D'abord, je voudrais répondre que la portée juridique de la déclaration universelle des droits de l'Homme est nulle. C'est juste une charte et au mieux une intention. Mais on voit bien à quel point ces beaux principes sont foulés au pied par ceux-là même qui s'en réclament. Il n'y a qu'à voir ce que les représentants du peuple français font des droits de l'Homme en ces deux années pré-électorales.
quand il est écrit que toute personne a le droit de prendre part à la vie culturelle de la communauté, il n' s'agit pas uniquement de pratique artistique. Pour ce qui est des arts, justement, il est spécifié plus loin que tout un chacun a le droit d'en jouir, la participation étant par contre recommandée pour les progrés scientifiques. Mais tout ça reste très vague.
On ne nous dit pas de quelle manière on a le droit de prendre part à la vie culturelle. Dans quel cadre est employé le mot librement ? Est-ce que je dois payer pour jouir des arts et est-ce qu'être un cobaye me fait participer aux progrès scientifiques ?
C'est bien parce qu'il ne s'agit que d'une déclaration d'intention que cette charte est très vague et qu'en l'espèce elle est très interprétable. S'en servir de base est donc très hasardeux.
Il faut savoir que "Le Conseil Constitutionnel français n'accorde pas de statut juridique positif à la Déclaration de 1948, bien que celle de 1789 soit intégrée au bloc de constitutionnalité depuis 1971."
Le point 2 est par contre très proche de notre CPI et se rapporte directement à notre droit d'auteur qui fait que chaque citoyen sans aucune discrimination possible peut être un auteur et jouir des droits accordés aux auteurs. Je serais curieux de voir comment les Américains se dépatouillent avec ça et leur copyright, eux pour qui la notion d'auteur n'a pas de signification.
Oui pourquoi pas "art". Mais l'art est plus une pratique de l'artiste (dans ma petite tête de linotte) ; l'auteur pratique la culture car il inscrit dans son mode vie. Mon aquarelle n'est pas une oeuvre mais elle me permet d'être et de communiquer et notamment via internet.
L'art est une pratique. Seul son produit est le résultat du travail d'un artiste. Un artiste est un pratiquant de l'art dont la créativité est reconnue ou dont l'oeuvre émeut. L'auteur qui est une sorte d'artiste ne pratique pas la culture, il l'enrichit dans le sens quantitatif du terme, le sens qualitatif étant trop subjectif pour être jugé. Ton aquarelle est une oeuvre :
"Une œuvre d’art est un produit purement humain, être capable de sensibilité, et qui tente de représenter dans des formes et des structurations d'éléments interagissant une perception construite, réelle ou transcendante." On dirait la définition de l'art faîte par un détaché culturel d'un Conseil Général quelconque. Du charabia technocratique qui ne veut rien dire. En plus sur le plan ethnologique et primatologique c'est très tendancieux de dire que seul l'être humain crée des oeuvres artistiques. Bref, ton aquarelle est une oeuvre parce le résultat de la production d'un être sensible, toi.
Après, est-ce que c'est de l'art ? Selon Duchamp, ça reste une question de contexte, mais je ne veux pas embrouiller.
Peut-être qu'il faudrait aussi définir ce que tu entends par Artiste. Un artiste n'est rien d'autre qu'un pratiquant de l'art. On attribue à ce mot une signification bien trop surestimée, c'est devenu un terme marketing et dans l'inconscient du consommateur qui sommeille en nous synonyme de qualité supérieure, c'est-à-dire qui en vit, donc qui est un professionnel, donc qui sait faire, donc qui est une référence, donc qu'on achète.
Les pratiques non pas culturelles mais de consommations ( est-ce que la consommation fait parti de la culture au même titre que les sciences ou la religion ? ) ont changées le rapport quasi sacré du consommateur envers l'artiste depuis 60 ans. Les usages faits des moyens de communications récents montrent que ce que font la plupart des artistes professionnels n'a rien d'exceptionnel et que beaucoup d'amateurs en font autant. D'ailleurs il y a un problème il me semble à ce niveau, c'est qu'un grand nombre d'usages faits par les amateurs en matière d'art et de musique notamment, mais aussi en photo, ne dépassent pas le modèle professionnel, voir le singe carrément. Le fait de rajouter une licence libre ne modifie en rien ce fait.
D'où une interrogation sur "la culture par tous" ( en tant que pratiques culturels amateurs ). Tant que nous ne dépasserons pas le modèle de la culture-produit imposé par les majors, qu'est-ce que ça apporte ?
Nous n'avons pas besoin d'une permission pour pratiquer, ni de nous inscrire dans un mouvement. D'où cette nécessité de désacraliser l'artiste en faisant bien comprendre que naturellement nous commettons tous des oeuvres. Il y a des cultures sur Terre qui ne classent pas leur création comme relevant de l'art. Il se contentent de créer pour célébrer, se retrouver, communier. L'art tel que nous le concevons, nous, est en lien direct avec la religion. La culture au sens des pratiques artistiques sa version laïque. Point.
Le problème ne réside donc pas selon moi dans l'expression de tous dans une pratique artistique mais dans l'acceptation par les pouvoirs publiques que les créations humaines étant communes et disons banales, les revendication des professionnels de la culture-produit dans le champs de la société civile sont nulle et non avenues.
Plus simplement, le Web2.0 a démontré que n'importe qui peut être du même niveau qu'un artiste pro dans le cadre du marché de la culture-produit, par conséquent on peut légitimement remettre en question les majors et leurs artistes présentés comme relevant de l'exception. Et par conséquent remettre en cause leur légitimiter à demander à ce qu'on protège leur modèle économique par des lois anti-démocratiques et la reconnaissance de l'existence d'une propriété intellectuelle. Ce qui est partagé par tous ne peut être réclamé comme une exception par un.
Tout l'enjeu est là.
Tu vois, je crois que je comprends ce que tu veux dire mais, il me semble que les MJC dans les années 80 essayaient déja de faire comprendre ( croire ) que nous étions tous des artistes. Le but était surtout de mettre en oeuvre une certaine vision de l'aménagement de l'espace urbain en mettant chacun à sa place. Jack Lang a créé la fête de la musique avec cette vision de l'aménagement du temps dans l'espace urbain. Tout le monde est musicien une fois l'an, le reste du temps étant pour les pros. C'est pour ça que pour les plus vieux d'entre nous, "la culture par tous" fait un peu grincer des dents.