digne des échos..
bon..
Je considère comme véridique que les nouvelles formes de circulation de la musique entraîne un manque à gagner pour l'industrie du disque en général. Ceci est indubitable. Je n'ai pas dit pour autant que les ventes de disques soient en relation avec le téléchargement de la musique sur le net. ça je n'en sais rien.
ce que j'avance, c'est que les nouveaux outils à disposition des musiciens, et notamment les licences libres, et la possibilité de diffuser sa musique sans passer par la réalisation d'un objet disque, et donc, sans s'intégrer aux circuits de distribution traditionnels (en abandonnant donc la perspective d'une mise en rayon chez un disquaire), sans oublier l'existence d'un véritable réseau de promotion pour cette musique ( par le biais de webzines, d'audioblogs etc.), tous ces outils donc, constituent effectivement une menace pour tous ceux qui vivent au crochet du circuit traditionnel de diffusion de la musique qu'on peut appeler pour aller vite : le marché du disque (je parle ici de ce marché qui trouve son aboutissement chez le disquaire).
ce manque à gagner occasionné par ces nouveaux outils n'affecte pas les artistes, ou bien seulement une minorité d'artistes : ceux qui vendent effectivement des disques - c'est-à-dire une infime partie des artistes.
Il risque par contre d'atteindre de plein fouet les personnes qui vivent de près ou de loin de l'existence d'un marché du disque. J'énnumère les secteurs touchés :
- les maisons de disque intégrée au marché, quelle que soit leur taille : non pas tant en ce que les ventes diminueraient, mais parce qu'à voir tous ces artistes se disséminer hors de leur controle, elles voient s'avancer une concurrence nouvelle. Quand le disque (fort cher à fabriquer et à distribuer) constituait le seul moyen de diffuser sa musique, les maisons de disques pouvaient être considérées comme indispensables à la diffusion des arts. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
- les intermédiaires qui accompagnent la musique de l'auteur au disquaire : agents, managers, distributeurs, etc..
- les disquaires eux-mêmes évidemment.
- les studios de production, les ingénieurs du son, tous les techniciens dont l'expertise étaient requise dans le cas d'un disque pressé. On n'a pas toujours besoin d'en faire tant pour réaliser sa musique : les musiciens commencent à prendre conscience du rôle excessif pris par les techniciens ces dernières décennies.
- les sociétés de gestion des droits, lesquelles voient de nombreuses musiques échapper à leur catalogue. Si la perception des droits d'auteur, abandonnées par les artistes sous licence libre, diminue, alors de nombreux agents de la sacem n'auront plus d'utilité.
- la presse musicale, qui peut être remplacée sans trop de dommage pour l'information par les nombreux webzines et audioblogs dont certains sont d'excellente facture.
- les organismes du type IRMA ou les institutions destinées aux artistes en voie de professionalisation, dont l'activité, centrée sur le développement de carrière - et l'inscription sur le marché du disque - risque fort de paraître désuette aux yeux des artistes qui ont choisi de fonctionner à l'aide des nouveaux outils dont j'ai parlé.
Et en général, tous ceux qui vivent de près ou de loin d'une activité liée au marché du disque et à la perception des droits voisins.
Il faut donc bien comprendre que la plupart des discours tenus par l'industrie du disque et toutes les personnes que je viens d'évoquer visent avant tout à défendre leurs propres intérêts : c'est-à-dire à conserver leurs acquis.
Quand tous ceux là agitent le spectre de la paupérisation des artistes, ils le font en vérité parce qu'ils savent bien que sans les artistes leur existence n'aurait pas lieu d'être. tant que les artistes pouvaient conjuguer leurs propres intérêts avec ceux-là, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il est évident aujourd'hui que l'artiste peut fort bien disséminer sa musique en se passant totalement des services apportés par tous ces "experts".
Que l'artiste se paupérise, c'est une contre-vérité : une immense majorité d'artistes sont déjà pauvres de toutes façons, et la disparition d'un marché du disque n'y changera rien.
Il est donc logique que l'industrie du disque cherche à s'inscrire à nouveau, à ttitre d'intermédiaire, au sein même des nouvelles voies de circulation de la musique. la création de sites de téléchargement payant est une tentative en ce sens. La collecte de droits (et surtout des droits voisins) à l'occasion des téléchargements, constituerait également une manne appréciable. La sacem et les sociétés de collecte des droits d'auteur aurait aussi intérêt à capter une partie des sommes en jeu, afin de compenser la diminution de la collecte dans le cadre traditionnel.
Notez au passage que la sacem et l'industrie du disque ont de ce point de vue un intérêt commun : puisqu'ils défendent dans les faits les mêmes auteurs, c'est-à-dire, ceux qui vendent le plus de disques. Les autres (c'est-à-dire l'immense majorité des artistes) n'ont aucun intérêt pour eux (ce sont comme le disait monsieur Petitgirard, président du directoire de la sacem, que des "musiciens du dimanche").
Evidemment j'ai conscience de l'allure provocactrice de ce texte (qui menace d'envoyer au chomage des dizaines de milliers de travailleurs lié au marché du disque). Je me le permets cependant à ce titre que m'horripile la manière dont l'industrie du disque tend à s'exprimer "au nom des artistes", privilège contre lequel il y a tout lieu de s'élever. Les artistes ont toujours été la vache à lait de l'industrie culturelle. Rares parmi eux sont ceux qui en ont vraiment tiré profit. Il faut cesser de présenter le monde de la musique comme une monde impitoyable qui ne récompenserait que les plus tenaces et les plus talentueux (ou ceux qui parmi les artistes seraient doté d'un solide sens commercial). Cette présentation sert les intérêts de l'industrie en laissant croire que tous les intermédiaires constitueraient les experts nécessaires capables de discerner le bon grain de l'ivraie.
Même si le tableau que j'esquisse est encore loin de s'instaurer dans la réalité, il n'empêche : les alternatives au mode de diffusion traditionnel de la musique, ce marché du disque si lourd, si contraignant, si inique pour les artistes, existent : musique-libre.org en est un exemple.