que c'est riche.
la lettre de philaxel en réponse à murat touche, si l'on en juge par la discussion qu'elle suscite sur son blog :
http://www.philaxel.com/?p=109
vision du net de murat ; un truc idiot d'abord qui m'a fait rire : il dit 45000 artistes ratés sur myspace (je voulais vérifier l'expression exacte mais la page du monde.fr comporte une pub en splash plein écran qui se reboucle et se rouvre ad infinitum/nauseam même quand on la ferme.. alors..) : je sais bien qu'il lance un chiffre générique au pif, mais si on prend au mot, c'est drôle, ça veut dire qu'il y a - rien qu'en france ! - sur myspace 175000 artistes "non ratés" (chiffres myspace.fr donnés par le pdg myspace france en juin dernier : 220000 groupes sur myspace.fr) : je sais c'est idiot (mais suggestif quand même, non ?.. bon...), je sors,
ça y est je suis sorti -
...
- je rentre :
mankind, tbls, je vous rejoins sur le point intéressant de ce que dit murat sur l'engagement de l'artiste, la somme de travail que cela implique ; et d'engagement vital, charnel, allez ;
et donc ce qui est considéré comme la-musique-et-l'art-sur-le-net dans la discussion, suivant les termes proposés par murat, ne représente, par rapport à cet engagement charnel de l'art, qu'un ersatz, qu'un leurre, qu'une vanité,
si tant est que l'on assimile la-musique-et-l'art-sur-le-net à une sorte de dérivatif, exercice ludico-post-moderne qui n'engagerait rien chez ceux qui le font "à temps perdu" tout en croyant par là "être" artiste.
or : nombreux sont ceux qui font ainsi, certes. notamment parmi les 175000 artistes "non ratés" que je m'amusais à l'instant à placer sous le nez sagace de murat.
mais : nous savons bien, pour la plupart d'entre nous, et nous sommes très loin d'être seuls, nous savons bien que "le-net" n'est pas un dérivatif ni un ersatz.
c'est à la fois un outil, un "milieu" (technique et social), qui nous sert tout aussi nativement (enfin pas pour tous, ou quasi - par ex. j'ai quarante+, je ne me sers du net que depuis 9 ans, à tout casser - donc pas natif pour moi, mais tellement intensif et acquis que bon...), tout aussi nativement que la guitare, le stylo, le synthé, la radio, le magnéto, les cds, les pinceaux, etc. à réfléchir, exprimer (aux deux sens du mot) travailler, créer, diffuser, nos idées, pensées, intuitions, aperceptions, oeuvres et travaux.
nos travaux et nos jours utilisent, sont modelés par et remodèlent, profitent, du net, comme des autres outils créés par nous. dans la mesure bien sûr où nous en acquérons maîtrise et jouissance par une pratique assidue.
travail : fort bien. j'apporterais cette nuance essentielle : je ne souhaite pas tant que le travail me libère que je ne m'attache à travailler à ce qui me libère.
- quant à ce qu'il dit sur le "leurre" de la crise de l'industrie du disque, bon... il pointe le problème certes : telle que présentée, propagandisée, rabâchée, cette crise est un leurre, mais il le fait avec de mauvais arguments.
tout d'abord l'image économiquement et techniquement fausse du hangar dépouillé toutes les nuits... allons bon... de la part de quelqu'un qui a (j'allais écrire "adopté"... non...) utilisé le net depuis longtemps, ne pas connaître la différence entre bien rival et non rival... ne peut être que du déni, voire de la mauvaise foi...
[philaxel lui dit : "vous pratiquez la même confusion que les ultralibéraux (que vous dénoncez par ailleurs), entre la culture et les produits dérivés culturels, entre les objets physiques (qui sont des biens rivaux) et les fichiers numériques (qui sont des biens non rivaux)."]
encore une étude canadienne récente (une de plus, mais celle-là par la méthode et l'ampleur est assez forte) tend à montrer par les usages et pratiques, que le p2p n'est pas uniquement cause de baisse de ventes : les p2pistes, dit cette étude (une fois de plus, on le savait déjà, mais bon), achètent plus de cds.
d'autre part le nombre de téléchargements n'est certainement pas strictement équivalent à un même nombre de ventes perdues : déplacement de consommation vers video, dvd, sonneries, téléphonie, à p.i.b. et consommation des ménages quasi stagnant ou croissant très peu depuis quelques années.
d'ailleurs et preuve à contrario, la croissance (lente certes, mais significative néanmoins) des ventes numériques légales sur les plateformes commerciales, n'est jamais elle, rapportée à une baisse corrélée des ventes de cds physiques : pourquoi, au nom de quel critère (en bois) économétrique ou autre, la consommation illégale de musique numérique seule devrait-elle être rapportée à une baisse et manque à gagner du marché "physique", sinon aux fins manifestement biaisées d'argumentation boiteuse ?
- quand murat tape sur les patrons des maisons de disque, attirés par le look et le fric, dit-il, pour les opposer aux 90% de gens passionnés qui travaillent dans cette industrie, nous sommes d'accord avec lui.
_ incise : le rappel constant du rôle nécessaire des intermédiaires - labels, producteurs, d.a., disquaires, critiques-"prescripteurs" est capital ; mais devrait néanmoins intégrer dans son insistance cette donnée fondamentale de l'économie numérique qu'est la tendance à la désintermédiation, d'où s'ensuit qu'on ne peut continuer et souhaiter que tout continue comme avant, il faut s'adapter, trouver les nouveaux moyens d'e-termédiation - d'autre part, la place naturelle de l'intermédiaire est d'être "le cul entre deux chaises" : les artistes, et le public... si les deux chaises s'écartent, que se passe-t-il ? _
mais que ne va-t-il plus loin ? ces patrons emblématiques qui se gavent, sont partie prenante d'un système, financier (intervention dans le capital de fonds qui n'ont rien à foutre de la musique, autrement que comme produit pouvant générer retours juteux sur investissement - comme dans n'importe quel autre secteur), stratégique et marketing (est-il normal que la part marketing d'une production de disque soit devenue aussi pachidermiquement coûteuse, et conduise - par inertie d'un système lancée sur la pente qu'il savonne lui-même - à de tels coûts, d'où de tels besoins de financement, rentabilité, qu'à moins de tant de centaines de mille, un album, donc un artiste, n'est plus rentable ?
j'en aurais encore sous le pied, mais je m'arrête là, juste pour ajouter 27 directions de plus aux 40 de tbls, désolé.

(pensez à rajouter tout ça au livre en préparation, hein ?
