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Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Forum sur les convergences entre le logiciel et la musique libre...
mpop
Messages : 664
Inscription : 25 mars 2006, 19:30

Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par mpop »

Alors voilà, je poste dans le forum des convergences entre musique libre et logiciel libre, pour affirmer que ça n'a pas grand chose à voir. :)

Suite à un message sur Framasoft, j'ai rédigé la réaction suivante. Il s'agissait de répondre à l'affirmation « l'art n'est pas libre tant que l'on n'autorise pas les modifications, car la clause ND est une discrimination, une volonté de garder le contrôle, tandis que les développeurs de logiciels libres s'en passent bien, eux ! ».

J'ai voulu faire un peu le point (de manière pas très organisée) entre les différences dans les processus de création entre art et logiciel.

Hop, je cite :
leviathan a écrit :Une deuxième chose est la différence de mentalité existant entre les "artistes" et les "développeurs". En effet, j'ai l'impression en lisant, ça et là, les argumentaires qui font l'éloge des CC avec clauses que j'appelle discriminatoire (NC, ND en particulier) que les "artistes" pensent être les seuls à mettre leur personnalité dans leurs créations ce qui les autoriseraient afin de ne pas perdre leur personnalité à restreindre l'utilisation de leurs oeuvres.
Pour commencer, et pour tâcher d'être pragmatique, ce qui autorise un auteur à restreindre l'utilisation de son œuvre, c'est la propriété intellectuelle. Celle-ci fait partie du contrat social. Elle n'est pas « naturelle » ou « évidente », mais c'est peut-être beaucoup demander aux artistes comme aux développeurs de devoir se justifier moralement de leur utilisation de la propriété intellectuelle.

Ensuite, effectivement un développeur peut exprimer sa personnalité à travers un logiciel. Mais c'est rarement le but premier du logiciel. Le logiciel n'est pas qu'un outil, mais c'est généralement sa fonction première. Le programmeur code en visant cette fonction. L'artiste, lui… eh bien on peut difficilement trop généraliser, mais globalement il y a fondamentalement un désir de s'exprimer qui dépasse le simple divertissement. Même si, là aussi, il y a des œuvres de divertissement.

Je prendrais plutôt les choses autrement. Plutôt que de demander « Comment justifiez-vous le fait de restreindre l'utilisation de vos œuvres ? », je demanderais plutôt « Que pouvez-vous gagner à ne pas la restreindre ? ».
Pour un développeur, le développement mutualisé lui permet d'obtenir un logiciel de qualité, ce qui aurait été difficile seul. C'est valable également, dans certains cas, pour une entreprise.
Pour un artiste, autoriser les modifications ne représente pas forcément un grand intérêt. L'œuvre telle qu'il l'a conçue peut lui convenir, et il peut ne pas désirer en obtenir de version « amendée ». Et si des versions amendées sont intéressantes, c'est surtout pour le public, pas forcément pour l'auteur. Tant mieux pour le public, tant mieux pour les co-auteurs et auteurs d'œuvres dérivées, tout cela est bel et bon. Mais ça n'est plus l'œuvre d'origine, et ça, ça peut gêner l'auteur de cette œuvre.

L'auteur d'une œuvre doit donc peser le pour et le contre entre une plus grande richesse offerte au public (économiquement et culturellement parlant, une œuvre qui pourrait être à la fois objet et ressource est d'une plus grande valeur qu'une œuvre qui ne serait qu'objet figé), et la volonté de communiquer un message sans que celui-ci soit perturbé outre mesure (même sans aller jusqu'au cas du détournement flagrant, des petites modifications faites en toute bonne foi peuvent être mal reçues par l'auteur d'origine… voir à ce sujet les tensions autour de chaque projet d'adaptation !).

Permettre les modifications ne me semble pas être une bonne ou une mauvaise chose dans l'absolu.Dans le cas du logiciel, cela permet la mutualisation, et pour les utilisateurs cela garantit une plus grande indépendance (ou liberté) vis-à-vis de l'auteur d'origine. Permettre les modifications permet des corrections de bugs et des optimisations, ou l'ajout de fonctionnalités supplémentaires. Mais cela inclut aussi le risque du fork, du détournement de l'œuvre logicielle par rapport à la direction que voulait lui donner l'auteur d'origine. La question du fork est loin d'être simple à gérer, et on peut comprendre que certains développeurs l'aient mauvaise parfois, même si on reste attaché à l'indépendance offerte à l'utilisateur.
Mais en tout cas, malgré le risque de fork, la plupart des modifications iront probablement dans une direction qui conviendra à l'auteur d'origine, ou même une direction qu'il aura définie lui-même.
Enfin, dans les projets qui dès le départ sont très collectifs, les modifications sont acceptées sans doute plus sereinement.

Les modifications dans le domaine des œuvres d'art sont plus difficiles à cerner. Autant dans le logiciel une bonne partie des modifications possibles peuvent être classées comme positives ou globalement positives (correction de bug, ajout d'une fonctionnalité bien intégrée), autant pour une œuvre d'art il est difficile d'affirmer qu'une modification améliore l'œuvre. En quelque sorte, chaque modification d'une œuvre d'art est un fork ! Un fork qui ne disperse pas les ressources humaines, mais qui disperse les ressources en attention du public qui font auss la valeur d'une œuvre. Autoriser les œuvres dérivées peut donc avoir un coût non négligeable : l'effacement de l'œuvre d'origine par les œuvres dérivées.
Si les modifications apportées étaient des améliorations, il n'y aurait pas de raison « idéologique » (ou esthétique) de s'y opposer. Si l'œuvre d'origine est effacée par une ou des œuvres meilleures, alors tant mieux. Mais voilà : personne ne peut affirmer qu'une modification d'une œuvre améliore cette œuvre. On sait juste que cela produit une œuvre différente.

Le problème, c'est qu'on ne sait pas trop sur quoi se baser pour tracer des limites (même floues) entre logiciel et art. Il y a pléthore de cas particuliers, d'exceptions, de généralisations abusives, etc., qui font qu'il est impossible de donner des définitions acceptables.

Faut-il laisser aux développeurs de logiciels libres affirmer à quel point ils sont plus mieux car ils autorisent la vente et les modifications ? Ou bien peut-on démontrer que la décision d'accepter les modifications n'est pas la même dans le cas d'un logiciel que dans le cas d'une œuvre d'art ?
xulops
Messages : 479
Inscription : 02 juil. 2005, 02:09

Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par xulops »

Hum... intéressant sujet.

Ton post n'est-il pas (en autres) issu de ce débat là par hasard ? :D
http://linuxfr.org/2006/07/17/21106.html
mpop
Messages : 664
Inscription : 25 mars 2006, 19:30

Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par mpop »

xulops a écrit :Ton post n'est-il pas (en autres) issu de ce débat là par hasard ? :D
http://linuxfr.org/2006/07/17/21106.html
Si si. J'avais lu la dépêche en question, d'ailleurs. Elle sonne un peu trop rappel des troupes à mon goût, mais ça passe encore. Par contre les arguments du type « les artistes ont beau jeu d'affirmer que l'art et le logiciel sont différents pour justifier leur soif de contrôle » passent moins bien…
xulops
Messages : 479
Inscription : 02 juil. 2005, 02:09

Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par xulops »

En effet. J'ai été assez surpris de voir cete dépêche en première page de linuxfr, par contre pas vraiment surpris de la teneur des commentaires.
Il est clair que les licences dites libres ne correspondent pas toutes (nc/nd) aux critères de la FSF. Et il est logique de voir les forumers de linuxfr juger de la liberté selon ces critères. Question de contexte et d'environnement.
C'est pourquoi ton expression "licences de libre diffusion" est beaucoup plus appropriée.
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jp_h
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Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par jp_h »

mpop a écrit :personne ne peut affirmer qu'une modification d'une œuvre améliore cette œuvre. On sait juste que cela produit une œuvre différente.
Ben voilà, je pense que tu as tout dit. Mais permet moi de rajouter 2 choses :) 1/ Un logiciel n'est jamais fini, alors qu'une oeuvre d'art si (c'est arbitrairement l'auteur qui le décide). On peut donc voir le côté Open des licences comme un moyen de créer une oeuvre collective, mais c'est tout. Si l'auteur veut faire un travail uniquement personnel, ça ne lui sert à rien. 2/ Autoriser les travaux dérivés a aussi l'avantage de supprimer les problèmes devenus courants avec les musiques actuelles basées sur le sampling, au moins les choses sont claires dès le départ.
FrihD
Messages : 77
Inscription : 20 juil. 2004, 01:08

Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par FrihD »

J'opterais pour oeuvre en "libre copie". (ça rajoute le caractère ND, pas contre le NC qui n'est inclus ni dans 'diffusion' ni dans 'copie'). Enfin, j'ai eu beau chercher, j'ai pas trouvé de mot correspondant à NC ND 'au moins', donc soit on l'invente soit on dit en NC ND... pas la peine de chercher de belles formulations 'faussement plus simples'.

Ensuite, mpop ton argumentation est très bien terre à terre, mais je crois que tu te trompes de cible. Le soucis est de l'ordre du vocabulaire et idéologique. Elle ne se résume pas à l'intérêt (vis à vis de l'auteur) d'offrir des libertés supplémentaires.
Même les plus intégristes (dont moi) savent qu'un auteur ne retire pas toujours un bénéfice en libérant son oeuvre (que ce soit logiciel ou pas). Quand on dit que "NC c'est pas libre" on ne dit pas "NC c'est nul".
Il n'y a aucun aspect "pratique" dans la question de liberté. Si celui-ci saute aux yeux dans le cadre du logiciel et est (selon toi) presque inexistant dans l'art, ce n'est pas un problème.
A ce sujet RMS dit bien que l'art n'a pas besoin d'être libre, il dit au contraire que ce serait bien qu'il y aît au moins un droit de copie NC ND sur chacune d'elle. Il avance les mêmes argument que toi mpop.

A mon avis vouloir à ce point séparer "création logicielle" de "création artistique" est dangereux en plus d'être irréalisable (tu dis toi même que la barrière est floue) : les confusions entre les licences CC sont déjà assez fréquentes, faut pas continuer à se "babeliser" plus.
C'est aussi prendre le risque d'avoir de nouveaux des confusions du type freeware=libre.

Enfin la problématique des oeuvres dérivées qui effacent l'oeuvre originelle c'est également une autre question. Ce problème vient du fait que les licences sont mal appliquées : toutes les licences demandent qu'on cite l'auteur original et qu'on lie l'original (reste à l'auteur initial le soin de préserver et garantir la disponibilité de la source). Et j'ajouterai que l'informaticien plus que l'artiste détruit son gagne pain : chaque nouvelle génération de langage informatique surpasse en productivité les anciennes. Si on t'en tiens à ton raisonnement l'informaticien n'a aucun intérêt à développer des outils libres qui améliorent son rendement. Car une conséquence c'est que l'employeur aura besoin de moins d'informaticiens. Comme dit le paradoxe : plus y'a de gruyère plus y'a de trous, plus y'a de trous, moins y'a de gruyère.
FrihD
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Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par FrihD »

jp_h a écrit : Ben voilà, je pense que tu as tout dit. Mais permet moi de rajouter 2 choses :) 1/ Un logiciel n'est jamais fini, alors qu'une oeuvre d'art si (c'est arbitrairement l'auteur qui le décide). On peut donc voir le côté Open des licences comme un moyen de créer une oeuvre collective, mais c'est tout. Si l'auteur veut faire un travail uniquement personnel, ça ne lui sert à rien. 2/ Autoriser les travaux dérivés a aussi l'avantage de supprimer les problèmes devenus courants avec les musiques actuelles basées sur le sampling, au moins les choses sont claires dès le départ.
Tout dépend de ce que tu appelles une oeuvre d'art!
Pour moi une oeuvre d'art n'est pas son enregistrement sur un support fixé, mais bel et bien un travail commun de création et d'interprétation.
On nous sort l'argument comme quoi l'oeuvre demande une certaine sensibilité et sa perception, les sensations créées diffèrent à chaque écoute, à chaque personne qui "consomme" l'oeuvre. C'est bien là la preuve que l'oeuvre n'est jamais terminée puisque chaque exécution crée une nouvelle oeuvre.
Une oeuvre achevée est une oeuvre morte, tout bêtement car c'est le contraire d'une oeuvre qui vie (ou alors c'est une oeuvre de Schrödinger).
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jp_h
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Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par jp_h »

FrihD a écrit :Car une conséquence c'est que l'employeur aura besoin de moins d'informaticiens. Comme dit le paradoxe : plus y'a de gruyère plus y'a de trous, plus y'a de trous, moins y'a de gruyère.
Mais dans l'informatique, on ne s'inquiète pas outre mesure, car on sait aussi que : Plus il y a d'informaticiens, plus il y a de bugs. Donc plus d'informaticiens, etc...
FrihD
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Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par FrihD »

jp_h a écrit :Mais dans l'informatique, on ne s'inquiète pas outre mesure, car on sait aussi que : Plus il y a d'informaticiens, plus il y a de bugs. Donc plus d'informaticiens, etc...
Oui j'admet que c'était tiré par les cheveux, mais c'était surtout "pointer du doigt" la moitié manquante du raisonnement, plutôt que pour énoncer une vérité (j'ai bien dit "la problématique des oeuvres dérivées qui effacent l'oeuvre originelle c'est également une autre question").
En surface, mon raisonnement n'est pas plus faux que celui de mpop : Si on s'en tient à ce que fait l'informaticien qui fabrique un compilateur, il détruit son gagne pain : si tout le monde programmait en assembleur on aurait besoin de beaucoup plus de main d'oeuvre pour les mêmes résultats.

Oublier l'intérêt justement d'avoir des compilateurs et la programmation objet, c'est une bêtise du même ordre qu'oublier l'intérêt d'avoir pleins de gens pour citer ton oeuvre en tant qu'oeuvre originale et donc te donner plus de visibilité.
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jp_h
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Re: Les divergences entre musique libre et logiciel libre

Message par jp_h »

FrihD a écrit : Oublier l'intérêt justement d'avoir des compilateurs et la programmation objet, c'est une bêtise du même ordre qu'oublier l'intérêt d'avoir pleins de gens pour citer ton oeuvre en tant qu'oeuvre originale et donc te donner plus de visibilité.
Effectivement, bonne démonstration. Mais dans le domaine de la musique les choses ne sont pas aussi simples. Ou plus simple, suivant comment on voit les choses. Cherche tout les morceaux de style House dans MLO, il y en a 69. Sur le lot tu en trouvera bien 2 (frolage de troll) très proches et pourtant n'étant pas des copies, ni des travaux dérivés. Ils sont tous dérivés du même style, c'est ce qui fait leur parentée. Mais il n'y a pas de droit d'auteur sur les styles, ni sur les rythmiques d'ailleurs. On voit bien que cette histoire de travaux dérivés est surtout une histoire de théoriciens, pas de musiciens.
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