Aisyk a écrit :
Alors pour toi s'interroger sur les définitions de ce qui est commercial et ce qui ne l'est pas et dans quels cadres c'est tirer à vue sur la NC ?
Tout dépend de comment on s'interroge, à quelle fréquence, et dans quel contexte.
Le 13 octobre 2011, par exemple, tu disais dans ce
thread :
Aisyk a écrit :Il me semble que si l'entrée est payante = utilisation commerciale (vente d'un service).
si entrée non payante = non commerciale.
Mais c'est un flou souvent répertorié dans l'utilisation de cette clause, pas évidente à interpréter.
Pourtant, on était précisément en train de répondre à quelqu'un qui était, lui, dans le flou, et j'avais soulevé quelques arguments de bon sens qu'il serait fastidieux de répéter à nouveau. Force est de constater qu'ils ne t'ont pas éclairé, toi.
Le 2 février 2012, tu as ouvert un
thread par ces mots :
Aisyk a écrit :Je voulais porter à votre connaissance une réflexion que je me fais concernant les conditions parfois floues de mentions NC / ND / SA.
Dit comme ça, ça ne mange pas de pain. Sauf que... parler de "conditions floues" est déjà un sacré parti pris. Que les choses soient floues pour quelques usagers qui découvrent les licences libres, c'est naturel, mais que le président de ML, militant de longue date, très au courant de ces questions, et dirigeant d'une asso qui comptait encore des partisans de la NC (tel que moi) pour qui elle n'est pas floue du tout, que le président de ML, donc, aborde les choses avec une telle naïveté, voilà qui est étonnant.
Taro te répond d'ailleurs dans le même thread, fort justement, que "les discussions (sans fin) continuent sur ces sujets depuis des années sur la liste CC monde... et nous aussi, ici, on en a déjà largement discuté (pour faire le point, il faudrait faire un rappel de toutes les discussions qui sont dans le forum... sinon, on tourne en rond à toujours traiter des mêmes questions comme si on les découvrait...)".
Ce qui est troublant, aussi, c'est que tu fais mine de questionner ce "flou" alors même que, entre le 19 septembre 2011 et le 6 février 2012, nous avons abondamment
discuté de la façon dont la SACEM restreint abusivement la notion de non-commercialité. Nous avons même eu l'occasion (j'ai poussé pas mal en ce sens) de rédiger avec RSR un communiqué très clair à la SACEM et aux CC.
Ce n'est donc pas la notion de non-commercialité qui est floue (elle relève du simple bon-sens ; le reste est affaire de jurisprudence en cas de litiges, sachant que la plupart des litiges liées à la NC se résolvent plutôt par la discussion, à moins que tu n'aies foultitude d'exemples de procès à nous signaler ?). Ce n'est donc pas la NC qui est floue, disais-je. C'est toi qui, décidément, fais mine de mal voir.
Dans le même thread du 2 février, tu nous révèles que "il y a une définition de ce qui est “non commercial” dans le code des impôts français. Cette définition n’est pas prise en compte par la Sacem, l’est-elle par les CC pour la question de la non commercialité ?". Sauf que dans
l'article du code des impôts que tu cites, il n'y a aucune définition de ce qui est "non-commercial" : cet article traite surtout de la vente de boissons dans les "cercles privés" :
Lorsque leur exploitation ne revêt pas un caractère commercial, les cercles privés ne sont pas soumis à la réglementation administrative des débits de boissons, s'ils servent exclusivement des boissons sans alcool, du vin, de la bière, du cidre, du poiré, de l'hydromel, des vins doux naturels bénéficiant du régime fiscal des vins et si leurs adhérents sont seuls admis à consommer.
Où est-il donné une définition de la non-commercialité là-dedans ? Au contraire, le législateur, bien inspiré, réglemente pour les cercles privés n'ayant pas un "caractère commercial" le cas particulier de la vente de boissons... en se gardant bien de définir ce qu'est un "caractère commercial".
Tu mets cet article en opposition avec la SACEM. Pourtant, je trouve que la notion de "cercle privé" cadre tout à fait avec la distinction faite jusqu'ici par la SACEM entre diffusion publique et diffusion privée. La SACEM vient seulement de découvrir qu'une diffusion publique pouvait être non-commerciale : évidemment, pour elle, c'est encore un peu "flou", enfin disons plutôt que pour des raisons sans doute différentes des tiennes, elle a, elle aussi intérêt à brouiller les pistes. Ce qu'elle voudrait, c'est que cette "non-commercialité" se résume au "cercle privé". Elle défend là ce qu'elle croit être son intérêt, et ce qui doit être questionné ici, ce n'est pas la "non-commercialité" dont il serait vain de vouloir donner une définition totale englobant tous les usages possibles et imaginables. Ce qui doit être questionné, c'est le rapport de forces qui s'engage autour de la notion de non-commercialité. Mais le petit monde de la musique libre est prisonnier d'une
Weltanschauung essentialiste et refuse de raisonner en termes dialectiques en analysant les rapports de force : ça l'obligerait à sortir de son douillet cocon narcissique.
Ce qui est intéressant, au demeurant, dans cet article de loi, c'est que le code des impôts reconnaît la notion de "vente" dans un cadre non-commercial. Preuve qu'un usage raisonné de la non-commercialité n'est pas incompatible avec certaines activités commerciales annexes. Là, inutile de bondir pour demander à ce que soit immédiatement dissipé ce "flou" insupportable : quoi, quelles ventes pourraient donc être compatibles avec un cadre non-commercial, et puis d'abord comment qu'on sait qu'il y a caractère commercial ou pas commercial, et mon coiffeur associatif bénévole qui vend des bières dans un but caritatif, comment il fait pour passer de la musique néobaroque périgourdine amateure à ses clients punks... ? A cela je dis : utilisez votre bon sens, et tout ira bien, pas de panique. Ne soyons pas plus juristes que le législateur. Ce n'est qu'en cas de litige qu'un juge tranchera en appréciant la bonne foi des parties. L'utilisateur craintif qui redoute d'être traîné en justice peut toujours dissiper ses doutes en contactant les intéressés, sachant que, dans les faits, une petite structure ne risque quasiment rien. Y a-t-il déjà eu des procès contre Jamendo, par exemple, alors que les entorses au droit d'auteur de cette entreprise sont avérés ? Alors, pour une asso de quartier, vous pensez...
Bon, on a fait le tour, non ?
Ah ben non : le 15 février, Tumulte, membre du bureau de ML, en remettait une couche avec un nouveau
thread sur la NC. Et à nouveau, il s'agissait de pointer une "ambiguïté", un "fossé entre le nom et les usages", et de faire des procès d'intention aux auteurs diffusant sous NC.
Bon, c'est votre droit de penser du mal de la NC. Mais là, il y a véritablement un acharnement dogmatique à la "questionner" elle, de façon si répétée. C'est votre droit aussi, d'ailleurs. La clause NC vous pose problème. Soit. Inutile de mettre des liens vers des discussions en anglais sur des cas particuliers : nous avons déjà fait le tour de la question ici-même en français, et nous sommes sous le régime du droit d'auteur qui diffère un peu du copyright.
Ces quelques exemples ne tiennent pas compte des réflexions récurrentes dans le même sens sur d'autres sujets, et ne remontent pas jusqu'aux débats de 2006 qui étaient déjà rigoureusement les mêmes. A présent, on me laisse entendre qu'il y aurait de plus en plus de BY-SA, et que l'avenir des CC, c'est l'abandon de la clause NC.
Ok, si ça vous va, très bien pour vous, accompagnez le mouvement et continuez à questionner le flou que vous mettez vous-même dans la NC. J'ai tenté d'infléchir les choses mais nos points de vue sont désormais inconciliables. C'est donc ici que nos chemins se séparent.