freed201 a écrit :Je vais essayer de médiatiser au max notre cas pour dire que la SACEM, nous a permis de mettre nos morceaux sur internet mais pas de les "protéger" , ce qui est aberrant.
elle nous oblige donc a être illégale..
Hem… quand je lis ça, il me semble qu'il faut tout reprendre depuis le début…
C'est pas tout à fait ça Fred.
En vérité, tu n'as besoin ni de la sacem ni des LL pour protéger tes morceaux.
Légalement, une œuvre originale est "protégée" automatiquement, dès qu'elle est créée, par le simple fait de sa création : en cas de plagiat ou de litige avec qui que ce soit, il te suffirait de prouver que ta chanson existait à une date donnée pour faire valoir tes droits. Témoignages, dates d'enregistrement attestées… tout est bon pour le prouver.
Certains auteurs se contentent par ex de s'envoyer à eux même un courrier avec les partoches ou les textes ou un cd dedans, courrier qu'ils gardent soigneusement fermé pour servir, en cas de litige, de preuve de la date de création de leur titre, le cachet de la poste faisant foi.
Il existe même des enveloppes spécifiques pour ça : les enveloppes Soleau .
Bref, la sacem pas plus que les LL ne sont pas là pour protéger les œuvres : ce sont juste des façons différentes de gérer tes droits patrimoniaux (la partie financière des droits d'auteur). C'est tout.
En adhérant à la sacem, tu deviens sociétaire d'un organisme de gestion collectif : au départ, la sacem, ce ne sont ni plus ni moins que des auteurs regroupés pour avoir plus poids et gérer plus facilement leurs droits : on collecte pour tout le monde avec le même barème, et on redistribue, c'est plus simple que de négocier chacun dans son coin à chaque duffusion, et ça permet de mettre en place une équipe qui s'occupe de vérifier toutes les diffusions.
"Devenir sociétaire", c'est pas tout à fait la même chose que t'inscrire dans une asso ou un club : c'est être en quelque sorte actionnaire d'une société en nom collectif.
Or, beaucoup d'entre nous trouvent que cette société a un fonctionnement pour le moins… contestable.
Parmi les points majeurs sujets à débat, il y a* :
• une redistribution très très très inégalitaire qui privilégie les "stars avérées" au détriment des "petits"
• des frais de fonctionnement exorbitants, encore une fois au détriment des auteurs
• un mode d'administration qui repose quasiment sur le modèle de la monarchie : non seulement les sociétaires n'ont aucun droit de regard sur les comptes ou sur l'administration de la société (ce qui est tout de même un comble puisqu'ils sont littéralement les propriétaires de cette société), mais de plus les responsables sont quasiment nommés à vie, désignent leurs successeurs… bref, c'est une petite oligarchie qui préserve avant tout ses propres intérêts.
• la Sacem, c'est la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique : il est évident qu'auteurs et compositeurs n'ont pas du tout les mêmes intérêts que les éditeurs, or ce sont ces derniers qui sont de fait majoritairement au pouvoir à la sacem.
• Enfin, et ce dernier point est sans doute le plus important, quand tu deviens sociétaire de la sacem, tu confies la gestion de tes droits patrimoniaux sur l'ensemble de ton œuvre présente, passée et à venir. Tout ce que tu fais ou a fait est obligatoirement "commercial" puisque qu'aucune diffusion n'est plus possible sans perception de droit.
C'est une privation de la liberté de diffuser gratuitement qui fait que beaucoup d'entre nous ont choisi les LL.
Alors tu te demandes aujourd'hui comment rendre compatible la sacem et les LL ?
Actuellement, c'est impossible puisque les LL et la Sacem reposent sur un principe radicalement différent : à la sacem, tu confies une gestion pour l'ensemble de ton œuvre, tandis qu'avec les LL, tu inscris œuvre par œuvre, ce qui te laisse à chaque nouveau morceau le choix des droits que tu donnes ou non à l'utilisateur.
Même si la sacem est devenue de fait "obligée" de libérer aujourd'hui certains secteurs de son emprise (les auteurs ont obtenu la liberté de diffuser gratuitement sur leur propre site, et vous venez aujourd'hui d'obtenir la liberté de diffuser gratuitement sur tout internet), tu n'as toujours pas le droit de choisir de faire certains morceaux pour ton propre plaisir et de les diffuser partout "hors sacem", tu n'as toujours pas le droit d'autoriser d'autres artistes avec lesquels tu aimerais collaborer à retravailler tes morceaux gratuitement…
Or les Licences libres sont faites pour ça, et rien d'autre : elle indiquent la façon dont tu souhaites gérer tes droits œuvre par œuvre (et non pas domaine par domaine), te permettent de diffuser librement SI TU VEUX, de collaborer avec d'autres artistes plus facilement SI TU VEUX, QUAND TU VEUX, OU TU VEUX.
La contrepartie évidemment, c'est que si tu veux aussi vivre de ta musique, c'est plus compliquer de négocier seul, et surtout de contrôler les utilisations de tes morceaux.
Il faut être inventif, trouver de nouveaux modes de rémunérations, ou avoir l'abnégation de s'en tenir aux autres revenus que ceux du droit d'auteur (les concerts par ex).**
Tant que la sacem refusera aux auteurs la liberté de soustraire certaines de leurs œuvres à la gestion sacem, l'incompatibilité existera : quand tu mets un titre en CC, c'est pas uniquement pour internet, c'est pour tous les modes de diffusion, alors que la sacem gères tous tes titres, même si elle te concède des libertés pour certains types de diffusion : un de tes titres pour toutes les diffusions, c'est pas compatible avec tous tes titres pour un type de diffusion.
La seule chose à faire, c'est de te battre maintenant au sein de la sacem pour obtenir la possibilité d'une inscription œuvre par œuvre. Et te heurter au Roi et à sa Cour, simple manant.
Ou, pourquoi pas, choisir un autre organisme de gestion collectif européen (c'est désormais possible) qui serait lui compatible CC…
Ou trouver des potes et créer un nouvel organisme de gestion collectif parallèle plus conforme à tes attentes…
De même, la Sacem ne t'oblige absolument pas à être illégal
Tu ne deviens illégal que si tu mets tes titres sous CC.
Tu n'es pas obligé de mettre tes titres sous CC. Ils sont protégés de toutes façon.
Tu peux les diffuser légalement sur tous les sites internet gratuits ou payants auquel tu as accès en tant que membre sacem (mysproutch, wizzmusic ou ce que tu veux) , même les proposer en téléchargement gratuit, la sacem te l'as autorisé, il te suffit donc d'apposer le logo sacem sur tes pages et d'ajouter une petite phrase qui dit genre "téléchargement gratuit en accord avec l'auteur et la sacem", point barre, c'est tout ce que tu peux autoriser, le reste ressort du régime commun de gestion de la sacem.
Et là encore, evidemment, il y a une contrepartie : tu peux pas mettre tes titres sous CC, donc tu peux pas les mettre sur les sites dédiés au CC. Bye bye jamendo, dogmazic, boxon et consorts.
C'est sacem ou cc, c'est toi qui fais ton choix, et c'est un choix dont la survivance est à ce jour imposée par la sacem : Dogmazic, pour ne citer que cette asso, a plusieurs fois tenté de négocier avec la sacem la possibilité d'inscription œuvre par œuvre pour rendre cc et sacem compatibles, et c'est la sacem qui veut pas, qui veut absolument pas, qui veut surtout pas.
Alors, qui de cette évolution de la sacem qui autorise à diffuser librement sur tout le net en libérant le web de ses compétences de gestion ?
Cela me semble un faux progrès, qui va dans le sens unique d'une part de la sacem, d'autre part d'une conception marchande de la musique :
> pour les artistes, le seul progrès pourrait être de disposer légalement d'un outil de promotion gratuit à travers les sites de diffusion de musique… mais bon, non seulement c'est une vision exclusivement commerciale et marchande que tu n'es pas obligé de partager, mais d'autre part c'est super limité :
- les sites commerciaux ou hybrides (sites de téléchargement gratuits financés par la pub qui paient la sacem), tu y aurais de toutes façon accès même si tu étais à la sacem "non libéré web" puisqu'ils paient une redevance sacem…la seule différence c'est que là, "libéré sacem pour le web" tu ne toucheras pas de part de redistribution sur leur cotisation !
- les sites de téléchargement gratuits qui ne paient pas de redevance sacem… ben c'est les sites basés sur les CC, et tu n'y as plus accès.
- Reste ton blog, ton site. Voilà tout pour la libération que tu as obtenue.
> pour la sacem, c'est tout bénef : elle se dispense d'une part de fliquer le web, et d'autre part de recalculer tes droits web pour te les reverser. Du taf en moins, du blé en plus.
Néanmoins, je vois un truc super positif dans cette évolution :
Si la "libération web" des artistes sacem se généralise (ce que la sacem pourrait bien encourager, vu ses avantages dans l'histoire !), les artistes qui se servent du web dans le cadre d'une stratégie de promotion opportuniste n'auront plus besoin des CC pour faire leur promo partout.
Sauf sur les sites libres.
Que feront alors Jamendo et les sites libres "hybrides" (sites lucratifs qui se servent des CC comme ouitl de positionnement marketing) ? ben ils devront revoir leur copie… fort à parier qu'ils se mettront à accepter les "sacem libérés web" (ce qu'ils s'empressent d'ailleurs aujourd'hui de faire aujourd'hui avec petit homme, en donnant une interprétation mahonnêtement complaisante du contrat sacem modifié)…
Et finalement, ils ne pourront plus se targuer des cc comme base de positionnement, devront se recentrer sur "un outil gratuit pour faire la promotion de votre zique, financé par la pub"… ouvert aux cc comme aux sacems.
Tout sera plus clair. Mais ce sera pas encore vraiment au vrai bénéfice ni des artistes, ni de la culture.
Maintenant, choisis ton camp, camarade.
* Je met volontairement de côté l'histoire récente de la sacem, elle aussi pour le moins contestable : par ex, soupçonnée d'avoir pendant la guerre spolié volontairement (c'est à dire au delà des prescriptions du réchime vichyste) les artistes juifs, puis après la guerre d'avoir volontairement "effacé" les traces… bref que des trucs très reluisants, dont elle se défend aujourdhui en disant "de toutes façons on peut rien pouver, et puis tout le monde était comme ça à l'époque, et puis non on peut pas indemniser aujourd'hui parce que ce serait impossible à calculer…"
** Là encore, beaucoup ici pensent que les droits patrimoniaux de l'auteur sont une notion constable. Renseigne toi là-dessus, c'est une philosophie hautement humaniste et libertaire qui bouscule nos petits égoismes, et je pense personnellement que tout auteur devrait au minimum s'y intéresser s'il est conscient de son rôle social.
PS : je poste sans avoir lu certains des précédents posts, désolé s'il y a de la redite.