Entièrement d'accord avec toi, Dana. Il est possible pour des historiens d'analyser, par exemple, comment l'esclavage a contribué à la naissance des musiques noires américaines : gospel, blues, et indirectement, de leurs dérivés (jazz, rock...), en montrant que les esclaves, privés de leurs percus traditionnelles (pouvant favoriser les communications à distance et les révoltes) ainsi que de leur culture, se sont appropriés les instruments et les textes religieux des blancs pour créer une musique hybride, aux vertus "consolatrices" face à l'oprression, et plus tard vectrice d'ascension sociale lorsque ces musiques ont conquis le public blanc. De là à dire qu'il faudrait rétablir l'esclavage pour créer de nouveaux genres musicaux, ben euh... non. Déjà, ce n'est pas parce qu'une oppression particulière a favorisé l'émergence de certaines musiques que toute oppression peut aboutir au même résultat, et puis, franchement, je veux bien renoncer à un hypothétique renouveau artistique au profit d'une amélioration globale des conditions de vie de tous (musiciens compris).dana a écrit :je redis ce que j'ai déjà longuement démontré :
si on veut améliorer la condition des créateurs, commençons par améliorer la situation des français en général, et notamment les plus pauvres et ce qui reste des classes moyennes.
quant à l'avenir, hé bien, on ne va pas dans ce sens là c'est sûr
Et par pitié, arrêtons avec ce mythe de la pauvreté qui favoriserait la créativité, lisez à, ce sujet le bouquin de Nathalie Heinlich L'élite artiste - Excellence et singularité en régime démocratique, 2005 Gallimard (par exemple)
Plus généralement, la sociologie de la musique peut être intéressante... pour la sociologie. Pas pour la musique.
Les musiciens sont-ils plutôt issus des classes moyennes ou des classes pauvres, dans quelle proportion, avec quelle variation selon les époques, les styles de musique ? Les chiffres, s'ils existent, sont forcément réducteurs et ne nous renseigneront pas beaucoup sur la création musicale.
Tel rappeur peut être issu des bas-fonds du Bronx. Tous les habitants du Bronx font-ils pour autant du rap ?
Tel punk peut être issu du lumpen-prolétariat anglais, mais tel autre être un fils de bonne famille en révolte contre son milieu. Lequel est le plus punk ?
Tel artiste est un héritier (papa était déjà une star, ou un producteur, ou même un simple passionné de musique ayant transmis sa passion). Tous les enfants de musiciens vont-ils forcément devenir musiciens ?
Deux lieux communs contradictoires très répandus prévalent en la matière :
– l'artiste est "maudit" et sacrifie tout à sa passion : il se doit d'avoir une vie de merde (vache enragée...) et d'en chier (le travail si cher à notre ami Murat) pour trouver la rédemption dans son art.
– l'artiste est un branleur petit-bourgeois qui se lève à 14h pour fumer son premier pétard et trompe l'ennui en faisant de la musique grâce à l'argent de Papa Maman qui lui paient son matos, ses répèts...
Bon. Est-on vraiment obligé de se laisser enfermer dans de telles représentations ?