Cela dit, ne crois-tu pas que c'est aussi leur condition qui enrichit leurs écris?
mona chollet écrit à ce sujet dans sont compte rendu :
Se méfier des morales doloristes
D’autres, au contraire, se passeraient sans complexe du second métier, qui ne représente à leurs yeux rien d’autre qu’un obstacle. Après avoir longtemps cru nécessaire de garder le contact avec le monde social, de « voir le vrai peuple » et « être avec des vrais gens », Annie Zadek dit en être revenue : « Je ne le crois pas ou je ne le crois plus ou j’ai fait le tour de ça ou ça me suffit. » Dans Working, on trouve un torpillage du même ordre dans la bouche de Terry Pickens, quatorze ans, qui exerce la fonction, si importante dans la mystique américaine du travail, de livreur de journaux : « Je ne vois pas pourquoi ça va vous rendre meilleur de vendre des journaux et d’apprendre que les gens sont plutôt vachards, ou qu’ils ont pas assez de sous pour acheter un journal. Ça va vous rendre plutôt plus mauvais, parce que vous allez pas les avoir à la bonne, les gens qui vous paient pas. Et vous allez pas les avoir à la bonne, ceux qui ont l’air de vous faire une grande faveur parce qu’ils vous paient. Ouais, ça vous forme le caractère si on veut, mais pas en mieux. (...) Je vois pas où les gens vont chercher tous leurs boniments sur le môme qui va devenir Président, et que vendre des journaux, c’est ce qui l’a fait devenir Président. Que ça lui a appris à se débrouiller avec son argent, et toutes ces conneries-là. Vous savez ce que ça m’a fait ? Ça m’a appris à avoir les gens de ma tournée dans le nez. Et les chiens. » Il faut peut-être se méfier, en effet, de cette morale doloriste selon laquelle il serait bon pour nous d’en baver et de nous mortifier. Comme le fait remarquer Bernard Lahire, il y aurait « mille autres manières » que le second métier de rompre l’isolement des écrivains. De même, si une certaine dose de contrainte peut leur être bénéfique, comme à tout être humain, pour leur donner un « cadre », il reste à voir de quelle dose ils ont besoin au juste. Et enfin, il n’est peut-être pas indispensable que, pour être formatrice, cette contrainte soit désagréable.
Lahire, et certains des auteurs qui témoignent dans son livre, font valoir que les écrivains, contrairement aux chercheurs ou aux intermittents du spectacle, ne bénéficient d’aucun statut. Seul le jeu de l’oie des prix littéraires, des bourses, des résidences, leur permet parfois de se dégager davantage de temps pour écrire que dans les interstices de leur « second métier » - qui est souvent le premier par le nombre d’heures qu’ils lui consacrent, même si ce n’est pas le plus important à leurs yeux. Le marché de l’édition n’existerait pas sans eux, plaident-ils, mais, parmi les acteurs de la chaîne du livre, ils sont les derniers servis. La question est délicate à trancher : les chercheurs augmentent le savoir de la société sur un objet d’étude donné ; serait-il justifié, ou même possible, de faire également bénéficier d’un « statut » ceux qui se consacrent à l’exploration de l’imaginaire ? En outre, l’écrivain, contrairement au comédien, par exemple, exerce sa créativité et produit de l’art avec une logistique réduite au minimum : dans la solitude, dans l’intimité, en volant quelques heures à ses autres occupations dès que l’occasion se présente.
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je serais plutôt de cet avis aussi. On peut s'embourgeoiser pour ainsi dire, sans perdre de sa vigeur créative.
Mais c'est sûr que Kerouac par exemple, pûisqu'i fait de ses pérégrinations délirantes la matière même de ses récits, n'aurait pas été Kerouac si etc..
En même temps c'est un peu biaisé comme raisonnement
POurquoi certains éprouvent-ils le besoin de raconter ces choses et d'autres pas..
On peut aussi retourner la question que tu poses : vivre pour écrire et non pas écrire pour vivre. Je songe au héros de Lowry (le bien nommé dh) dans Ultramarine - jeune poère assez pathétique qui décide de faire le tour du monde sur un navire en tant que mousse, juste dans l'espoir de murir plus vite et d'zavoir en tant qu'écrivain des histoires et légendes à raconter. Mais, à son retour.. Il n'a plus rien à écrire (et tout le monde a oublié el prometteur poète. C'est évidemment ainsi que le jeune LOwry a conçu la création (mais il a été en quelque sorte piégé par la suite, et a vécu dans laplus grande galère toute sa vie durant, accumulant tant et tant d'expériences aventureuses, alors qu'une partie de lui-même n'aspirait qu'au repos -devenant presqu' esclave de sa condition d'écrivain)
Tiens faudrait que j'écrive un truc là dessus. je m'en sens très proche de Lowry, proche phantasmatiquement depuis que j'ai 16 / 17 ans. quoique au bout du compte, je n'aurais probablement rien écrit, à part des bribes. Peut-être que je me suis mis à boire sérieusement pour devenir écrivain. Quand j'étais jeune je disais vivre des expériences - ce qui consistait en réalité à baiser un peu partoutavec n'importe qui, et avalmer toutes sortes de trucs qui défonçait la gueule : bon ça a bien valu quelques poèmes affreux.. ça n'a pas fait de moi un poète ou un écrivain. Juste un gros loser.
Il y a aussi ce livre marrant d'un écrivian barcelonnais, enrique vila matas
http://www.brindilles.net/barleby-cie-e ... ila-matas/
Ce qui reste étonant en tous cas, c'estq ue, quel que soit la condition sociale, du plus bas de l'échelle au plus haut, on trouvera toujours des mecs pour créer des trucs, de la littérature, de la musique etc. Ce qui me fait dire que la capacité créative ne peut être éclaire par la condition sociale. Ce ne quoi je ne suis pas du tout marxiste à ce niveau (encore que.. Marx lui-même l'aurait sans doute admis)