oeuvre libre ?
Publié : 10 nov. 2004, 00:14
j'ai envoyé ce texte sur la list freescape
mais il n'a manifestement pas passé la phase de modération
c'est une réflexion inspirée par les polémiques ayant cours entre les partisans de l'art "radicalement" libre (style LAL, dans la lignée de la GPL) et ceux qui s'accomodent de licences plus restrictives (style : certaines creative commons)
je ne veux pas alimenter la polémique mais juste interroger un peu ce fameux adjectif "libre" qui provoquent tant de débats :
libre ?
Qu'est-ce au juste qu'une oeuvre "libre" ? Comment peut-on dire d'une oeuvre qu'elle est "libre" ou "non-libre" ?
le concept le plus proche de la liberté chez les grecs anciens s'apparentait à quelque chose comme "l'absence d'empêchement". Si je ne suis pas empêché de faire telle ou telle action, alors je peux dans un sens dire que je suis libre de le faire.
Si je ne suis pas empêché de copier, reproduire, diffuser une oeuvre, alors je suis libre d'agir ainsi - une license libre transmet donc une part de liberté à l' "usager" potentiel de l'oeuvre. Si de plus on m'accorde le droit de modifier l'oeuvre, de la comercialiser, etc.. alors je suis libre de le faire etc..
je veux dire, si l'on suit la manière de penser si "réaliste" des grecs, : il n'y a pas de "liberté" en soi, mais la liberté se mesure à un empêchement possible. Dire tout de go d'une oeuvre qu'elle est "libre ne signifie rien dans ce contexte : il faut immédiatement préciser en quel sens elle l'est.
Supposons un monde où d'emblée, toutes les oeuvres seraient disponibles, diffusables, modifiables, reproductibles, sans empechement d'aucune sorte - un monde où il n'existerait pas de droit des auteurs par exemple, ou un monde où le code de la propriété littéraire et artisique commencerait par l'article suivant :
art L. 111.1 : "L'humanité jouit sur toute oeuvre de l'esprit, du seul fait de sa création, d'un droit d'usage absolu, etc.. " (vous mettrez ce que bon vous semble sous le terme "usage absolu"
Parler d'oeuvre "libre" n'aurait aucun sens (ou bien ce serait un pléonasme).
bref.. je voulais juste essayer de voir dans quelle mesure on avait intérêt à parler d'oeuvre "libre" ou "non-libre"..
Il me semble qu'on de peut évaluer la part de liberté que transmet une licence qu'en considérant un contexte particulier.
je ne suis pas persuadé que le contexte de la création logicielle soit comparable à celui de la création artistique. Que le contexte de, la création photographqiue soit comparable au contexte de la création musicale. Et que le contexte de la création de musiques électronique (fondé par exemple sur l'usage de samples) soit comparable au contexte de la création de songwriting (avec des textes..).
J'illustrerai ce point en prenant mon humble exemple : j'ai sorti l'année dernière un disque de musique purement instrumentale -fondé en partie sur des samples. Je le diffuse sous licence CC Attribution-NonCommercial 2.0 (j'autorise donc avec joie les derivative works). Je viens aussi de sortir un disque de songwriting, enregistré avec des amis, avec beaucoup de textes (textes très "personnels", mais qu'importe - le fait est que j'y suis attaché, à la lettre même). Je l'ai publié sous CC Attribution-NonCommercial-ShareAlike 2.0 (donc je n'autorise pas a priori les travaux dérivés). Pour autant est-ce que ces morceaux sont libres ou pas ? Est-ce l'album d'architectonic#33 (mon projet instrumental) est plus libre que le disque de dana hilliot and is friends (mon projet songwriting) ??
Oui sans doute, puisque l'usager (quel terme affreux) - disons : le mélomane- n'est pas empéché de modifier et de publier l'oeuvre modifiée dérivée du premier disque, alors que cela ne lui serait pas permis pour le second disque (du moins sans mon autorisation).
Est-ce que pour autant mon second opus est "non-libre" ???
(les puristes diront : aucun des deux n'est libre
Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de "dé-moraliser" le débat ? Et de s'attacher à une sorte de casuistique en la matière (quitte à repenser après coup sur quel socle commun s'appuient tous ces travaux dont la divulgation s'accompagne d'une transmission de liberté d'usage). je connais mal le monde de l'informatique. Mais je connais bien le monde de la création musicale. Il est très difficile d'expliquer aux artistes pourquoi ils auraient intérêt à adopter une license libre. La référence aux logiciels "libres" ou à la GPL n'a vraiment qu'un impact limité dans l'argumentation. Quand je milite auprès d'autres artistes (et d'abord auprès des musiciens de mon label), il me faut faire preuve de pédagogie et partir de la situation particulière dans laquelle il se trouve. Je vous assure que c'est épuisant et ça fait remonter pas mal d'angoisse surtout chez les jeunes artistes (lesquels n'ont parfois que leur "oeuvre" sur laquelle bâtir un espoir quelconque). J'aurais beau leur répéter comme une incantation le mot "libre", durant des heures (mot qui convenons-en est un joli mot) : ça ne sufit pas toujours..
mais il n'a manifestement pas passé la phase de modération
c'est une réflexion inspirée par les polémiques ayant cours entre les partisans de l'art "radicalement" libre (style LAL, dans la lignée de la GPL) et ceux qui s'accomodent de licences plus restrictives (style : certaines creative commons)
je ne veux pas alimenter la polémique mais juste interroger un peu ce fameux adjectif "libre" qui provoquent tant de débats :
libre ?
Qu'est-ce au juste qu'une oeuvre "libre" ? Comment peut-on dire d'une oeuvre qu'elle est "libre" ou "non-libre" ?
le concept le plus proche de la liberté chez les grecs anciens s'apparentait à quelque chose comme "l'absence d'empêchement". Si je ne suis pas empêché de faire telle ou telle action, alors je peux dans un sens dire que je suis libre de le faire.
Si je ne suis pas empêché de copier, reproduire, diffuser une oeuvre, alors je suis libre d'agir ainsi - une license libre transmet donc une part de liberté à l' "usager" potentiel de l'oeuvre. Si de plus on m'accorde le droit de modifier l'oeuvre, de la comercialiser, etc.. alors je suis libre de le faire etc..
je veux dire, si l'on suit la manière de penser si "réaliste" des grecs, : il n'y a pas de "liberté" en soi, mais la liberté se mesure à un empêchement possible. Dire tout de go d'une oeuvre qu'elle est "libre ne signifie rien dans ce contexte : il faut immédiatement préciser en quel sens elle l'est.
Supposons un monde où d'emblée, toutes les oeuvres seraient disponibles, diffusables, modifiables, reproductibles, sans empechement d'aucune sorte - un monde où il n'existerait pas de droit des auteurs par exemple, ou un monde où le code de la propriété littéraire et artisique commencerait par l'article suivant :
art L. 111.1 : "L'humanité jouit sur toute oeuvre de l'esprit, du seul fait de sa création, d'un droit d'usage absolu, etc.. " (vous mettrez ce que bon vous semble sous le terme "usage absolu"
Parler d'oeuvre "libre" n'aurait aucun sens (ou bien ce serait un pléonasme).
bref.. je voulais juste essayer de voir dans quelle mesure on avait intérêt à parler d'oeuvre "libre" ou "non-libre"..
Il me semble qu'on de peut évaluer la part de liberté que transmet une licence qu'en considérant un contexte particulier.
je ne suis pas persuadé que le contexte de la création logicielle soit comparable à celui de la création artistique. Que le contexte de, la création photographqiue soit comparable au contexte de la création musicale. Et que le contexte de la création de musiques électronique (fondé par exemple sur l'usage de samples) soit comparable au contexte de la création de songwriting (avec des textes..).
J'illustrerai ce point en prenant mon humble exemple : j'ai sorti l'année dernière un disque de musique purement instrumentale -fondé en partie sur des samples. Je le diffuse sous licence CC Attribution-NonCommercial 2.0 (j'autorise donc avec joie les derivative works). Je viens aussi de sortir un disque de songwriting, enregistré avec des amis, avec beaucoup de textes (textes très "personnels", mais qu'importe - le fait est que j'y suis attaché, à la lettre même). Je l'ai publié sous CC Attribution-NonCommercial-ShareAlike 2.0 (donc je n'autorise pas a priori les travaux dérivés). Pour autant est-ce que ces morceaux sont libres ou pas ? Est-ce l'album d'architectonic#33 (mon projet instrumental) est plus libre que le disque de dana hilliot and is friends (mon projet songwriting) ??
Oui sans doute, puisque l'usager (quel terme affreux) - disons : le mélomane- n'est pas empéché de modifier et de publier l'oeuvre modifiée dérivée du premier disque, alors que cela ne lui serait pas permis pour le second disque (du moins sans mon autorisation).
Est-ce que pour autant mon second opus est "non-libre" ???
(les puristes diront : aucun des deux n'est libre
Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de "dé-moraliser" le débat ? Et de s'attacher à une sorte de casuistique en la matière (quitte à repenser après coup sur quel socle commun s'appuient tous ces travaux dont la divulgation s'accompagne d'une transmission de liberté d'usage). je connais mal le monde de l'informatique. Mais je connais bien le monde de la création musicale. Il est très difficile d'expliquer aux artistes pourquoi ils auraient intérêt à adopter une license libre. La référence aux logiciels "libres" ou à la GPL n'a vraiment qu'un impact limité dans l'argumentation. Quand je milite auprès d'autres artistes (et d'abord auprès des musiciens de mon label), il me faut faire preuve de pédagogie et partir de la situation particulière dans laquelle il se trouve. Je vous assure que c'est épuisant et ça fait remonter pas mal d'angoisse surtout chez les jeunes artistes (lesquels n'ont parfois que leur "oeuvre" sur laquelle bâtir un espoir quelconque). J'aurais beau leur répéter comme une incantation le mot "libre", durant des heures (mot qui convenons-en est un joli mot) : ça ne sufit pas toujours..