De l'intérêt de la confusion entre partage et vol
Publié : 20 avr. 2009, 15:52
Je crois que les outils naissent d'un besoin de faire quelque chose qui n'a pas encore été fait. Je crois aussi qu'ils portent en eux le germe de leur devenir. Je m'explique. Les armes n'ont pas été créées pour le sport mais pour tuer. On a beau en faire des outils pour tirer sur des cibles en carton, ça reste un outil fait pour tuer.
L'Internet a été créé par des universitaires pour les militaires avant d'être récupérer par les universitaires qui lui ont donné un destin et une philosophie par les usages qu'ils en ont fait.
Conçu en dehors du système marchand, il n'y a qu'au prix d'une transformation radicale qu'il deviendra un centre commercial. C'est le syndrome Minitel 2.0. On cherche alors à centraliser ce qui a été conçu décentralisé pour justement permettre à l'information de continuer à circuler même dans des cas extrèmes comme une guerre nucléaire. C'était le but du réseau Arpanet.
On continuera d'appeler ça le web ou Internet mais le contenu et sa philosophie auront été perdu. Internet existe depuis un bon moment maintenant, son écosystème est le résultat de comportements qui se sont développés en dehors de toute notion d'offres et de demandes. La greffe marchande qui a été une simple transposition des méthodes venant de médias comme la télévision ou la radio, sur le web 2.0, n'a pas très bien pris. Parce que justement les professionnels de la pub et de la communication n'ont pas pris en compte la nature de ce médium. Le fait qu'on y cherche l'information de manière active fait qu'on peut éviter très facilement les chausses-trappes du monde merveilleux qu'on nous vend dans les spots publicitaires des médias de masses. L'Internet est un médium qui s'adapte à celui qui l'utilise, qui s'adapte à des usages particuliers et non définis à l'avance. Pour la première fois, hormis les contraintes techniques liées aux navigateurs ou à l'outil informatique, c'est l'utilisateur qui définit comment il arpente le réseau. D'où l'utilité du logiciel libre qui peut être détourné et modifier selon les souhaits ou les besoins de l'utilisateur sans contrôle extérieur.
Les multinationales qui dirigent nos vies en télécommandant les politiques ne l'ont pas vu venir ou l'on regarder de haut comme un objet dont on ne comprend pas la finalité parce qu'on n'a pas la culture pour le décoder. C'est ce qui arrive quand on construit le monde de son point de vue et qu'on est arrogant.
Même parmi certains libristes, on sent la difficulté qu'il y a à envisager le monde bâtit sur d'autres rapports que la valeur marchande attribuée aux choses.
Alors, Imaginez un système globalisé et mondial, aux profits monstrueux, qui fait littéralement la pluie et le beau temps, qui peut déclencher une famine ou une guerre d'un clic de souris. Comment peut-il concevoir un truc où n'intervient pas l'argent comme condition d'accés aux autres ou à l'information ?
Il ne peut pas.
Pourtant, ça marche.
Ca marche parce que les gens qui ont commencé à l'utiliser gagnaient déja leur vie en assouvissant leur passion; la recherche.
Ils n'ont vu dans le medium Internet que l'attrait de l'échange d'égal à égal et la contribution pour le plaisir de la stimulation intellectuelle. Ce pour quoi l'Homme est le plus doué aprés la guerre, le jeu.
Le carburant de l'Internet est l'échange d'une forme de ressource inépuisable, la connaissance. Et pour changer ça, il faudra casser beaucoup de choses et faire taire beaucoup de monde.
Cela a déja commencé; par l'installation de la confusion entre partage et vol et ça va se poursuivre par le postulat que l'échange sans contre-partie financière est illégale. DADVSI, Hadopi, le délit de contrefaçon, en sont des exemples concrets.
Le monde virtuel a paradoxalement retrouvé ce que le monde réel avait perdu avec les années 80 et la mise sur un pied d'estal de l'argent roi; les contacts humains, la parole, la discussion, la mise en commun des connaissances, la stimulation intellectuelle et l'enrichissement mutuel.
Donc, non, l'Internet tel que nous le connaissons ne disparaîtra pas. Même s'il subit des attaques légales ou techniques, il continuera d'exister, en s'adaptant, car son moteur est l'imagination de millions de personnes qui trouvent là un moyen de donner corps à leurs fantasmes, leurs besoin d'un autre rapport à l'autre fondé sur le collectif et la solidarité et d'un canal d'expression libre.
Tout ce qui se passe en ce moment dans les démocraties pour tenter un retour dans le passé, pour faire comme si l'Internet n'était qu'un accident industriel malencontreux qui n'aurait pas dù voir le jour, est le résultat d'une prise de conscience des "puissants" qui voient une partie de notre temps de cerveau disponible leur échapper.
Le commerce hait le consommateur qui réfléchit, qui discute avec ses pairs, qui teste avant d'acheter, qui décide ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas. l'Internet montre à quel point le monde industriel et financier est en perte de vitesse, à quel point tous les objets fabriqués par des peuples qui n'ont pas la parole, et qu'on nous vend sur des cycles de plus en plus courts, sont sans intérêt et qu'ils ne contribuent pas du tout à notre bonheur.
Même si nous sommes nombreux à nous laisser émerveiller par les choses qui brillent, il y a aussi beaucoup de gens qui espèrent autre chose de leur vie, qui veulent vivre leur vie et non un simulacre dont le seul acte consiste à acheter. Nous pouvons mourir d'une seconde à l'autre, notre temps nous appartient, une fois passé il ne revient pas.
L'être humain est plus qu'une machine biologique. Pensant, il a surtout besoin de rapports avec ses homologues et les autres espèces, de parler à n'en plus finir, de réfléchir, de se poser, de contempler, de s'affranchir des chaines du travail, non pour sombrer dans l'oisiveté, mais pour au contraire mettre à contribution son organe le plus développé, son cerveau. Manipuler des abstractions nous caractérisent. Les concrétiser aussi. Mélanger, remixer, mettre en avant ses idées, ses opinions, être singulier dans le groupe nous caractérisent.
Il y a tant d'autres choses à faire que de louer notre temps de vie à quelqu'un qui a hérité de la fortune de papa qui l'a obtenu par transfert de patrimoine via la Suisse et son système bancaire durant la période trouble de l'Occupation.
Alors que le monde disparaît sous nos yeux, combien avons-nous répertorié d'espèces animales et végétales ? Que savons-nous des océans et des interactions entre tous les êtres qui vivent sur Terre ? Comment se fait-il que nous soyons la seule espèce qui puisse disparaître sans impact notable sur l'ensemble de l'écosystème planétaire ? Que savons-nous de notre cerveau ?
L'Internet a permit des choses impensables dans le monde marchand.
Gnu/Linux, les licences libres qui affirment et donnent des choses contestées, voir interdites par les tenants du pouvoir dans le monde réel. Le hacker est présenté comme modèle d'autonomie, de libre pensée, de va-là-où-le-vent-te-pousse-et-t'emmerde-pas-avec-l'opinion-de-la-majorité-bêlante. Le modèle de l'autodidacte supplante celui du diplômé. L'intelligence peut tenir la dragée haute à l'instruction, l'amateur est au même niveau que le professionnel.
Internet permet à beaucoup de gens d'envisager le monde autrement que comme un système sauvage ou seuls les plus riches ou les plus serviles survivront. C'est devenu aussi le refuges des intellectuels. C'est un formidable outil d'amplification et de simulation des idées. sur Internet on peut tester les utopies.
Le Monde dans cinq ans aura changé, le déroulement du temps s'accélèrent, et nos discussions d'aujourd'hui seront périmées. Nous ne pouvons pas anticiper les fractures technologiques à venir, mais une partie de ce monde aura été construite avec Internet et les gens qui l'utilisent comme il a été conçu à l'origine; pour l'échange et la connaissance sans contre-partie financière; pour le jeu.
Un article sur la Quadrature, pour ceux qui ne l'aurainet pas encore lu :
http://www.laquadrature.net/fr/partager ... historique
Texte diffusable, pour ceux que ça intéresserait, sous Licence Art Libre.
L'Internet a été créé par des universitaires pour les militaires avant d'être récupérer par les universitaires qui lui ont donné un destin et une philosophie par les usages qu'ils en ont fait.
Conçu en dehors du système marchand, il n'y a qu'au prix d'une transformation radicale qu'il deviendra un centre commercial. C'est le syndrome Minitel 2.0. On cherche alors à centraliser ce qui a été conçu décentralisé pour justement permettre à l'information de continuer à circuler même dans des cas extrèmes comme une guerre nucléaire. C'était le but du réseau Arpanet.
On continuera d'appeler ça le web ou Internet mais le contenu et sa philosophie auront été perdu. Internet existe depuis un bon moment maintenant, son écosystème est le résultat de comportements qui se sont développés en dehors de toute notion d'offres et de demandes. La greffe marchande qui a été une simple transposition des méthodes venant de médias comme la télévision ou la radio, sur le web 2.0, n'a pas très bien pris. Parce que justement les professionnels de la pub et de la communication n'ont pas pris en compte la nature de ce médium. Le fait qu'on y cherche l'information de manière active fait qu'on peut éviter très facilement les chausses-trappes du monde merveilleux qu'on nous vend dans les spots publicitaires des médias de masses. L'Internet est un médium qui s'adapte à celui qui l'utilise, qui s'adapte à des usages particuliers et non définis à l'avance. Pour la première fois, hormis les contraintes techniques liées aux navigateurs ou à l'outil informatique, c'est l'utilisateur qui définit comment il arpente le réseau. D'où l'utilité du logiciel libre qui peut être détourné et modifier selon les souhaits ou les besoins de l'utilisateur sans contrôle extérieur.
Les multinationales qui dirigent nos vies en télécommandant les politiques ne l'ont pas vu venir ou l'on regarder de haut comme un objet dont on ne comprend pas la finalité parce qu'on n'a pas la culture pour le décoder. C'est ce qui arrive quand on construit le monde de son point de vue et qu'on est arrogant.
Même parmi certains libristes, on sent la difficulté qu'il y a à envisager le monde bâtit sur d'autres rapports que la valeur marchande attribuée aux choses.
Alors, Imaginez un système globalisé et mondial, aux profits monstrueux, qui fait littéralement la pluie et le beau temps, qui peut déclencher une famine ou une guerre d'un clic de souris. Comment peut-il concevoir un truc où n'intervient pas l'argent comme condition d'accés aux autres ou à l'information ?
Il ne peut pas.
Pourtant, ça marche.
Ca marche parce que les gens qui ont commencé à l'utiliser gagnaient déja leur vie en assouvissant leur passion; la recherche.
Ils n'ont vu dans le medium Internet que l'attrait de l'échange d'égal à égal et la contribution pour le plaisir de la stimulation intellectuelle. Ce pour quoi l'Homme est le plus doué aprés la guerre, le jeu.
Le carburant de l'Internet est l'échange d'une forme de ressource inépuisable, la connaissance. Et pour changer ça, il faudra casser beaucoup de choses et faire taire beaucoup de monde.
Cela a déja commencé; par l'installation de la confusion entre partage et vol et ça va se poursuivre par le postulat que l'échange sans contre-partie financière est illégale. DADVSI, Hadopi, le délit de contrefaçon, en sont des exemples concrets.
Le monde virtuel a paradoxalement retrouvé ce que le monde réel avait perdu avec les années 80 et la mise sur un pied d'estal de l'argent roi; les contacts humains, la parole, la discussion, la mise en commun des connaissances, la stimulation intellectuelle et l'enrichissement mutuel.
Donc, non, l'Internet tel que nous le connaissons ne disparaîtra pas. Même s'il subit des attaques légales ou techniques, il continuera d'exister, en s'adaptant, car son moteur est l'imagination de millions de personnes qui trouvent là un moyen de donner corps à leurs fantasmes, leurs besoin d'un autre rapport à l'autre fondé sur le collectif et la solidarité et d'un canal d'expression libre.
Tout ce qui se passe en ce moment dans les démocraties pour tenter un retour dans le passé, pour faire comme si l'Internet n'était qu'un accident industriel malencontreux qui n'aurait pas dù voir le jour, est le résultat d'une prise de conscience des "puissants" qui voient une partie de notre temps de cerveau disponible leur échapper.
Le commerce hait le consommateur qui réfléchit, qui discute avec ses pairs, qui teste avant d'acheter, qui décide ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas. l'Internet montre à quel point le monde industriel et financier est en perte de vitesse, à quel point tous les objets fabriqués par des peuples qui n'ont pas la parole, et qu'on nous vend sur des cycles de plus en plus courts, sont sans intérêt et qu'ils ne contribuent pas du tout à notre bonheur.
Même si nous sommes nombreux à nous laisser émerveiller par les choses qui brillent, il y a aussi beaucoup de gens qui espèrent autre chose de leur vie, qui veulent vivre leur vie et non un simulacre dont le seul acte consiste à acheter. Nous pouvons mourir d'une seconde à l'autre, notre temps nous appartient, une fois passé il ne revient pas.
L'être humain est plus qu'une machine biologique. Pensant, il a surtout besoin de rapports avec ses homologues et les autres espèces, de parler à n'en plus finir, de réfléchir, de se poser, de contempler, de s'affranchir des chaines du travail, non pour sombrer dans l'oisiveté, mais pour au contraire mettre à contribution son organe le plus développé, son cerveau. Manipuler des abstractions nous caractérisent. Les concrétiser aussi. Mélanger, remixer, mettre en avant ses idées, ses opinions, être singulier dans le groupe nous caractérisent.
Il y a tant d'autres choses à faire que de louer notre temps de vie à quelqu'un qui a hérité de la fortune de papa qui l'a obtenu par transfert de patrimoine via la Suisse et son système bancaire durant la période trouble de l'Occupation.
Alors que le monde disparaît sous nos yeux, combien avons-nous répertorié d'espèces animales et végétales ? Que savons-nous des océans et des interactions entre tous les êtres qui vivent sur Terre ? Comment se fait-il que nous soyons la seule espèce qui puisse disparaître sans impact notable sur l'ensemble de l'écosystème planétaire ? Que savons-nous de notre cerveau ?
L'Internet a permit des choses impensables dans le monde marchand.
Gnu/Linux, les licences libres qui affirment et donnent des choses contestées, voir interdites par les tenants du pouvoir dans le monde réel. Le hacker est présenté comme modèle d'autonomie, de libre pensée, de va-là-où-le-vent-te-pousse-et-t'emmerde-pas-avec-l'opinion-de-la-majorité-bêlante. Le modèle de l'autodidacte supplante celui du diplômé. L'intelligence peut tenir la dragée haute à l'instruction, l'amateur est au même niveau que le professionnel.
Internet permet à beaucoup de gens d'envisager le monde autrement que comme un système sauvage ou seuls les plus riches ou les plus serviles survivront. C'est devenu aussi le refuges des intellectuels. C'est un formidable outil d'amplification et de simulation des idées. sur Internet on peut tester les utopies.
Le Monde dans cinq ans aura changé, le déroulement du temps s'accélèrent, et nos discussions d'aujourd'hui seront périmées. Nous ne pouvons pas anticiper les fractures technologiques à venir, mais une partie de ce monde aura été construite avec Internet et les gens qui l'utilisent comme il a été conçu à l'origine; pour l'échange et la connaissance sans contre-partie financière; pour le jeu.
Un article sur la Quadrature, pour ceux qui ne l'aurainet pas encore lu :
http://www.laquadrature.net/fr/partager ... historique
Texte diffusable, pour ceux que ça intéresserait, sous Licence Art Libre.