Oui bon là faut arrêter de dire n’importe quoi. Séquestrer son patron c’est en tout cas certainement plus remettre en question l’ordre des choses que d’écrire un post sur un forum, fut-il de musique libre. Je rappelle simplement que le Mai 68 côté salariés - qui ne se caractérisait pas à proprement parlé par un refus de se libérer, de s’affranchir ou de remettre en question la répartition des richesses bien au contraire - a commencé par une séquestration de patron à l’usine de Sud-Aviation à Nantes. Quand des ouvriers séquestrent leur patron, c’est en tout cas en acte une prise de risque énorme dans une situation où ils n’ont plus rien à perdre, et ta compassion à mon avis - mais faudrait leur demander - ils s’en contrefoutent. Quelques que soient les revendications qui vont derrière et qui concernent souvent la sauvegarde d’emploi, il s’agit pour moi d’une action directe de lutte de classes dont la répétition actuellement montre bien l’exaspération et la colère du peuple. On peut certes regretter l’aspect spectaculaire ou que ceci n’amène pas à des actions plus constructives telles que des occupations ou des reprises par les ouvriers de leur entreprise en gestion directe - où l’on reparle des SCOP et de l’autogestion - mais c’est en tout cas une façon d’agir hautement symbolique d’une volonté d’émancipation.rtz a écrit : Ces salariés qui sequestrent leurs patrons le font pour que ces derniers continuent de les exploiter et non pas pour se libérer, s'affranchir ou même remettre en question la répartition des richesses.
Ils sont accrocs à leur propre exploitation, à leur état d'esclaves post-nucléaire 2.0. Ils se battent sans en être conscients pour que rien ne change, garder l'usine, garder l'industrie le patron, et le consommateur, la pub et le marketing, garder l'uniforme etc...
Il m'est impossible de cautionner leur lutte parce que moi, je veux que tout cela change, réellement et surtout je change réellement moi même.
Je ressens de la compassion, mais je suis convaincu qu'ils se trompent de route, sans pour autant souhaiter 'qu'ils crèvent'.
La fermeture d'une usine est une opportunité donnée à chacun des employés, d'évoluer vers la liberté d'être quand on ne leur offre aujourd'hui que la liberté d'avoir.
Et pour essayer laborieusement de revenir à la musique et à sa chaîne de production, effectivement à quand une séquestration de patron de ce côté là ? Si tant de prolétaires sont menacés de perdre leur emploi dans l’industrie du disque pourquoi ne revendiquent-ils pas ? Pourquoi ne se syndiquent-ils pas ? Pourquoi n’entament-ils pas des actions ? Pourquoi seuls les patrons de majors, les artistes du show-business et les politiques semblent s’agiter ? Ne serait-ce pas par ce que tout ceci ne correspond qu’à la défense des intérêts d’une minorité qui cherchent par tout les moyens de sauvegarder leurs bénéfices ? De qui s’agit-il vraiment dans cette chaîne de production ?
L’autogestion, la véritable autogestion, la véritable émancipation est celle qui consiste non seulement à émanciper le producteur et le consommateur (ou l’usager) et non pas l’un contre l’autre. Concernant le champs culturel, les licences libres correspondent exactement à cela. C’est-à-dire que le producteur, ici l’auteur, le musicien, l’écrivain, le graphiste (etc.) conserve ses prérogatives morales sur sa création, rien ne l’empêche non plus de tirer des revenus de ses oeuvres (cf. le fameux exemple de NIN et d’autres) mais le consommateur de son côté n’est pas pris pour un simple abruti qu’il faut sans cesse contrôler, sermonner, surveiller, abreuver, gaver, infantiliser. Il peut partager avec la bienveillance de l’auteur les œuvres qu’il aime, il peut même à son tour, selon la licence, devenir producteur en modifiant les dites œuvres. En ce sens, l’auteur et le public s’émancipent de tout une chaîne parasitaire d’intermédiaires dont on ne fera croire à personne qu’ils sont menacés demain de devenir la lie du lumpenprolétariat… Il y a au-delà, l’idée que l’art est un bien commun, qu’aucune création n’existe ex-nihilo et donc que ce soit du point de vue des auteurs ou du public, c’est un impératif politique et social de permettre l’accès au plus grand nombre à la culture par tout les moyens par ce que celle-ci constitue une base essentielle à la démocratie.