Nous sommes dans la phase d'apprentissage, tout autant que nous sommes, de l'exploration des possibilités d'un réseau planétaire. Les jeunes, les vieux, toutes les générations de quelque manière qu'on les découpe, marketing ou pas.
je suis dubitatif avec cette idée de phase d'apprentissage du "réseau planétaire"
Je me souviens au début dans les années 90, on avait ces discussions entre spécialistes (les premiers "civils" connectés sur la toile), et un spectre se dessinnait : celui d'un internet complètement assujetti et gouverné par 1. les militaires 2. les états 3. un consortium privé
ce n'est pas à toi que je vais rappeler les hantises qui pointaient dans la littérature cyberpunk hein

l'idée c'était alors de créer des sites d'informations tout azimut, d'occuper ce nouveau territoire, je compte même pas le nombre de sites ouaibe que j'ai u coder et mettre en ligne (ok, des sites vraiment pourris parfois, je veux dire, niveau esthétique etc), mais bon, l'idée était de s'approprier un territoire, comme en temps de guerre
puis les grosses machineries commerciales ont flairé le bon filon, et avec des moyens financiers sans commune mesure avec les nôtres, ont saturé l'espace-temps web de leurs écrans de pub (déguisés en "services web". Les vélléités des états et des militaires, des polices etc. n'ont évidemment pas cessé durant ce temps là, trouvant même des occasions d'alliance avec les boîtes privées (et cette alliance du marché et de l'état, quand il s'agit de sauver des fortunes, des banques, ça marche toujours très bien n'est-ce pas ?)
La résistance n'a jamais cessé évidemment.. mais elle est toujours représenté par quelques initiés politisés militants et compétents , ce que ne sont pas les millions d'internautes qui se connectent sur leur page MSN et circulent à partir de là, entre les skyblogs, les ebay, etc. dans une sorte d'hyper-hypermarché mondial, et dont l'usage et la compréhension d'internet globalement s'arrête là
Le net comme vecteur d'émancipation, de désaliénation, d'information libre et d'action, humm, c'est quand même réservé à une minorité, et je vois mal comment ça pourrait changer
alors apprentissage.. humm.. j'ai peur que les dés soient pipés
tel que j'imagine les choses, et c'est pas très original (cf., littérature cyberpunk à nouveau), c'est plutôt des poches de résistance, plus ou moins organisé, en des réseaux dans le réseau, etc.
Qui, parmi les vieillards chenus qui hantent parfois ce forum, ne s'est jamais dit : "Bordel, si j'avais eu ce truc quand j'étais minot !"
hum
avec le recul je suis bien content d'avoir vécu sans ce machin (ma première connection j'ai du la faire à l'age de 25 ans, j'en ai 40). je me souviens mes travaux universitaires, sans internet, et même la maîtrise de philo sur une machine à écrire, avec une page sur deux foutue à la poubelle, un truc de dingue.. Tu dois connaître ça dix fois mieux que moi, écrire à la main, taper sur une mahcine à écrire, avec le rouleau et les bruits kling kling retour à la ligne etc. c'était un rapport totalement différent à l'écriture.. je dois avoir trente à quarante cahiers manuscrits datant des années 80.. et maintenant..
je me souviens mon premier mac, fallait tout sauvegarder sur des disquettes, je te dis pas le bordel pour une thèse.. les djeunes s'imaginent même pas..
et fut un temps avant la mahcine à écrire et avant l'imprimerie
c'est fou non
Et qui s'est demandé quel âge ont aujourd'hui les enfants "nés avec Internet" ?
À vue de nez, je dirais qu'ils ont commencé à naître au milieu des années 90.
Ces gamins-là, ils ont toujours eu le Net.
Et je me refuse à les prendre pour des crétins décérébrés bien infoutus de créer des trucs intéressants tant qu'ils ne seront pas adultes.
oui
je désteste les généralisations générationnelles
les jeunes sont comme ça, les vieux sont comme ça, les hommes, les femmes
(c'est le sport favori de certains de mes colègues psychanalystes lacaniens , et ça je hais vraiment, tout comme certaines écoles sociologiques (style bourdieu and co), sans parler de toute une philosophie à la mode)
sinon
tu vois si je devais militer maintenant pour quelque chose
ce serait, en ringard que je suis, pour la réactivation des réseaux en chair et en os, sensitifs, la parole, le dialogue etc. Enfin là je prèche à des convaincus qui savent bien qu'internet n'est pas une finalité en soi, mais le moyen de rencontrer des gens en chair et en os, de travailler ensemble, d'agir dans le réel.. C'est pour ça que j'ai toujours un peu de mal quand je vois les militances qui prennent exclusivement pour objet : le réseau internet. ça ne sera jamais une fin en soi de mon point de vue
dans mon métier j'ai la chance de partager une intimité inouie avec des personnes, et là où je vis, tu es dans une relation tellement facile avec les choses sensibles, non marketisées, non saturées de significations humaines, les forêts les montagnes etc. Tous les week end en ce moment, je vois des renards, des biches et des faons, l'autre jour une famille entière de sangliers, un putois même ! (qu'il est rare d'observer). Comment dire ça.. je me dis qu'un de ces jours je pourrais tout à fait me déconnecter, me passer d'internet, et même d'un ordi.. une sorte de phantasme..
Le truc c'est : à quoi pouvait-on passer son temps avant, quand on n'avait pas d'ordi ? je me souviens de longs après midi passés à écrire ou lire, ou se promener, jouer de la musique, ou à picoler en terrasse de café.. ça devrait suffire à une vie honnête non ?
enfin bon tout ça pour dire, l'apprentissage des réseaux.. peut-être, mais c'est pas une fin en soi.. le réseau.. parce qu'on sera bien emmerdé si on ne se connecte plus que par réseau (un peu comme dans la possibilité d'une île de Houellebecq tiens

chacun dans sa tour d'ivoire, avec le monde sauvage et la nature hostile au dehors)