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un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 15 avr. 2006, 17:22
par dana
merci à la room 101 sur laquelle j'ai pris connaissance de ce message

http://www.foruma.fr/article.php3?id_article=722


Un projet de Loi inutile et dangereux ?
Avant-projet de Loi relatif à la participation des amateurs à des spectacles

Le ministère de la Culture prépare un projet de Loi sur « la participation des amateurs à des spectacles ». Ce projet concerne non seulement les musiciens, théâtreux, danseurs... amateurs mais aussi tous ceux (organisateurs associatifs ou autres) qui font appel à des amateurs. "D’ailleurs... c’est d’ici" en tant qu’association en contact avec de nombreux acteurs amateurs de musiques et danses traditionnelles du Maine et Loire (et au-delà) a décidé de faire circuler son analyse sur cet avant-projet de Loi accompagnée des textes originaux.

Un projet de Loi élaboré sans concertation avec les principaux intéressés Cet avant-projet est négocié depuis de nombreux mois avec le ministère de la Culture...
Par qui ?
Combien de musiciens amateurs de trads, jazz, blues, musiques amplifiées..., ont-ils été informés de l’existence de ce projet ?
Apparemment les seules associations impliquées représentant les musiciens amateurs sont les « Union des Fanfares de France », « Confédération des Batteries Fanfares » et « A Cœur Joie »...
À notre sens, c’est un peu juste pour représenter les dizaines de milliers de pratiquants amateurs de Musiques Actuelles...
En réalité donc, l’immense majorité des acteurs amateurs des Musiques Actuelles a été tenue jusqu’à présent à l’écart de toutes réflexions concernant un projet de Loi engageant profondément leur avenir.
Cette situation relève pour nous d’un profond dysfonctionnement.

Pour rappel
La loi distingue 2 catégories d’événements dans lesquels peuvent se produire les amateurs :
- un cadre non lucratif (entrées non payantes, peu de représentations...) Dans ce cas l’amateur peut-être défrayé (sur justificatifs) : c’est la pratique courante qui ne pose pas de problèmes.
- un cadre lucratif (entrées payantes, ou recours à de la publicité « professionnelle », ou spectacles fréquents ou importants...)
Dans ce 2e cas, l’amateur doit obligatoirement être rémunéré comme un professionnel, la notion de bénévolat n’est plus reconnue ! (point 1.1 b de la Circulaire)...

Ce qui hélas ! ne change pas

La disposition la plus pénalisante pour les pratiques amateurs (et le développement de la musique vivante tout court !!!), la notion de « travail dissimulé », est l’application brute du Code du travail (art. L324-11) ...
Cette application sans nuances est réaffirmée et renforcée (voir « ce qui change ») dans le nouveau projet de Loi
Cette disposition condamne les musiciens amateurs à un statut de réprouvés potentiels en leur interdisant théoriquement, vu la réalité économique du secteur, toute possibilité de se produire dans « un cadre lucratif ».
Le souci est que ce « cadre lucratif » est très large et ses limites soumises à interprétation.
Les organisateurs d’évènements divers où nous intervenons sont donc à la merci d’une interprétation restrictive de ces textes.
Concrètement, partout où nous jouons
- dans des lieux où l’entrée est soumise à billetterie (point 2.2 3 de la Circulaire), bars, bals folks, animations diverses, festivals avec entrées payantes..
- quand les organisateurs ont recours à de la publicité « professionnelle » pour annoncer leurs spectacles (quid de l’utilisation d’un graphiste, d’une imprimerie professionnelle ?...)
les musiciens amateurs devraient être rémunérés en salaire... avec pour conséquence inévitable l’explosion des coûts des prestations et donc la disparition de la plupart des possibilités de diffusion de musiques vivantes amateurs. Cette disposition, inapplicable en l’état, n’est donc pas appliquée... mais réaffirmée dans l’avant-projet... En tant qu’organisateur, nous sommes également à la merci d’une interprétation littérale de la Loi : « lorsqu’une association regroupant des amateurs organise, produit ou diffuse des spectacles... ses membres sont rémunérés dans les conditions légales ou conventionnelles » (art 3).

Ce qui change un peu

Très légèrement ! (art 10) :
- possibilité de publicité « non-professionnelle » (auparavant toute pub était théoriquement exclue !!!)
- possibilité d’utiliser du matériel pro (par exemple pouvoir utiliser une sono correcte)
Nouveau, également, la possibilité pour un entrepreneur de spectacles de déroger au principe de rémunération des amateurs « si les représentations de ce spectacle s’inscrivent dans un projet de formation à destination des amateurs » (art. 4)
Tout cela très fortement encadré par un agrément (voir texte d’application). Les peines encourues en cas de défaut sont extrêmement lourdes (point 5.2 de la Circulaire), suffisamment dissuasives en tout cas pour convaincre définitivement les associations d’amateur de ne pas demander de licence d’entrepreneur...

Ce qui change !!!

- « Lorsqu’il se produit dans les mêmes conditions qu’un professionnel, l’amateur ne peut se définir comme un bénévole. » La Loi (n°53-1253 du 19/12/53) reconnaissait jusqu’à présent aux « groupements d’amateurs » la possibilité de ne pas être rémunéré. C’est terminé !
- L’article 7 :
« les supports d’information du spectacle mentionnent la participation d’amateurs » et là on ne rigole plus : contravention de 4e classe, 750 € maxi, si cette mention ne figure pas « sur les affiches, les prospectus, les documents publicitaires » (note 4 de la circulaire)...
Quel problème croit-on régler avec ce type de mesure ? la Circulaire ne le précise pas...
Comment faire quand l’un des membres d’un groupe « amateur » est professionnel ? (ce qui arrive, les frontières entre les 2 statuts étant plus poreuses que ce que les initiateurs du texte imaginent et en tout cas souhaitent) : indiquer le pourcentage d’ « amateurisme » ?


Appel

Nous souhaitons qu’une véritable information et de véritables consultations s’engagent avec l’ensemble des acteurs amateurs pour qu’un projet de Loi éventuel sur les pratiques amateurs prenne en compte :
- la réalité des pratiques de musiques (théâtres, danses) vivantes
- l’avis des publics concernés
Les associations et musiciens signataires de ce texte s’engagent à faire circuler les projets de Loi et exigent, avant toute application, un véritable débat approfondi avec tous les acteurs concernés : artistes amateurs et professionnels, organisateurs...

Pour se joindre à cet appel, envoyez un courriel à dailleur@wanadoo.fr et consultez notre site web

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 16 avr. 2006, 05:14
par Rico
Mais, c'est très novateur cet avant projet de loi, les amateurs seront obligés de faire les pros, c'est hyper engageant :twisted:
Si j'étais premier ministre dans cet Etat, je proposerais un Contrat Premier Enthousiasme, avec une période d'essai de 100 ans, au cas où. Bien entendu, les seules manifestations autorisées seront organisées par des pros, qui pour des raisons juridiques et sanitaires, ne pourront engager que des pros, c'est à dire des gens avec du "matos" et/ou de la poudre de perlainpinpain. PFFF, 99% de la musique est produite par des artistes du dimanche, des pré-pros, des trop-pros, des je-ne-veux-jamais-devenir-pro, alors, ne faisons que des concerts avec 1% des editeurs/arrangeurs et leurs interprètes dociles & huilés, à ce stade là, une seule salle de spectacle suffira pour tout un pays...
c'est donc impossible.

Enfin, c'est juste histoire de plaisanter sans aucun argument majeur à faire valoir.:mrgreen:

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 16 avr. 2006, 10:26
par collegue
moi j' attends la loi nous obligeant à l' achat mensuel de 5 cd de sardou ou johnny.. et celle nous obligeant à aller voir exclusivemnt les concerts, pardon les spectacles de la star ac et de lorie...

j' ai un titre de mon prochain album qui devait s' appeler "bienvenue en France"...je vais le changer en l' appelant "bienvenue en republique populaire de france"....

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 16 avr. 2006, 15:03
par dana
ce ministère de la culture a l'air de tout faire pour massacrer en un an tous les efforts depuis malraux et lang.

On a le sentiment que BDDV et ses amais ont pour seul objectif de rétablir aux forceps et quoi qu'il en coûte le monde ancien, celui où seuls des professionnels de l'art avaient la possibilité technique et financière de diffuser leurs productions.

Je parle de Malraux et Lang, non parce que je les admire (m!oi je milite comme vous el savez peut-être pour une libéralisation complète dans le domaine de la culture, exceptés pour les bibliothèques, les monuments historiques et les archives), mais parce qu'au moins ces deux là avaient une philosophie globale, un projet cohérent : et on pouvait au moins s'entendre sur ce point qu'un ministère de la culture articulait son action autour de l'axe central : FACILITER L'ACCES à la culture notamment pour les plus démunis.

Avec BDDV on assite au contraire à une politique de repli de la profession, qui veut à tout prix défendre ses positions, effrayés par les possibilités ouvertes par l'ère numérique.

je connais des artistes contemporains qui devraient frémir en allant faire un tour sur FLICKR oar exemple, et certains musiciens rémunérés pour lesquels certains albums publiés sur nos labels indie et des sites comme mlo représentent une source de cauchemars.

ça fait longtemps que nous disons ici que les distinctions amateurs/professionnels ne préjugent pas du talent et de l'inventivité. Cet avant-projet de loi montre qu'on en a pris conscience même dans la profession.

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 01 mai 2006, 04:10
par dana
j'ai fouillé un peu
excusez moi de revenir sur ce sujet, mais je crois que c'est tout à fait crucial pour nos pratiques
et je ne doute pas de l'intention du gouvernement de revenir sur un décret de 1953 qui en fait régit nos pratiques de concerts "amateurs" (poil au beurre ajouterai-je tant je hais cette distinction professionnels/amateurs)

je vous en livre copie :
trouvé sur ce site informant les organisateurs de spectacle
http://www.organisateur-spectacle.org/b ... ivants.php
Les spectacles amateurs
Le terme de "groupe amateur" ou "d'individu amateur" désigne toute personne bénévole qui organise et produit un spectacle vivant sans percevoir de rémunération.
L'amateur peut néanmoins bénéficier de remboursements de frais sur présentation des pièces justificatives.
Un décret de 1953 donne la définition suivante des groupements amateurs :
Est dénommé "groupement d'amateurs" tout groupement qui organise et produit en public des manifestations dramatiques, dramatico-lyriques, vocales, chorégraphiques, de pantomimes, de marionnettes, de variétés, etc., ou bien y participe et dont les membres ne reçoivent, de ce fait, aucune rémunération, mais tirent leurs moyens habituels d'existence de salaires ou de revenus étrangers aux diverses activités artistiques des professions du spectacle.

L'organisateur doit obligatoirement assurer ses bénévoles contre tous les risques encourus et cela pendant toute la durée de leur intervention.
En cas de vente, le producteur amateur doit préciser dans les termes du contrat que l'ensemble du groupe est bénévole.
déjà la loi nous autorise à toucher des remboursements de frais.. donc c'est pas tout à fait illicite de toucher un petit billet à la fin du concert (ça me rassure)

sauf que
maintenant lisons cet extrait d'une série de propositions faites en octobre 2004 pour le spectacle vivant par notre sainteté le ministère du cul :
1/Un projet de loi sur la participation d’amateurs à des spectacles publics
Ce texte, qui pourrait être un chapitre de la loi sur le spectacle vivant, sera un signe fort de la volonté de l’Etat de donner aux amateurs un cadre clair leur permettant de rencontrer le public tout en préservant l’emploi culturel de la concurrence abusive du travail insuffisamment ou non rémunéré.
Un projet de texte, abrogeant le décret de 1953, est dès à présent susceptible d’être proposé à la concertation. Il précise les caractéristiques d’un spectacle d’amateurs et distingue, pour la participation d’amateurs à des spectacles professionnels, le droit commun, avec présomption de
salariat, et les exceptions, liées à un projet de formation régi par convention.
Concertation préalable et information des acteurs concernés (inspection du travail, syndicats d’artistes, fédérations de pratique amateur, établissements de diffusion et de formation, hôtellerie-restauration…) sont indispensables.
source :
http://www.culture.gouv.fr/culture/actu ... ctobre.htm

bon
tout ça nous amène effectivement à cet avant projet de loi cité plus haut, qui prépare tout bonnement la fin de toute représentation d'artistes amateurs , en brisant le decret de 1953 (à moins d'arriver à convaincre les bars de payer un CACHET (mouarff) pour le concert

c'est le pompom

(faut que je regarde combien ça coûte de s'installer dans u pays étranger, en finlande par exemple.. il parait que les gens lisent boivent et se suicident là bas, ça me plarait comme pays la finlande, parce que l'ouzbekistan en ce moment, c'est pas fun)

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 02 mai 2006, 02:39
par mpop
donner aux amateurs un cadre clair leur permettant de rencontrer le public tout en préservant l’emploi culturel de la concurrence abusive du travail insuffisamment ou non rémunéré.
Alors bon, on affiche deux volontés :
– volonté de préserver l'emploi culturel ;
– volonté de permettre aux « amateurs » de rencontrer le public.

Ce qui pose deux problèmes.
Dans le premier cas, on voit bien là la politique rétrograde de RDDV, parfaitement cohérente avec son projet de labelisation de l'information en ligne (pour protéger l'emploi journalistique contre la concurrence abusive du travail insuffisamment ou non rémunéré des blogueurs et autres sites non commerciaux), ou bien entendu avec les mesures protectionnistes de la loi DADVSI.
Le problème, c'est qu'on ne peut pas se voiler la face ainsi en collant des rustines sur tout un marché (celui des biens informationnels, culturels, informatiques… et plus généralement dématérialisables) qui est profondément remis en cause par l'avènement progressif de la « Pro-Am society ». Les professionnels (ceux qui gagnent leur vie) des marchés culturels et informatifs affrontent la concurrence redoutable du gratuit produit par des bénévoles. Je serais journaliste, musicien professionnel ou illustrateur, je me poserai des questions(*).
C'est une situation difficile, car il ne s'agit aucunement de concurrence déloyale. C'est une concurrence implacable (gratuit contre payant… pour peu que le gratuit soit de qualité, ça fait/va faire mal), mais pas déloyale ou faussée. Car l'offre gratuite est, sauf rares exceptions, tout à fait légitime ! Si l'on garde en tête la démocratisation de la culture, on peut même dire qu'elle est souhaitable(**).
On a donc deux pratiques tout à fait légitimes (même si pas également légitimées par les instances qui vont bien), l'une bouffant quelque peu l'autre, que l'on voudrait bien conserver tout de même. La situation est difficile, et franchement je n'ai aucune solution à proposer, ni aucun pronostic pour la suite.
Par contre, répondre par la défense aveugle d'une première pratique face à l'émergence d'une seconde (quitte à diaboliser celle-ci, ou à la dévaloriser, ou encore à la minorer…), c'est une grosse erreur. Ça n'aidera personne.

Le deuxième problème, c'est que la volonté affichée de permettre aux amateurs – malgré les garanties apportées aux professionnels – de rencontrer le public est bien jolie sur le papier, mais risque fort de ne pas être suivie d'effet. Si l'on en croit la pratique de RDDV, on va avoir droit à de belles déclarations, peut-être à une ou deux tournures de phrases de principe dans la loi, mais avec suffisamment de flou dans l'expression pour que la loi ne garantisse rien aux amateurs. Et au niveau des mesures concrètes, on aura une ou deux choses cosmétiques, mais rien de significatif.
Un peu sur le modèle des accords ayant servi à remplacer efficacement une exception pédagogique en bonne et due forme.

Enfin bref, c'est loin d'être bien parti.

Merci dana de signaler ça. C'est clairement à surveiller !


---
* D'ailleurs j'ai plusieurs amis illustrateurs, et ils commencent à se poser des questions, même si leur secteur sera un des moins rapidement touchés à mon avis (en particulier pour l'édition jeunesse).

** On peut souhaiter à la fois que chacun puisse accéder plus facilement à la culture et à l'information, mais aussi que chacun puisse devenir, à son échelle, producteur (ou auteur, ou participat, suivant le terme que l'on préfère).

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 03 mai 2006, 15:20
par dana
quand on jette un oeil sur les différents documents produits par le ministère de la culture
http://www.culture.gouv.fr/
ces dernières années, on retrouve un schéma assez récurrent :
le souci des pratiques amateurs est toujours ou presque toujours visé sous l'angle de l'étude : on finance des gens, des chercheurs, pour analyser le phénomène si étonnant des pratiques amateurs. Tout l'argent investi pour les pratiques amateurs passent dans ces études, ces colloques, ect..
Il y a aussi quelques subventions aux asociations (mais c'est pluitôt le fait des colectivités locales).
Tout ce passe comme si le ministèrre de la culture avait pour véritable mission de préserver les emplois de la culture ET du divertissement - c'est-à-dire l'intérêt des castes culturelles les plus avantagées.
je développerai ces choses là de manière extrêmement polémqiue dans mon prochain article (je ne peux pas le faire ici parce que ça va entraîner des débats à n'en plus finir, et je veux pouvoir exposer mes arguments longuement et paisiblement avant de porter mes attaques)

Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que dans un avenir proche, on réglemente les pratqiues amateurs au nom de la sauvegarde des pratiques professionnelles. Et je dou_te fort que les dits-professionnels s'en indignent : pas plus qu'ils ne s'indignent (à quelques timides exceptions) de la loi DASVI. Pour la simple et bonne raison qu'ils ont des privilèges à maintenir (ces privilèges qui justement leur donne ce statut professionnel, leur assure un revenu).

On peut s'attendre à des argumentations du type :
Il faut sauver la création (sous entendu l'art véritable, l'art sérieux, etc.. c'est-à-dire les professionnels)
il faut remettre de l'ordre (et là ça ira bien dans l'ambiance générale de remise en ordre auquel aspire ce pays de névrosés dans son ensemble - avec tout ce que ça comporte de dérives prévisibles, et de plus en plus probables, vers une sorte de fascisme larvé)

Il y a une chose qu'il aut bien comprendre dans ce futur débat :
beaucoup de gens vivent des revenus de la culture, beaucoup plus qu'on ne le croit on INTERET à ce que les choses demeurent comme elles sont : ce sont des forces CONSERVATRICES , et d'une certaine manière, nous les mettons en danger, nous menaçons leur emploi.
Il faut s'attendre donc à des jours difficiles : notre relative tranquillité risque fort d'être remise en question.

Je ferais un parallèle qui paraîtra complètement délirant à certains mais tant pis.
Les psychanalystes travaillaient dans une discrétion relative jusqu'à ce que ces dernières années, les lobbyes des thérapies comportementales et des neurosciences (et évidemment en toile de fond les lobbyes des grandes compagnies pharmacuetiques) invitent le gouvernement à se pencher sur leur cas. Dans le contexte d'un renouveau scientiste, qui voit certains politiques se convertir soudainement à la science la plus vulgaire
cf sur ce point
http://www.another-record.com/ha/articl ... scientisme
dans ce contexte donc, la psychanalyse apparut soudain comme une discipline insupportable, parce qu'elle considère le sujet d'abord dans son indécision, dans son désordre, etc.. et surtout parce qu'elle a toujours refusé d'être instituionnalisée, réglementée par l'état (de fait la psychanalyse se régmente très bien elle-même, par collaboration, discussion, débtas souvent violents, mais toujours argumentés, un peu comme nous le faison finalement).

L'indépendance est toujours suspecte pour l'état (dans la tradition française en tous cas).

le fait que nous nous débrouillions tous seuls comme des grands dans notre petit monde de la musique, voilà qui, à un moment ou à un autre, va nous causer des ennuis..

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 03 mai 2006, 15:30
par mpop
dana a écrit :je développerai ces choses là de manière extrêmement polémqiue dans mon prochain article
Ça tombe bien, j'avais plus rien à me mettre sous la dent ces temps-ci. J'attends ça avec impatience :)

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 08 mai 2006, 13:14
par dailleurs
Salut !

Je fais partie de l'asso "D'ailleurs... c'est d'ici" qui a décidé de balancer l'info sur cet avant projet de loi largement, et viens de tomber sur ce forum fort intéressant.
Je crois qu'il est dangereux d'accentuer la division professionnel-amateurs : c'est exactement ce que souhaite les promoteurs de ce projet !!!.

Pour info ci après un petit texte rédigé en réaction et pouvant servir de base à discussions. Merci de vos réactions !

Les pratiques amateurs ne sont pas un danger mais une chance pour l’ensemble des pratiques de musiques vivantes…
Dans le secteur des musiques actuelles, la présence d’une pratique amateur forte est même la condition sine qua non pour que des artistes professionnels puissent émerger : contrairement aux musiques « classiques » où les instrumentistes reçoivent leur formation dans des conservatoires, les musiciens des musiques actuelles se forment « sur le tas », au contact du public, dans les bars, petits festivals, bals folks …
Limiter la diffusion des pratiques amateurs, c’est donc dans nos secteurs mettre en danger la possibilité de toute professionnalisation…
Ces lieux à l’économie fragile ne peuvent pas dans la grande majorité des cas rémunérer les prestations au tarif conventionnel : l’alternative n’est donc pas entre musiciens amateurs ou professionnels mais entre musiques vivantes ou pas !
Une association de parents d’élèves qui organisait concert ou bal folk pour se faire un petit bénéfice pourra toujours se rabattre sur un loto… Qui pourra prétendre que la musique vivante puisse y gagner ?
Ce que nous souhaitons :
 Simplement avoir la possibilité de rester bénévoles !
La rémunération des amateurs doit rester une possibilité (qui se pratique déjà), pas une obligation. Ce qui distingue amateur et professionnel, c’est justement l’absence de gain à titre personnel : l’amateur est celui qui ne tire pas de bénéfice financier de ses prestations. Ses prestations peuvent par contre être facturées au profit de l’association dans lequel il œuvre.
 La notion de non-lucrativité doit donc être précisée : elle doit s’appliquer aux artistes amateurs indépendamment du type de manifestations auxquels ils participent (seuls les défraiements éventuels sur justificatifs sont alors autorisés).
 Nous revendiquer comme amateurs ne nous pose pas de problèmes… l’obligation légale de faire figurer cette mention sur tous les supports de pubs des évènements où nous nous produisons nous paraît une mesure délirante ! Quelle justification ? Pour quel problème ? Et s’il existe un problème, pourquoi pas demander l’inverse ?
 En tant qu’associations de musiciens amateurs, certains d’entre nous font appel à des professionnels pour des formations, des aides à la mise en scène etc…
Au-delà de l’enrichissement pour nos pratiques, c’est une façon concrète d’exprimer une proximité, une solidarité avec des professionnels qui partagent notre passion, beaucoup d’entre nous soutenant par ailleurs sans réserves la lutte des intermittents. Si inciter au développement de ces collaborations nous semble une bonne chose, vouloir encadrer, réglementer, régimenter ces pratiques nous semble complètement dissuasif et contre-productif !
 Nous partageons l’idée que « le droit à l’expression personnelle, et donc à avoir une pratique artistique est un droit fondamental de la personne », qu’il « s’agit même d’un droit constitutionnel qui, en tant que tel, doit être encouragé et valorisé ».
C’est pourquoi nous revendiquons pour toutes les musiques vivantes (dont les pratiques amateurs) la possibilité de diffusion la plus large.
Vouloir cantonner les musiques amateurs dans des « espaces d’accueil identifiés et autorisés » ( !), la fête de la Musique ( !), ou quelques festivals spécialisés est une proposition au mieux ridicule, au pire relevant d’une conception policière de la culture.
Nous sommes donc définitivement opposés à toute idée de « maîtrise » de la diffusion des amateurs, concept dangereux et rétrograde, en opposition complète avec toute volonté de développement de la culture populaire.

Re: un avant projet de loi très inquiétant

Publié : 08 mai 2006, 14:10
par dana
d'abord merci dailleurs de nous rejoindre sur musique-libre.org
L'info avancée sur votre site n'a pas été beaucoup reprise malheureusement. Mais il existe des tas de raisons pour cela.
Votre texte de critique est tut à ait clair et modéré.
Evidemment, si tu fréquentes ce forum, tu apprendras vite que je ne suis pas du tout modéré en général :) Mais que d'autres ici le sont plus que moi etc.. Donc mon point de vue n'est sans doute pas partagé par tous les adeptes des licences de libre diffusion, loin de là.

tu écris :
Je crois qu'il est dangereux d'accentuer la division professionnel-amateurs : c'est exactement ce que souhaite les promoteurs de ce projet !!!.
Je crois au contraire que ce projet de loi constitue un cadeau clientéliste aux professionnels (qui s'inscrit dans la révision des rémunérations des intermittents du spectacle et de leur assurance chomage : ça aide à faire passer la pillule) Et si les amateurs sont prêts à collaborer avec amour avec les professionnels, je ne crois pas que les professionnels soient prêts e retour à nous soutenir dans cette affaire.

J'aimerais bien savoir , si cet avant-projet de loi était finalement présenté, quelle serait la position des professionnels ? Monteraient-ils au créneau pour défendre les pratiques amateurs ? Hé bien, je te parie, qu'à part quelques exceptions, des gens qui se souviennent de leurs jeunes années, la plupart resteront coi, ou bien défendront le projet.
Pour m'être frité bien des fois avec des intermittents ou des gens du mùétier qui me reprochaient de jouer gratos ou presque dans des bars, je n'ai aucune confiance envers ces gens là dans leur ensemble.

Mais..
j'attends de voir si cela se produisait (et j'espère surtout que le ministre de la culture va oublier cet avant projet.. D'un autre côté, il veut peut-être définitivement cadenasser les privilèges des professionnels comme il le fait à travers les DASVI et ce projet de loi irait tout à fait dans ce sens.

Enfin bon.. je suis très sensible sur le sujet parce que je prépare un pamphlet contre la politique culturelle de ce pays.. alors forcément je suis cho comme la braise là

mais je le répète, mon point de vue est toujours de m'attendre au pire. Il y a suffisament de gens modérés je trouve, il faut aussi des polémistes..