Par ailleurs, si j’arrive - bien qu’étant absolument allergique au Droit - à appréhender le concept juridique ou historique des licences libres ainsi que la pratique qu’elles sous-entendent, j’avoue avoir franchement du mal à saisir la philosophie sous-jacente. J’ai l’impression que chacun y met un petit peu ce qu’il veut derrière. S’agit-il d’une philosophie libérale et donc pas forcément opposée au marché ? Libertaire (et dès lors anti-capitaliste) ? Anti-utilitariste c’est-à-dire basée sur une philosophie du don et l’échange ? Socialiste basée sur une mise en commun de la production et de la distribution ? Progressiste : les licences libres impliquant une technophilie plus ou moins poussée ? Écologiste ? Humaniste ? Nihiliste ?! Métaphysique ?!! Existentialiste ?!!! Etc. J’imagine bien que les licences libres n’impliquent pas une connaissance approfondie de Husserl ou de Hegel… Sourire Mais puisqu’on parle ici beaucoup de militantisme, peut-être que certain-es ont une idée sur les fondements théoriques de leurs actions.
tout ces points de vue existent - delà à ce qu'ils soient revendiqués sur un plan disons plus "théorique", il y a un pas, que certains franchissent parfois (j'en suis)
il y a même la version récente et qui marche fort : les licences libres comme produit d'appel marketing (nihiliste néo-capitaliste ?)
pour Samudrala.. bon.. là on est dans la préhistoire d'un des courants du mouvement (je sais pas trop si le mot mouvement au singulier a un sens concernant notre objet mais employons le par commodité)
Au début donc, avant surtout l'invention des creative commons par Lawrence Lessing, il y avait Samudrala, et tout un courant proche de celui du logiciel libre (disons un courant plutôt à gauche voire très à gauche)
avec Lessing, les licences libres appliquées aux oeuvres d'art (pareil : je dis ça par commodité) s'inscrivent dans un courant plus libéral.
c'est assez grossier comme présentation, mais en gros, ce sont les deux grandes tendances de ce mouvement.
J'ai eu l'occasion d'écrire à une époque ce que je pensais de Sam Samudrala (dans mon texte : de la dissémination de la musique, truc complètement daté, bien qu'il soit finalement assez récent), et d'appeler à un nécessaire parricide, et on est un certain nombre à avoir lutté assez férocement avec certains représetants du libre fortement ancré idéologiquement.. Mais les termes du débat ont largement évolué depuis.. Et les récents usages des licences libres dont témoignent les sites dont nous causons sur ce post, et les pratiques en la matière de pas mal d' artistes, les uns et les autres considérant les licences libres uniquement comme des moyens de promotion supplémentaires, et donc complètement déconnectés de toute réflexion à ce sujet, font que
c'est le bordel
[edit : sur ta distinction juridique/philosophique : ça ma parait un peu rude.. Comme si on pouvait traiter du juridique, de la loi, sans en référer à l'idée et la représentation du monde qui immanquablement en est à l'origine. Si on prend la peine de lire les textes des différentes licences (c'est ça d'abord le juridique : du texte, le texte de la loi), on sent bien que les idées qu'il y a là derrière ne sont pas exactement les mêmes .. entre la licence art libre et les creative commons (et encore faudrait distinguer au sein des CC), s'agit-il de la même représentation de l'art ? DE fait, il y a donc le juridique, et l'usage qui est fait des licences, et là évidemment, tout est possible, y compris des usages qui manifestelment semblent tout à fait contraires à l'esprit de la loi, car comme disait l'autre-montesquieu- il y a un esprit des lois.. DE mon point de vue, la loi reste un moyen et pas une fin par exemple]