Monsieur ou Madame "ccfr" serait bien aimable de nous éclairer.
C Reaction :
J'ai de la sympathie pour la démarche. Mais je tique sur l'aspect non-légal de cette licence (qui est en fait plus un manifeste qu'une licence). Je ne suis pourtant pas un fervent adepte de la légalité, mais l'intérêt des licences ouvertes est justement d'offrir un cadre légal au partage non-mercantile des connaissances et de la culture, à l'heure précisément où les pouvoirs politiques et économiques veulent limiter et contrôler, voire empêcher tout partage.
Je tique aussi sur ça : "Nous affirmons que la propriété intellectuelle est une aberration, de même qu'on ne peut décemment planter un drapeau sur la vie, on ne peut le faire sur son essence".
C'est la propriété tout court qui est une aberration. S'attaquer en particulier à la propriété intellectuelle me semble une erreur stratégique. La propriété du capital me semble une cible plus urgente. Et puis "l'essence" de la vie, moi, ça ne me parle pas trop...
Et ne confondons pas "propriété" et "paternité". Le CPI ne parle que de "propriété", droit qui découle évidemment de la paternité avérée de l'auteur sur son oeuvre, mais il me semble que le terme de "paternité" n'apparaît pas dans la loi (qu'on me corrige si je me goure).
En revanche, c'est bien le terme de "paternité" qui figure dans les licences ouvertes (du moins dans le "by" des CC). Et là, personnellement, je n'ai rien à y redire.
Lorsque les auteurs de la "C Reaction" affirment que l'oeuvre "s'appartient de fait", je vois là une manière assez artificielle de couper l'oeuvre de son contexte. Il n'y a pas d'oeuvre
en soi, existant de toute éternité. Le fait que le droit oblige à une certaine contextualisation ne me choque pas.
Au contraire, lorsque le texte de "C Reaction" affirme que "les créateurs ne sont que des médiums qui récoltent les fruits de l'imaginaire et ne peuvent donc pas prétendre à la paternité", je tique sur les implications mystico-jungiennes. Ce n'est pas un "imaginaire" collectif, ni une transcendance absolue (Allah, Vishnu, Raël, le Grand Horloger ou la Cacahuète Sacrée) qui s'incarne dans une oeuvre par l'intermédiaire d'un "medium" humain. C'est au contraire un ou des individus, en interaction avec le contexte dans lequel ils évoluent (contexte nourri aussi par l'histoire) qui sont bien les créateurs (les
pères) des oeuvres auxquels leur esprit, leur habileté (d'
homo habilis), leur perception du monde, donnent
naissance.
Le CPI, lui, stipule que "l'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous", même s'il est anonyme. Dans ce dernier cas, "les auteurs anonymes sont représentés dans l'exercice de ces droits par l'éditeur ou le publicateur originaire, tant qu'ils n'ont pas fait connaître leur identité civile et justifié de leur qualité". Ajoutons que "l'oeuvre collective est, sauf preuve contraire, la propriété de la personne physique ou morale sous le nom de laquelle elle est divulguée". Ainsi, sauf preuve et manifestation du contraire, MEUH!!! est bien l'auteur de tout ce qui est réalisé sous ce nom, par exemple.
Même si nous pouvons contester la notion de propriété, jouer sur la loi en vertu de la notion implicite de paternité (explicitée par les CC) ne nous empêche donc même pas de produire des oeuvres anonymes ou en nom collectif.
Je dis ça pour ceux qui mettraient vraiment un point d'honneur à refuser toute gloriole découlant de la paternité.
Un autre point sur lequel je tique dans le manifeste de la "C Reaction" : "chaque fois qu'un auditeur découvre ce qu'est la création authentique, il abandonne pour toujours le mainstream, pour rejoindre l'univers hors norme".
Je ne sais pas, personnellement, ce qu'est la "création authentique". Je me reconnais évidemment dans le combat contre le totalitarisme de la marchandise, mais je ne pense pas qu'une oeuvre soit forcément "authentique" si elle est produite et diffusée en dehors de la sphère marchande, ou qu'a contrario, elle soit condamnée à l'inauthenticité du moment qu'elle existe dans le circuit commercial. Cela me semble bien réducteur. Lorsque je prône moi-même l'utilisation de la clause "nc" pour faire exister une sphère culturelle qui soit autonome par rapport au marché, je ne me place pas sur un terrain esthétique. Je trouverais en tout cas très abusif de prétendre que ma musique est "authentique", ou a davantage de valeur artistique, du seul fait qu'elle ne suit pas les canaux de diffusion "mainstream". Il serait également bien présomptueux de ma part de penser que l'auditeur qui aurait le bonheur de découvrir ma musique renoncerait pour toujours à écouter des productions commerciales. Mais peut-être dis-je cela car je suis moi-même un auditeur qui n'a pas renoncé à écouter
certaines oeuvres "mainstream", et un auteur qui ne répugne pas à jouer de
certains des codes de la musique "populaire" (
pop music).
Le
spectacle a d'ailleurs maintes fois prouvé qu'il était capable de récupérer et d'intégrer sa propre contestation, et de digérer ce qui semblait "hors norme" pour créer de nouvelles modes "mainstream".
Méfions-nous tout de même un peu des
postures radicales lorsqu'elles érigent la radicalité comme obligation là où il n'y a en réalité guère d'enjeu à le faire.
Open music yellow :
Je me souviens que cette licence était vantée par Dana.
Le problème, pour moi, c'est que le baragouin est exclusivement in english et ça me rebute un peu, pour me faire une idée. Cette licence est-elle d'ailleurs compatible comme les CC avec le droit français ?
Bref, j'avais trouvé avec les CC et la clause "nc" un bon outil pratique pour mes propres objectifs : diffuser ma musique en dehors de la sphère marchande, sur la base d'une licence connue et relativement compréhensible, qui permette une certaine pédagogie du partage tout en protégeant l'auditeur de l'inquisition de la loi, et me lie à un mouvement collectif (peut-être flou et informe, mais se retrouvant sur certaines bases).
Mais j'enrage que cet outil devienne un gadget 2.0, du fait de son détournement par des tartuffes luxembourgeois ou même à cause des paroles et des actes de ses promoteurs officiels. Le discours de la fondation CC nous emmenait déjà sur une pente savonneuse. Quel est le statut de "Creative Commons France", et quel lien existe avec la fondation "Creative Commons" ? Au nom de qui parle notre ami(e) ccfr ? Qui sont ces gens qui ne sont jamais venus discuter avec nous ? D'où sortent-ils ? Que veulent-ils ? Quels sont leurs projets ?
Si vraiment, pour le "public", la musique libre diffusée sous licences ouvertes doit être associée à
ça, alors il est clair que je ne pourrai plus utiliser un outil ayant perdu toute dimension pédagogique et servant à toutes les turpitudes des start-ups 2.0. Est-il encore temps pour nous de reconquérir ce territoire, ou faut-il d'ores et déjà le déserter et passer à autre chose ?
On avait parlé ici-même d'une licence "Jihad". Je commence à me demander sérieusement si je n'aurais pas intérêt à plagier intégralement le texte de la CC by-nc-sa, licence qui convenait à mes objectifs, en citant uniquement CC comme source, mais en précisant que la licence que j'utilise se démarque totalement des pratiques de Creative Commons. Si ce nom devient vraiment infâmant, il va falloir s'en détacher.