Hmm, voilà qui est intéressant.ganya a écrit :je commence à voir par ci par la des reflexions du style "trop de creations tue la creation"
Cette petite phrase est construite sur le modèle du « trop d'information tue l'information », qui part du constat que pour un individu donné, la capacité d'attention et le temps disponible pour assimiler des informations sont limités. Et que donc, le meilleur moyen de cacher une information importante est de la dissimuler au milieu d'autres informations triviales, dans un environnement saturé d'informations.
Ou encore, que pour un individu ayant porté son attention sur une information donnée, une avalanche d'informations relatives met en danger cette attention portée.
Maintenant, est-ce transposable à la création artistique ?
Personnellement, j'en doute.
Si le but poursuivi est de garantir à chaque œuvre une diffusion importante (plusieurs centaines voire plusieurs milliers ou millions de récepteurs), effectivement cela pose problème : il y a trop de créateurs pour le public disponible. La demande, en quelque sorte, n'est pas assez forte pour contenir une offre torentielle.
Parce que, dans la société de l'information dématérialisée et ADSLisée, la seule contrainte qui tienne encore la route est la contrainte de temps : le temps de la production, mais aussi le temps d'attention disponible. Le public ne s'est pas multiplié par trois en une génération.
Maitenant, si le but poursuivi est que chaque œuvre puisse atteindre un public, même réduit à quelques personnes, alors le problème se pose déjà beaucoup moins fortement.
J'aurais tendance à dire que trop de création tue la création à partir du moment où :
– tout le monde est créateur ;
– chaque personne crée sans s'intéresser aux créations des autres et sans prendre le temps de les découvrir.
La conjonction de ces deux phénomènes serait effectivement problématique. Mais pour ce qui est du premier, je n'y vois pas d'inconvénient majeur.
On a aujourd'hui un discours qui, sans oser affirmer trop fort qu'il devrait y avoir d'un côté les créateurs et de l'autre le public qui se contente de recevoir (ce qui serait perçu comme une forme d'élitisme peu acceptable), n'accepte pas que la production et la diffusion des œuvres de l'esprit (sans parler spécifiquement d'art) se démocratise, c'est à dire qu'elle devienne accessible à "tous".
On veut bien que les amateurs obtiennent un statut de créateurs à part entière, mais pas trop quand même. Ainsi, la fête de la musique ne dure qu'un seul soir, et le lendemain seul les "vrais" artistes sont encore des musiciens.
« Trop de création tue la création », ça veut dire qu'il faut garder une ligne de démarcation entre l'artiste et le public.
Comme on ne veut pas être rétrograde et élitiste, on accepte que cette ligne soit floue, et qu'on puisse la franchir.
Mais si elle est potentiellement franchissable, pourquoi seulement quelques uns devraient-ils la franchir ?
Je me demande ce qu'en pensent les créateurs(*) sur ce site…
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* Note: je ne suis pas musicien, mais je suis également un créateur, un auteur : j'écris et publie sur le web, par exemple. Mais j'aimerais bien avoir l'avis de ceux qui ont une pratique moins répandue que l'écrit, en l'occurence la musique. S'il y a des artistes ayant d'autres activités, ou des écrivains professionnels, je suis également preneur.