellement.
etc.
J.
Argh ! Jamendo a mis en place des licences de diffusion commerciale à des tarifs ridicules, pratiquant un dumping sauvage contre la SACEM.
Ils sont effectivement les seuls à faire ça. Et voici ce que les clients, forcément contents, en pensent :
http://pro.jamendo.com/fr/testimonials/background
http://pro.jamendo.com/fr/testimonials/licensing
C'est un tissu de perles qui montrent décidément à quel point ce type de diffusion est propre à "légitimer" la musique sous LLD. Gerbant !
Voici où j'en suis, moi, de ma réflexion sur "la diffusion de musique libre dans les espaces commerciaux, et au rémunération corrélative" :
1) Jamendo Pro ne diffuse pas de la musique libre mais de la musique sous licence commerciale (non exclusive, certes, mais bon, tout de même). Le stock de musique libre présent sur Jamendo pas Pro sert abusivement (voir démonstration
ici) de vitrine d'appel pour cette licence au rabais. C'est très précisément la pire évolution que pouvait connaître la musique libre, qui perd ainsi toute légitimité éthique et se retrouve mêlée au monde commercial mais en perdant toute valeur marchande décente.
2) La musique libre n'a pas vocation à sonoriser les espaces commerciaux. Que ce soit avec la clause "nc", explicite à ce sujet, ou même avec la viralité (LAL, clause "sa"), il y a incompatibilité avec les termes commerciaux généralement en usage. Et il n'existe pas d'organisme de perception des droits pour les diffusions commerciales de la musique sous LLD, ce qui serait un non-sens. Par contre, il existe un organisme chargé de percevoir les droits de diffusion de musique sous LSD (© sam) : la SACEM. La solution pour que les auteurs de musique sous LLD qui acceptent des diffusions commerciales puissent toucher une "juste" rémunération est donc évidente : il faut que la SACEM reconnaisse que de la musique sous LLD (usages non commerciaux) entre dans son champ de compétence lorsqu'elle est utilisée commercialement, ce qui l'assimile de fait (mais dans le cadre commercial uniquement) à la musique sous LSD (© sam) et lui donne donc droit aux mêmes tarifs et aux mêmes prestations de la part de la SACEM.
Jérémie et/ou Libre Accès, puisque vous ne répugnez pas à engager des actions sur le terrain politique institutionnel et que vous semblez si soucieux de respectabilité, pourquoi ne vous lanceriez-vous pas dans le travail de lobbying qui reste à faire auprès de la SACEM pour qu'elle accepte la compatibilité avec les LLD (au moins à clause nc). Voilà qui simplifierait bien des choses.
NB : Ceux qui misent sur les justes rémunérations qui seraient ainsi accessibles pour vivre de leur art risquent néanmoins d'être déçus par les clopinettes qu'ils toucheront, mais c'est un autre problème.