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art et industrie

Publié : 18 mai 2007, 16:01
par aisyk
Je vous transmet mon dernier billet sur les rapports entre art et industrie -de la création- un compte-rendu et une réflexion sur la conférence à laquelle j'ai pu assister.

http://aisyk.blogspot.com/2007/05/art-et-industrie.html

Re: art et industrie

Publié : 18 mai 2007, 18:39
par dana
j'ai lu ton compte rendu

bien sûr je suis d'accord avec ta conclusion
Je ne suis pas opposé à tous ces métiers alimentaires mais ils doivent à mon sens être considérés comme tels, et pas comme des démarches artistiques originales, car c'est tromper le public, tromper les gens sur la définition de l'art, et pervertir les missions essentielles de l'art (réflexions, réactions, opposition...).
mais j'ai une envie de dire ça moins gentiment
marre d'être gentil et modéré
grrrr

ce qui me vient en vrac :

1° marre de ces experts de la musique qui dissertent à tout va depuis des lustres et répètent les mêmes banalités - cette manière qu'on a de vouloir à tout prix récupérer les créateurs pour les intégrer de force dans l'HISTOIRE DE L'ART (là tout le monde devrait se metttre à genoux et arborer un sourire béat d'admiration parce que , quand un truc rentre dans l'histoire de l'art hé bien c'est comme quand le pape sanctifie un guss)

2° putain.. comment peut-on parler d'art et de création dans ces termes là ?
faut être clair, les kékés qui font de la musique de pub de jeux vidéos ne fnt rien d'autre que les créateurs de paires de chaussettes (lesquels me semblent-ils n'ont pas droit au titre d'artiste)
c'est pas parce qu'on fait de la zique qu'on est forcément un "artiste" bordel à schtroumpff
ou alors
invitions les coiffeurs, les concepteurs de chaussettes, les génies du marketing dans le vaste monde des artistes. Invitons nous nous mêmes, du moment qu'on a appuyé sur le bouton de son logiciel à faire des boucles electroniques, dans le monde merveilleux et manifestement si attrayant des artistes (après c'est les mêmes kékés qui pleurent : "comment ça se fait ? j'ai fait un super album avec mon super logiciel de samples, et je gagne pas ma vie malgré cet effort surhumain ? c'est pas juste, je vais aller disserter sur la condition des artistes à l'ère numérique alors !!)

3° ça m'horripile
ça m'horripile depuis toujours en fait
je vais redevenir cynique et méchant et élitiste
marre des povs zigs qu'on strictement rien à dire mais qui disposent de moyens d'enregistrement et de promotion qui les autorisent à entrer dans la grande porte du monde de l'art

4° ce vide mon dieu
ce creux
on est vraiment dans l'ère du vide de l'hyper média mon cul
on le voit dans les discours politiques, lesquels importent moins que de savoir si Cécilia a voté ou pas, ou si fillon a battu sarko au footing du matin
c'est déplorable
je zieute d'un oeil MTV au café le matin, et encore tout à l'heure à la radio une émission consacrée à la "chanson française"
pffff
c'est nul, abyssalement creux

5° le pire, c'est que les français, et pas seulement eux, aiment ça en général
se divertir et ne pas penser (pendant que les experts se masturbent en dissertant sur l'art et l'industrie, ou font des think thank sur la musique à l'ère numérique)
je hais décidément ce monde là de plus en plus
envie de virer tous les textes que j'ai pu écrire au sujet de la musique

bref
cette conférence devait être terriblement énervante à mon avis aysik :)

Re: art et industrie

Publié : 19 mai 2007, 17:42
par aisyk
Oula...

Je l'ai trouvée intéressante cette confrontation de deux mondes. Surtout que l'universitaire (Nicolas Thély, auquel je lui ai envoyé un lien vers mon texte) s'est posé une question à la fin de la conférence "mais pourquoi il n'y a pas eu plus de réactions au discours proposé ?". Cette dichotomie me semble vraiment essentielle pour comprendre le milieu des marketeux.

L'industrie vue comme bouche de sortie essentielle (et par là, la publicité, les jeux vidéos...) aux artistes pour qu'ils trouvent leur public, mais aussi et surtout pour qu'ils se fassent de l'argent. La valeur de l'artiste est niée, n'est pris en compte qu'un constat de départ, l'artiste ne serait là que pour en profiter comme les autres... ("et nous au passage on lui propose des outils sur lesquels on va se faire un max de pognon"). Même logique que les myspayce et cie, profiter de la valeur de l'artiste en dénaturant complètement son oeuvre, son propos pour y imposer un message. J'allais dire, même, profiter du terme "artiste" pour imposer aux gens que le marketing et la pub sont des arts (et pourquoi pas pour profiter des dispositifs favorables aux artistes (intermittence, subventions...).)

Surtout un exemple édifiant, celui de LCD Sound System, le gars qui a fait la pub pour les chaussures nike et apple (on écoute son nih-pod pendant son jogging), il aurait "imposé" un morceau de 45:22 aux marketeux.... :lol: On voit ici le décalage de sens, entre ce qui importe pour les marketeux (le format temps), et ce qui semble le plus important (le message, les paroles, la démarche, la critique...).

Re: art et industrie

Publié : 19 mai 2007, 19:46
par dana
On voit ici le décalage de sens, entre ce qui importe pour les marketeux (le format temps), et ce qui semble le plus important (le message, les paroles, la démarche, la critique...).
oui un décalage de temps, c'est tout à fait ça
à développer même (faudrait de la philosophie sur ce coup, et la philosophie du temps c'est coton : moi je dirais le temps de la croissance, de la maturation contre le temps de la production, le temps qui doit durer le moins de temps possible car le temps c'est de l'argent etc.)
tant mieux que LC sound system prenne son temps et ait le pouvoir d'imposer ce rythme là (et son rythme en général) aux abrutis du markékéting way of (non-)thinking
l'autre solution (je parle pour des types et des gonzesses comme moi) c'est deprendre son temps en ignorant complètement le temps du marketing. ça fait un bien fou.je conseille à ceux d'entre vous qui souffre de contrats de productions foireux, hyper contraignants etc. Bon d'accord, on gagnera jamais rien, mais qu'est-ce qu'on vit mieux quand même.

Re: art et industrie

Publié : 19 mai 2007, 20:54
par Lacrymosa_industry
Très cher Aisyk... En lisant le sujet de ton post, j'allais gueuler...
J'étais près, j'avais déjà inspiré l'air qu'il me fallait pour te souffler si fort que rien qu'en te gueulant dessus, j'allais te faire remonter le Rhone à contre courant.

Tss, c'était sans compter sur ta perspicacité habituelle ! Je cite :
Dans les faits, on peut se poser plusieurs questions. L'artiste qui conçoit des musiques pour des publicités, des jeux vidéos, produit-il de l'art, ou n'est-ce qu'un travail alimentaire ?
Je pense qu'on devrait vraiment commencer par nous mettre d'accord sur la différence entre un Artiste et un Artisan.

En tout cas, pour moi, le propre de l'art c'est qu'il ne sert a rien [Warning ; ceci est une grosse connerie qui a pour propos de mettre à peu près tt le monde d'accord].
En fait, dans ma vision, l'artiste ne sert pas un but ni un propos quand il crée une oeuvre d'art - et là, je sens déjà les mains se lever dans l'assemblé - Non, pour moi, l'artiste ne véhicule pas un message.
La concience politique de l'homme a une sale tendance à faire ça... mais l'artiste, lui, se contente de faire ce qu'il a à faire.

L'artisan lui, il a faim. Il veut manger, filler un toit à ses enfants et avoir une voiture pour draguer les filles. L'arisan lui, il crée avec un propos. Il crée des chaises dans le but que l'on puisse s'assoir dessus, ou de la musique pour de la publicité ou des jeux videos.

Le problème, c'est qu'il arrive bien souvent que l'artisan soit artiste et réciproquement. Pour moi, l'imporance de faire la différence entre ces deux mots réside essentiellement dans l'idée que si on ne le fait pas, alors on autorise l'amalgame entre les deux, et donc, on s'autorise à traiter tous les artistes comme des artisans...

Plus clairement, c'est arriver vers Van Gogh en lui disant : "Ecoute, ce que tu fais ça vend pas, alors pourquoi tu te mettrais pas à l'aquarelle, ou sinon, dans la plomberie, y a pas mal de débouchés".

Alors oui, ta conférence etait probablement très intéressante pour tous les artisans en herbes qui rêvent de pouvoir vivre de leur passion - ce que j'entends généralement par là, c'est ; "qui revent de pouvoir glander et avoir de la thune" - parce que les artistes ont le droit de vivre de leur travail - et ma question, c'est "mais qui, bordel de cul, va se permettre de mettre un prix sur une oeuvre d'art ? hein ?...une oeuvre c'est un morceau d'âme matérialisée, alors, elle vaut combien mon âme ?"

Oui, oui, je suis un intégriste... et puis, bon, voila, j'avais envie de gueuler, ça faisait longtemps que ça m'était pas arriver, mais y a un moment t'as envie de dire "ASSSSSEEEEZZZ" qd tu vois que les amalgames linguistique mène, in fine, à la disparition d'un concept, généralement, celui qui s'intègre le moins bien dans le modèle économique en place.

Re: art et industrie

Publié : 19 mai 2007, 21:10
par dana
je répondrais pas à la place de Aysik, mais, malgré la modération dont il a fait preuve (et qui m'a surpris aussi, au fond nos posts se rejoignent, même si nos colères respectives ne passent pas les mêmes mots)
Je suis pas trop un fervent défenseur du clivage artisan/artiste.. que tu ne défend pas vraiment d'ailleurs.. S'il y a confusion à mon sens ce n'est pas pour rien.. C'est peut-être justement que les clivages anciens se sont transformés. Comme le clivage professionnel/amateur dont j'ai trop longuement causé, ou travail/loisir ou sérieux/dilletante, ou rentable/généreux etc.
en ce moment je privilégierai un clivage (qui vaut ce qu'il vaut, qui fonctionne pour moi en tous cas, pour mes petites pensées) création / art (au sens où l'effet d'une création, éventuellement une oeuvre, mais pas forcément, le processus de création ayant bien d'autres effets que la production d'un objet, hum, au sens où cet effet donc peut trouver sa place ou ne pas la trouver dans un monde de l'art (je dis un monde au sens où il y en a une foultitude))

bon
il n'en reste pas moins que l'idéologie dominante (la philosophie marketing que je l'appelle), tend à accroître la confusion, ou plutôt à simplifier les choses à l'extrême en promouvant un seul modèle d "artiste" (en réalité un producteur d'objets commercialisables) - pour des raisons mille fois répétées ici : entre autres qu'il faut bien faire vivre les intermédiaires, qui, inquiets de la (très) relative autonomie du consommateur, tendent à faire croire qu'ils sont indispensables (ce en quoi globalement vu le niveau de développement mental des dits consommateurs, ou de la majorité d'entre eux, on ne saurait leur donner tort).

On a le monde qu'on mérite (enfin, j'ai de plus en plus envie de dire : qu'ils méritent : un rayon de soleil : vais faire pousser mes chêvres tiens..)

Re: art et industrie

Publié : 19 mai 2007, 23:47
par Lacrymosa_industry
Bah en fait, pour moi le clivage est evident... ptet pour ça que je ne l'argumente jamais assez.
Le clivage il git dans le fait que le mouvement du créateur est un mouvement essentiellement spirituel. Si ton esprit est focaliser sur la recherche du profit, à mon sens, tu crées un produit, puisque son propos est d'être vendu... donc de plaire.
De mon point de vue, le mouvement de l'artiste est totalement différent, puisque son propos final n'a rien de commercial. Même s'il arrive que ce soit une pulsion de survit, il n'en est pas moins désintéressé et dénué de quelque considération que ce soit pour un public potentiel.

Ton clivage est interessant....Je vais y réfléchir en allant faire pousser mon film d'animation ^_^

Re: art et industrie

Publié : 20 mai 2007, 00:36
par aisartco
Moi je lance un BIG appel à toutes personnes de MONTPELLIER

Re: art et industrie

Publié : 20 mai 2007, 02:18
par aisyk
En même temps je ne suis pas sûr qu'un marketeux ne veule que d''un "simple artisan". J'ai aussi et surtout l'impression que le statut d'artiste fascine, son image, son parcours, sa technicité... mais pas sa démarche, pas son discours parce que ce serai trop "clivant" et donc pas vendeur. Un marketeux se doit de s'adresser à sa cible sans pour autant décourager ses potentiels autres acheteurs. Enfin ça c'est une théorie, depuis l'élection de Sarkozy, je suis prêt à parier que l'on verra des campagnes qui se placeront dans un "moi je suis comme ça et je vous emm", ou "vive l'identité française, avec une femme, 2 gosses, et un chien"... enfin, on verra bien, je ne suis pas Elizabeth Tessier :roll: .

En ce qui concerne mon post, je l'ai construit en reprenant le discours de la conférence puis en y mettant de plus en plus mon grain de sel, pour in fine donner mon avis. J'ai eu affaire à ce genre de personnages quelques fois, sans pour autant trouver la faille "en direct" devant eux (je suis parfois mauvais débatteur). Je prends volontairement du recul sur cette position parce je trouve que c'est comme cela qu'elle doit être traitée. On se fait trop souvent rattraper par de la récupération aux accents faussement libertaires. Le libre arbitre comme seul référence aux rapports humains et à leurs déterminismes, le libre arbitre comme conclusion aussi à tout débat, alors que les questions demeurent sans réponse.

Et oui l'art ne sert à rien, et surtout pas à se considérer comme un artiste génial, un mec vachement productif, efficace ou je ne sais quoi encore. Là où les marketeux ne savent pas se placer c'est sur le domaine du politique, ils ne savent pas identifier les discours qu'ils amènent eux-même à diffuser, et s'ils s'en rendent compte, ne veulent pas l'avouer par faiblesse. On a là un point sur lequel s'appuyer mais sans écraser son interlocuteur. C'est toute la subtilité du message.

Quand à la distinction entre artiste et artisan, elle est intéressante. elle me semble néanmoins dépassée par ce que j'ai dit plus haut, le marketeux veut un artiste, pas un artisan, plus pour l'image qu'il dégage que pour son travail. Le travail de l'artiste n'est qu'une illustration.

Pour Endoctrasia, Big Apple, c'est à New York, pas à Montpellier... :roll:

Re: art et industrie

Publié : 20 mai 2007, 04:41
par taro
yoh à tous,

je suis désolé mais je ne comprends pas bien la problématique. je ne comprends pas comment on peut en arriver à opposer art et travail alimentaire. je ne comprends pas non plus comment on peut en arriver à considérer qu'une oeuvre de commande n'est pas artistique (les ménines seraient alors une croute !). ou que la multiplication des contraintes abaisse forcément le niveau artistique...

par contre, je peux comprendre qu'on ne soit pas à la hauteur des contraintes à respecter et produire une oeuvre de merde au lieu de faire quelque chose qui transcende les contraintes. ou je peux comprendre qu'on ne soit bon qu'à une forme donnée de production artistique, et pourquoi pas même de manière totalement superficielle, et s'en contenter. Et si le hasard fait que cette forme-là est justement en vogue à notre époque et qu'il est aisé d'en faire commerce, je peux comprendre aussi qu'on puisse en vivre...

C'est marrant que tu cites Herriman dans cet article de ton blog, voilà un de mes auteurs favoris, il a transcendé une forme "mineure" (strips pour quotidiens) en y apportant une poésie, une vérité, une sensibilité, une profondeur, ainsi qu'une constante remise en question des codes du langage narratif spécifique à la bande dessinée — autant de caractéristiques qui ne sont habituellement pas portées par ce "sous-genre" — tout en en respectant les règles strictes. De fait Herriman utilise la pauvreté du genre pour y exprimer tout son art (cf. par exemple la richesse de la relation triangulaire entre les 3 personnages principaux... "krazy kat" est vraiment tout sauf simple)... Ce n'est plus du petit strip comic de grands quotidiens (au sens de boulot alimentaire pour l'auteur et divertissement pour le lecteur) mais de la littérature (au sens du Quichotte qui se contient lui-même etc).

A mon avis donc ce n'est pas l'industrie qui bouffe l'artiste mais c'est juste que l'industrie par essence n'a pas d'oreille. Et quand en plus elle pense que seule la vision à court terme est valable, ça n'arrange pas vraiment les choses. Pas étonnant qu'elle emploie tant d'artistes qui n'ont au fond rien à dire.