Le philosophe Pascal considérait le divertissement comme la manifestation de la peur de la mort, et donc comme un signe de faiblesse humaine. Pour lui, les hommes se divertissent pour ne pas ressentir leur profonde solitude, et la vanité de leur condition. Pour moi, j’y vois plutôt l’opportunité de créer pour dépasser notre destinée de simple mortel, en laissant une trace de notre passage parmi les vivants.
J'ai beau lire et relire les deux propositions ci-dessous, celle de Pascal et la tienne, je ne parviens pas à trouver .. comment dire.. le lien qui pourrait exister entre elles.
Je crains que chacune de ces propositions n'aient rien en commun, ne parlent pas la même langue.
La vision de Pascal est lucidement triste, et vient d'un siècle où la vie n'avait pas grand chose à voir avec ce que nous vivons aujourd'hui : les possibles n'ont rien de commun.
la tienne, de vision, est à la mode : discours volontariste de dépassement de soi, des limites de notre condition etc. Elle ne s'oppose pas à celle de Pascal, parce qu'lle n'a rien en commun avec elle (même pas les mots) : elle s'oppose à une vision disons pessimiste, ou post-moderne, ou critique, représentée par certains moralistes d'aujourd'hui, dont je suis évidemment.
Tu essaies de parler dans la même proposition de la jouissance du "diverti" et de l'aspiration individuelle à la création -conçue comme le moyen de "se dépasser". Je crains que tout ceux qui ont essayé avant toi de parler de ces deux choses en même temps se sont heurtés à la même aporie.
On fait comme si on pouvait glisser naturellement des jouissances des "divertis" aux aspirations des créateurs. Déduire les unes des autres etc.
On fait comme s'il n'y avait là pas le moindre hiatus, la moindre faille entre ces deux supposés mondes.
Tes propositions ne se tienent que si on fait fi de nombreux problèmes, si on les néglige.
Par exemple : qu'est-ce qu'un créateur ? En quel sens l'individu peut-il être dit créateur de quoi que ce soit ? Il est ben évident que le sens de ce mot change profondément selon la vision qu'on a de la dite destinée humaine (comment l'homme devrait vivre).
Les néo-positivistes dont tu fais partie manifestement (je dis cela sans animosité, j'en fais partie aussi dans un sens) sont portés à augmenter l'extension du terme "créateur" jusqu'à briser des limites qu'un pascal n'aurait pu soupçonner (et pour cause, il faut la démocratie contemporaine pour imaginer que tout un chacun puisse être perçu comme créateur,,et ce de manière légitime). Ce qui me frappe, c'est la manière dont les concepts de propriété et de création tendent aujourd'hui dans un certain type de pensée et dans certaines sociétés à se confondre : j'en ai causé avec l'ami bituur l'autre jour et c'était un peu le sujet de mon (mauvais) texte sur le web 2.0. : ce que je puis revendiquer comme propriété fait de moi par là même un créateur : c'est là revenir à une vieille notion un peu oubliée : LE PROPRE (de). Ce qui m'est propre (self, auto). Bituur poussait les choses à bout en disant qu'on pourrait bientôt revendiquer le séquençage de son adn comme sa propriété, au sens de ce qui m'est propre - qui ne voit là par glissement l'annonce d'un individu qui serait au fond le créateur de lui-même. On irait bien au delà de la déclaration "L'art c'est la vie", de l'art de vie comme propre création (la manière dont je vis suffit à faire de moi un créateur, et donc à revendiquer des droits : n'est-ce pas là une tendance irrésistible de la démocratie occidentale ? Enfin.. d'une certaine partie de cette démocratie ? Contre laquelle luttent par exemple les conservateurs aux Etats Unis). Le mouvement de la nouvele économie numérique dont tu parles et qui s'élabore et je le regrette, principalement autour de concepts marketing d'un simplisme qui m'écoeure, exprime assee largement cette tendance de la démocratie dont avait déjà causé Tocqueville.
L'individu déconnecté de toute détermination "extérieure", "impropre", se retrouve lancé, dans l'infini (tiens on retrouve l'ami Pascal). On a beau essayer de refaire du lien social à coup de préfixes en "co-" quelquechose, ça ne cache pas la profonde solitude à laquelle ce décrochage d'avec tout autre nous condamne.
Moi je suis un moraliste. Je considère au contraire que ledrame humain vient de ceci que nous ne sommes pas maîtres de notre propre - qu'i y a de l'autre avant tout, et que l'individu ne se constitue comme tel que sur le fond d'une altérité absolue (Dieu, ou le désir des parents ou les déterminations sociales etc.)
Si j'avais réussi dans la vie, je verrais peut-être les choses autrement évidemment. Si j'étais né ailleurs, autrement, etc. je serais peut-être conquis par le projet d'une émancipation radicale et absolue, prêt à me jeter dans l'infini avec les jeunes cadres supérieurs. Ce n'est pas le cas. J'ai plutôt tendance à croire qu'il y aura (qu'il ya déjà !) un gros retour de bâton en perspective. Considérer que le but ultime de tout individu c'est de montrer sa tronche à la télévision, je crains que ça disloque le peu qui reste.
Suis en somme du côté des fous, des pauvres, du quart-monde et du tiers monde, de la pluralité des mondes, etc. la vision que tu décris , il ne faudrait pas oublier à quel point elle est régionale. Elle ne vaut que pour une part, certes très imbue d'elle même et maîtresse des outils de la communication, mais très minime de l'humanité. Celle qui est parvenue à se débarasser de l'idée de faiblesse humaine dont causait Pascal.
Si jamais j'écris à nouveau sur la musique, ce qui n'est pas gagné, je partirai de pratiques dites ethniques, réellement et d'abord communautaires. Nous, les occidentaux communiquants, sommes vraiment trop sûrs de nous. On se berce avec nos jolis discours néo-positivistes, volontaristes (écoutez les joyeux programmes de nos politiques : "quand on veut on peu"t, quelle connerie !).
mais bon.
J'ai peut-être tort
suis sans doute un gros has been
et même certainement un gros has been
Mais bon, je pense sérieusement que Haidegger n'a pas dit que des conneries.